Insaisissable, Jennifer DuBois.

insaisissable-jennifer-dubois

Lorsque Lily arrive à Buenos Aires pour son semestre à l’étranger, elle est enthousiasmée : l’architecture colorée, la nourriture, son charmant et insaisissable voisin… elle est heureuse de se voir enfin libérée de l’atmosphère étouffante de sa famille, endeuillée par la mort de sa grande soeur survenue avant sa naissance. Sa colocataire, Katy, n’est pas très drôle, mais elle n’est pas venue pour traîner avec des Américains, de toute façon. Cinq semaines plus tard, Katy est retrouvée dans la maison de leur famille d’accueil, brutalement assassinée. Lily est la première suspecte et tous les regards se tournent vers elle. Qui est vraiment cette jeune femme de 21 ans ? Amorale, provocante, instable – pourrait-elle être une meurtrière ? Ou est-elle simplement jeune, un peu égocentrique, piégée par un système légal que, dans sa naïveté, elle n’a pas assez pris au sérieux ? Dans les terribles jours qui suivent son arrestation, ces deux visages de Lily apparaissent tour à tour dans les médias et même dans les pensées de ses proches. Car les preuves s’accumulent et son indifférence dérange. Dès son interrogatoire, pendant lequel, entre deux passages de policiers, mais bien visible à la caméra, elle effectue… une roue. Un roman au suspense psychologique intense d’une rare finesse d’observation, qui pose des questions d’ordre moral capitales : qu’est-on prêt à croire sur les autres, et soi-même ? A quel point se connaît-on vraiment ?

Voilà un thriller d’une fadeur et d’une lenteur proprement insupportables…
L’histoire débute in medias res : on découvre Andrew, le père de Lily, et Anna, la sœur cadette de la jeune fille, se rendant à Buenos Aires pour visiter l’accusée en garde à vue. L’irréparable ayant déjà été commis, la suite du roman consistera en une succession d’épisodes du présent et du passé, censés nous montrer à quel point la situation de Lily est terrible et en quoi elle pourrait avoir – ou pas – commis ce dont on l’accuse.

Malheureusement, l’alternance entre passé et présent est, assez vite, perçue comme très superficielle. En effet, alors que l’on sait depuis le départ quand et comment Katy est décédée, il nous faut subir un long récit montrant Lily dans son environnement, dès son arrivée à Buenos Aires, entrecoupé de passages du présent montrant à quel point, d’une part, elle est dans la panade et, d’autre part, les autres se posent des questions. La question de la personnalité de Lily est absolument centrale : est-elle la jeune femme arrogante, prétentieuse et indifférente qu’elle semble être ? Est-elle une petite étudiante certes imbue d’elle-même mais qui s’est fourvoyée ? Le problème est que l’auteur ne semble pas avoir à réussi à se décider entre l’une ou l’autre des personnalités de Lily et nous la montre tantôt insupportable de prétention, tantôt misérable et injustement accusée. L’opposition manque de nuances et le lecteur a l’impression de faire du saut à l’élastique, ce qui n’est franchement pas agréable.

De plus, comme l’histoire est narrée a posteriori, on ne peut pas dire que l’on s’étouffe avec le suspens. Le récit est d’une lenteur exaspérante : Katy est morte, Lily est en prison et, manifestement,  les enquêteurs ont décidé de jeter la logique aux orties. En effet, seule Lily est accusée alors que du sperme (d’homme, donc) a été retrouvé sur les lieux. Il faut des lustres avant qu’il soit vaguement fait mention d’un potentiel complice, sur lequel on ne s’appesantit pas trop et sur lequel la famille ne joue pas tellement pour faire sortir sa fille de prison – alors même que c’est la voie royale. Difficile, donc, de croire aux ramifications de l’intrigue…

Celle-ci piétine encore par la multiplication des points de vue. Si l’on résume, on a certains chapitres dévolus à l’histoire de Lily lorsqu’elle est arrivée à Buenos Aires. On a les chapitres montrant le combat de la famille. Il faut y ajouter ceux narrés par Sébastien, le petit ami de Lily, sorte de jeune dandy oisif vivotant sur la fortune de ses parents (que l’on suppose mal acquise au vu des multiples sous-entendus, sans que ce point ne soit jamais éclairé). Il y a enfin Eduardo, le juge d’instruction, qui semble préoccupé à parts égales à prouver la culpabilité de Lily… et à refaire partir son mariage. L’autre grand mariage – mort – de l’histoire est, évidemment, celui des parents de Lily et Anna. Ceux-ci ont été terriblement marqués par la perte de leur première fille, Janie, morte des suites d’une longue maladie lorsqu’elle n’avait que 2 ans. On comprend assez vite qu’Anna et Lily n’ont été qu’un palliatif à leur douleur : cela occasionne donc d’innombrables questionnements et remises en questions qui, comme ceux des autres personnages, tournent très vite en rond. S’il fallait résumer : le suspens est inexistant, l’intrigue bancale, les personnages radoteurs. En somme : c’est long.

Insaisissable, donc, est le qualificatif que l’on peut accoler à l’intrigue : difficile de déterminer où souhaitait en venir l’auteur tant l’histoire est bancale, les personnages creux, l’ambiance fade. C’est long, on tourne en rond et l’on en vient à espérer que la condamnation va arriver très vite pour mettre un terme au supplice de lecture. Pas passionnant, donc. 

Insaisissable, Jennifer DuBois. Traduit de l’anglais par Daphné Bernard. R. Laffont, février 2016, 400 p.
Publicités

2 commentaires sur “Insaisissable, Jennifer DuBois.

  1. Camille dit :

    Bon bah next!
    Déjà les thrillers ne sont pas trop mon truc mais si c’est illogique, non merci!

    J'aime

Mettre son grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s