[2016] Petit bilan de février.

Un mois de février un tantinet plus long que les trois années précédentes : il fallait bien ça pour y caser un week-end à mille !


Carnet de lectures. 

Les Deux mondes, tome 1, Le Réseau, Neal Stephenson. 

les-deux-mondes-1-le-réseau-stephensonVoilà une lecture qui m’aura pris – facile ! – 15 jours ! Il fait plus de 700 pages, certes, mais à coups de transports à droite à gauche, il aurait dû être plus vite torché. Mon problème est que j’ai eu un mal fou à passer les 150-200 premières pages. Parce que c’est quand même un brin touffu, cette affaire. Voilà l’histoire :
Richard Forthrast, cofondateur de Corporation 9592, règne sur un empire financier et vidéoludique, sa firme propulsant le MMORPG T’Rain. Dans les années 1970, Richard avait émigré discrètement au Canada pour échapper au service militaire, vivant de deals divers et variés : le blanchiment d’argent a servi à financer Corporation 9592.
Pour créer son jeu, Richard s’est entouré des meilleurs spécialistes : un génie géologue, par exemple, qui assure à T’Rain une base solide et réaliste du point de vue des paysages ; des auteurs de fantasy qui en rédigent l’histoire, les mythes et la cosmogonie ; un spécialiste du blanchiment d’argent, afin d’opérer des passerelles entre l’argent réel et l’argent virtuel du jeu – moi c’est là que j’ai commencé à décrocher. Tout cela est donc un brin ardu, surtout si, comme moi, vous n’avez pas vraiment la fibre économique.
Là-dessus, Richard retrouve sa nièce Zula (qui bosse pour la même boîte), flanquée de Peter, son petit ami. Celui-ci a la merveilleuse idée de vendre des codes de cartes bancaires volées à un escroc, qui n’est en fait qu’un maillon entre Peter et la Mafia. Pendant ce temps-là, des hackers chinois (des gold farmers) propagent un virus dans T’Rain, qui prend en otage les données des ordinateurs des joueurs (les Athéniens s’atteignent dans deux secondes, patientez encore un peu). Le contact de Peter étant un joueur assidu, la commande pour la Mafia est immobilisée… Celle-ci débarque donc et embarque Peter et Zula, direction la Chine.
Voilà pour un résumé du début de l’histoire. Donc ce qui m’a ennuyée, ce sont les explications qui ne m’ont pas toujours semblé très claires : je me suis perdue dans les méandres de la finance et de la conception du jeu (alors que ce n’était pas inintéressant !). De plus, il faut un certain temps avant que tout les personnages ne soient au fait de ce qu’il se passe, donc l’intrigue est assez longue à se mettre en place. Heureusement, tout cela ne dure guère. La deuxième partie est même bien meilleure et ressemble plus au roman d’espionnage auquel je m’attendais ! Pourtant, à nouveau, les longueurs m’ont un poil agacée, sans compter les quelques scènes clichées repérées de-ci de-là. Malgré ça, on ne s’ennuie pas, car nos mafieux tombent certes sur les hackers, mais surtout sur la bande de djihadistes de l’appartement du dessus : étincelles au programme. Les rebondissements s’enchaînent, ça défouraille à tout va, avec moult cascades dans tous les sens. Ceci étant, je n’irai pas au bout car, bien que la seconde partie ait été vraiment plus fun, je n’ai pas été suffisamment emballée pour avoir désespérément envie de savoir comment tout cela allait se terminer.

