Corps et âme, Matz, Jef & Walter Hill.

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Franck n’est pas un type bien. Des hommes, il en a descendus des dizaines, proprement, sans histoires, un vrai pro. Lui qui n’a jamais cru à Noël, il aurait pu se douter que cette affaire payée le double était louche. Mais le réveil est bien plus rude que tout ce qu’il pouvait imaginer : si son âme est toujours homme, son corps, lui, est devenu femme. Une vengeance pour un crime passé. Sa vengeance à lui commence, et elle ne laissera personne indemne.

Voilà une B.D. dynamitée ! C’est donc l’histoire de Franck, tueur à gages scrupuleux, qui a la désagréable surprise de se réveiller, un beau matin, dans le corps d’une femme. Evidemment, l’opération a été menée à son insu et à son corps défendant. On comprend donc que Franck l’ait salement mauvaise.

Corps et âme, adaptation d’un scénario de Walter Hill (le film sort en fin d’année) est donc une histoire de vengeances. Et si les ennemis de Franck se sont montrés retors et implacables, lui n’a clairement pas l’intention de faire dans la dentelle. Cela donne donc un scénario léché à souhait, des scènes d’actions trépidantes, et une tension qui ne se dément jamais – et ce après une scène d’ouverture proprement démentielle. Si l’histoire est si prenante, c’est parce que l’on découvre assez vite qui a opéré Franck et pour quelles raisons – grâce à un récit à deux niveaux mettant en parallèle les trajectoires de Franck et de ses agresseurs – mais il manque, de fait, les tenants et aboutissants pour que l’ensemble soit tout à fait clair.

Outre cette histoire de vengeance, le point central du récit est la reconquête de son identité par Franck. De fait, homme ou femme, Franck reste ce qu’il est : un type méthodique, un peu bourrin sur les bords et au caractère merveilleusement affirmé. Et c’est avec son identité qu’il renoue, malgré toutes les nouveautés de sa vie : son corps à apprivoiser et son apparence qui suscite des réactions très différentes de celles auxquelles il était habitué. Finalement, quoi qu’il lui arrive et quelle que soit son apparence, Franck reste… Franck. De fait, on s’aperçoit que genre et identité ne sont  ni indépassables, ni tellement figés dans le marbre !

Côté dessins, Jef offre un cadre très urbain, détaillé et parfois angoissant à l’histoire de Franck. Les traits des personnages sont taillés à la serpe et on y lit leurs volontés sans failles. Pourtant, on y décèle également quelques clichés, notamment sur la représentation du nouveau corps de Franck, rappelant les polars mettant en scène moult femmes sculpturales peu nuancées et hypersexualisées.
Cela rejoint, de même, la limite, de la bande-dessinée : si la « reconversion » de Franck est spectaculaire, elle manque un tantinet de profondeur et s’avère un peu trop rapide pour être efficace à 100% – mais rien d’insurmontable !

Une bande-dessinée à lire pour l’intéressante réflexion qu’elle propose sur le genre et l’identité, servie par une ambiance sordide et un suspens éprouvant, soulignés par les tons sombres du dessin. 

 

Corps et âme, Matz (adaptation et traduction), Jef (illustration) & Walter Hill (scénario).
Rue de Sèvres, mars 2016, 126 p.
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4 commentaires sur “Corps et âme, Matz, Jef & Walter Hill.

  1. Guenièvre dit :

    Le thème a l’air intéressant et intriguant…

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  2. Zina dit :

    Je ne connaissais pas mais ça à l’air sympa 🙂

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