L’If et la Rose, Mary Westmacott, alias Agatha Christie. 

l-if-et-la-rose-agatha-christie-mary-westmacottAlors, quand j’ai vu ce titre apparaître, j’ai eu envie de me jeter dessus ! Un Agatha Christie passé sous le radar, imaginez un peu ! Sauf que, sauf que. S’il a été publié sous pseudonyme, c’est qu’il y avait une bonne raison : ce n’est pas un polar ! Non, c’est plutôt un drame anglais, tendance Jane Austen, avec passion tragique à la clef.
C’est l’histoire d’Hugh Norreys qui, appelé sur le lit de mort du père Clément, un homme altruiste adulé, s’aperçoit qu’il a bien connu cet homme et qu’il l’exècre. John Gabriel, des années auparavant, s’est révélé un adversaire redoutable. Comment cet ancien candidat au Parlement buveur, opportuniste et séducteur impénitent s’est-il retrouvé dans sa position ? Pour le savoir, il faut remonter le temps avec Hugh, depuis l’accident qui l’a privé de l’usage de ses jambes et l’a mené à Saint-Loo, paisible petite ville des côtes anglaises, se préparant aux élections. Le candidat du parti conservateur n’est autre que le fameux John Gabriel. Saint-Loo a une population attachante, notamment du côté du château : là vit la jeune et mystérieuse Isabella, amoureusement élevée par ses trois tantes, dont lady Saint-Loo. Hugh s’attache très vite à l’étrange jeune femme … John Gabriel aussi, semble-t-il. Au fur et à mesure que la gent féminine tombe sous le charme du tory, celui-ci montre son vrai visage – grossier, odieux ! – à Hugh…
Si L’If et la Rose n’est pas un polar, on y retrouve la plume d’Agatha Christie et son sens du suspens. Dès le début, on sait que la passion qui nous sera narrée a connu une fin tragique. Ce qu’on ignore, c’est comment on en arrive là : il faut donc suivre le récit de Hugh, qui croque cette campagne anglaise avec talent pour en savoir plus. L’auteur se livre à un portrait de mœurs, certainement pas aussi poussé que ceux de Jane Austen, mais néanmoins passionnant : Hugh étant coincé dans son fauteuil, tout le monde finit par le prendre pour un confident. Isabelle, lorsqu’elle lui parle, évoque assez peu ce qu’elle pense, mais c’est bien la seule avec laquelle les mots ne sont pas nécessaires. John Gabriel, lui, profite de l’oreille attentive d’Hugh pour y déverser ses pensées les plus intimes et les plus noires – et il y en a. On parle tout de même d’un type qui ne saute à l’eau pour sauver une gamine qu’en pensant aux voix que cet acte généreux va lui rapporter… et qui ne s’en cache pas !
Le portrait de mœurs est intéressant et le récit de cette passion tragique tout autant. Si ce n’est pas aussi palpitant qu’un des ses polars, le roman se lit tout de même avec plaisir !

Côté bulles.

Le Voyage de Phoenix, Jung. 

Jennifer a grandi dans la violente absence d’un père, soldat américain disparu pendant la guerre des deux Corées. Désormais, elle travaille à l’orphelinat américain de Séoul. Entre autres petits bambins, elle s’y occupe de Kim, qui va être adopté par Helen et Aaron, un couple d’Américain. Tout à son bonheur, Aaron en oublie presque sa fille adolescente, Chelsea, qu’il délaisse au profit de Kim. Malheureusement… Kim perd la vie dans un accident de voiture, ce qui détruit, peu à peu, Aaron et Helen.
Je n’ai pas lu Couleur de peau : miel, du même auteur mais, maintenant, j’en ai bien envie ! Jung tisse une histoire extrêmement émouvante autour de l’adoption, de la filiation et de la construction de la famille. Il enchâsse les récits de Jennifer, qui cherche son père, de Kim et sa famille, qui cherchent la paix, et d’un jeune Nord-Coréen parvenu à passer discrètement la frontière. Tout cela est raconté dans un très beau roman graphique tout en noir et blanc, dont les dessins sont à la fois sensibles, délicats et parfois un peu durs. Mais, avec ce titre, préparez les mouchoirs et préparez-vous à l’ascenseur émotionnel !

Le Train des orphelins, tome 1 : Jim et tome 2 : Harvey, Philippe Charlot & Xavier Fourquemin.

1990, dans sa résidence huppée de New-York, Harvey n’est pas surpris par la visite de Jim. 70 ans plus tôt, les deux hommes, alors de jeunes garçons, faisaient connaissance à bord d’un train des orphelins ; un système d’adoption mis en place pour endiguer le nombre massif, sur la côte Est américaine, d’enfants sans famille issus de l’émigration européenne. Embarqués dans un étrange voyage, Jim et son petit frère Joey expérimenteront la fraternité, l’amitié, la confiance, l’entraide, mais feront aussi les frais de la trahison de ceux qui feraient tout, faute d’être bien nés, pour être bien adoptés…

   

Cela faisait un moment que je voulais lire cette série et c’est presque chose faite, puisque j’ai découvert les deux premiers tomes du Train des orphelins.
L’histoire alterne entre le présent, où l’on découvre Jim/Harvey, déjà âgé, revenant sur les traces de son passé et ce fameux passé, où l’enfant est embarqué à bord de ce fameux train réservé aux orphelins – bien qu’il ne le soit pas tout à fait. La B.D. est assez crue sur le système d’adoption américain d’époque : honnêtement, ça ne fait pas rêver. On y trouve l’accompagnant qui vend sous le manteau des jolies petites orphelines blondes, la dame qui escorte les enfants sous couvert de bonnes œuvres mais n’en a, en fait, rien à cirer, et les adoptants aux positions parfois discutables. Il y a ceux qui veulent de la main d’oeuvre, ceux qui veulent de petites prostituées, ceux qui veulent s’acheter une bonne conscience… On suit le parcours de Jim tant dans le passé que dans le présent : le récit est dynamique, riche en enseignements, on ne s’ennuie pas. Ma seule réserve concernera le graphisme : j’ai trouvé que les enfants n’étaient pas toujours bien proportionnés, offrant des cases un peu étranges. Pas gravissime, mais parfois un peu gênant.

 Tops & Flops. 

Commençons, pour changer, par les seconds !

les-deux-mondes-1-le-réseau-stephensonAu premier rang des flops de février, donc, Le Réseau, de Neal Stephenson, qui aura su me faire passer par des phases d’enthousiasme délirant et d’ennui profond – tant et si bien que je ne pense malheureusement pas lire la suite. Comme j’en ai parlé ci-dessus, je ne m’étends pas plus.

Pire que Le Réseau, il y a eu Visions de feu, de Gillian Anderson et Jeffearthend-1-visions-de-feu-anderson-rovin Rovin avec lequel je me suis copieusement ennuyée. Le style est morne, le suspense artificiellement entretenu et le tout affreusement cliché. Bref : je ne lirai pas les trois tomes suivants.

les-ailés-simardJ’ai également été un peu désappointée par Les Ailés, d’Éric Simard, alors que j’avais adoré sa série autour des pierres d’Irlande. Je suis restée un peu en dehors du récit, en ayant du mal à entrer dans l’histoire et à adhérer aux péripéties vécues par les personnages, malgré un univers et une intrigue vraiment intéressants.

À côté de cela, il y a eu de chouettes découvertes, heureusement !

En premier lieu, le volume 6 d’Erased, de Kei Sanbe, qui a même droit à un coup de cœurerased-6-kei-sanbe tellement il était chouette. L’uchronie opère ici un retour en force et c’est absolument génial. L’histoire change donc radicalement d’axe et dire que j’attends impatiemment les deux derniers volumes n’est qu’un doux euphémisme !

la-vérité-sur-alice-mathieuLa Vérité sur Alice, de Jennifer Mathieu, m’a agréablement surprise : il faut dire que le sujet – le harcèlement scolaire et le slut-shaming – n’est pas le plus fun qui soit, mais l’auteur s’en sort haut la main, en proposant en outre un traitement original. Très bonne pioche, donc !

Février m’a également permis de terminer la série Zita, la fille de l’espacezita-la-fille-de-l-espace-3-ben-hatke avec le dernier tome de Ben Hatke, Le Retour de Zita : génial ! Je ne regrette pas d’avoir emprunté cette série de comics SF jeunesse, c’est vraiment excellent. J’en lirais bien un quatrième tome, d’ailleurs !

Citations.

« Toi-même tu m’as dit une fois que j’étais un vrai fil de soie. D’ailleurs, ajouta-t-elle en gloussant, je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire…
— C’est quelque chose de très léger et très délicat. Parfois, on utilise cette image pour décrire ne toile d’araignée qui brille au soleil.
— Oh, comme c’est joli ! J’adore les toiles d’araignée. Il y en avait une, à un moment, dans un coin du salon, derrière le piano, et j’ai dansé dessus. La lune brillait ce soir-là et ça m’a semblé exactement ce qu’il fallait faire : danser sur une toile d’araignée au clair de lune.»
Passeuse de rêves, Lois Lowry.

***

« Sans sucre. Ce n’était pas la première fois que je m’interrogeais sur ce qui avait pu passer par la tête des gens avant la catastrophe. Sans sucre. Pourquoi produire des aliments qui ne contenaient rien de nourrissant ? Pourquoi fabriquer un simulacre parfait, mais sans valeur nutritive, incapable de rassasier ?
Parfois, je crois que les gens précatastrophe étaient tous fous ; sans zombies, sans problèmes d’approvisionnement ou de sécurité, ils inventaient probablement toutes sortes de trucs tordus pour échapper à l’ennui. »

« J’étais le faiseur de miracles, le grand libérateur.
J’ai donc essayé de ne pas trop laisser voir les doutes qui m’assaillaient.
J’avais consacré toute mon énergie à trouver un moyen d’améliorer la vie de ces gens, au point d’éventuellement me sacrifier pour les libérer des horreurs du camp. Curieusement, mourir en apothéose est assez facile ; mais continuer à vivre après un moment de triomphe, ça, c’est autrement plus compliqué. »
Positif, David Wellington.

***

« On ne peut pas espérer vaincre l’horreur avec la haine. Le seul moyen de conquérir vraiment quelque chose, c’est de parvenir à l’aimer. »
Au nom de l’Humanité, Patrice Perna & Fabien Bedouel.

***

« Je hais ce monde, où il y aura toujours un homme pour nous dicter sa volonté, à nous autres femmes !»
Olympias, dans J’ai tué Philippe II de Macédoine, Isabelle Dethan.

***

« Cela va sans dire, je n’ai pas été invité à la fête d’Elaine O’Dea.
Pour être franc, je ne savais même pas qu’elle organisait une soirée chez elle. Bien sûr, j’ai conscience que des fêtes, des matchs de football et d’autres joyeusetés ont lieu autour de moi. C’est juste qu’on ne m’invite jamais… et de toute façon, même si c’était le cas, je n’irais pas. Je ne vois pas l’intérêt de prendre part à ces rituels de socialisation adolescente forcée dont le seul résultat putatif est l’engeance d’un sentiment d’angoisse général. »

« Les choses que j’ai remarquées à propos de Kurt Morelli :
– Il est tellement intelligent que ça en est ridicule. Vraiment ridicule. Je ne comprends pas le quart des mots qu’il utilise. Je le lui ai dit une fois et il m’a souri en me disant que c’était parce qu’il lisait trop. «Est-ce qu’on peut trop lire ?» lui ai-je demandé. « Non, je suppose que non », m’a-t-il répondu en rougissant encore.»
La Vérité sur Alice, Jennifer Mathieu.

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Un commentaire sur “[2016] Petit bilan de février.

  1. […] pas d’expliquer, cela fait partie des choses qui me sont restées un poil obscures dans Le Réseau de Neal Stephenson – un bon roman d’espionnage, au demeurant, mais trop ardu à mon […]

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