Phobos #2, Victor Dixen.

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Les 12 pionniers de Mars sont prêts à atterrir sur la planète rouge malgré les terribles révélations de Leonor. Entre eux et Serena McBee, un redoutable bras-de-fer s’enclenche. Les pionniers doivent taire ce qu’ils savent et tâcher de faire la lumière sur ce qu’il s’est réellement passé dans l’Habitat n°7. À la clef, rien de moins que leur survie. 

Ce deuxième volet reprend pile là où s’arrêtait le précédent, c’est-à-dire au moment où Leonor mettait ses camarades d’infortune au courant des manipulations de Serena et du degré hautement mortel de leur mission. L’ambiance, à bord, n’est donc pas vraiment au beau fixe.
Comme dans le premier volume, Victor Dixen tisse plusieurs fils dans son intrigue. Tout d’abord, il y a l’intrigue purement science-fictive, liée à l’exploration martienne que doivent mener les prétendants et aux quelques contenus scientifiques que contient leur mission – après tout, puisqu’ils y sont, autant que leur sacrifice serve la recherche. À cela s’ajoute l’intrigue sentimentale : s’ils ont débarqué du vaisseau et cessé les speed-dating, tout n’est pas encore résolu, loin de là. Les adolescents doivent s’apprivoiser, qu’ils se soient choisis ou non. Et la cohabitation va révéler des comportements insoupçonnés, des postures que les vitres du parloir avaient soigneusement cachés. À les voir évoluer enfin tous ensemble (quoique toujours par le prisme du regard de Leonor), on a l’impression de les découvrir un peu plus, mais il semble clair que l’auteur n’a pas encore tout révélé des caractères. Troisième fil : le thriller ! Précédemment, tout se jouait à huis-clos. Vu que, maintenant, les cosmonautes peuvent sortir au grand air (ou presque) sur Mars, on ne peut pas vraiment parler de huis-clos. Mais l’ambiance thriller ne s’est pas perdue en route ! Elle gagne d’ailleurs en puissance et complexité : Serena étant désormais au mieux avec les pouvoirs politiques, il est extrêmement difficile de ne pas frissonner en l’observant comploter ou en pensant aux conséquences de ses manipulations. De ce point de vue-là, l’histoire est d’ailleurs furieusement réaliste – ce qui la rend d’autant plus percutante.

Si le premier tome était axé sur la conquête spatiale, celui-ci va approfondir les relations entre les personnages, ainsi que les diverses manipulations qui les entourent.

Victor Dixen reprend la forme à la fois théâtrale et cinématographique du premier volet : le roman est découpé en cinq actes, eux-mêmes subdivisés selon les trois points de vue que sont le champ (nos astronautes), le contre-champ (Serena, la production, …) et le hors-champ (Andrew, qui poursuit son activité d’électron libre). Le découpage est assez dynamique et bien pensé puisque chaque point de vue permet d’apporter de nouvelles informations ou de nuancer celles que l’on a obtenues précédemment. Pourtant, le rythme n’est pas aussi trépidant que dans le premier volume. Les recherches des astronautes, l’enquête d’Andrew et le double-chantage qui s’opère entre Serena et les jeunes Martiens mettent, en effet, du temps à s’installer et induisent même quelques longueurs dans le texte. Longueurs balayées par les révélations fracassantes qui s’accumulent dans les derniers chapitres, laissant, à nouveau, les lecteurs dans l’incertitude. Force est de reconnaître, d’ailleurs, qu’hormis les quelques révélations finales, l’intrigue ne progresse guère, ce qui renforce l’impression de lire un tome plus indolent que le précédent. Aussi, si les relations entre personnages, le contexte politique et les mystères évoluent, le lecteur n’a, à l’issue de ce deuxième volume, pas grand-chose de plus à se mettre sous la dent.

Malgré tout, on ne s’ennuie pas, tant l’écheveau est complexe. Dès le premier volume, on avait compris que chacun des embarqués avait un gros secret à cacher : Tao est paralysé, Leonor a le dos barré par une abominable cicatrice, Mozart transporte une bille mortelle… chacun, à sa façon, cèle un cadavre qu’il préfèrerait ne pas déterrer. On imagine donc sans peine que les neuf autres sont dans la même situation. Et ça ne rate pas, certains se révèlent dans cet opus et les révélations sont à la hauteur des attentes ! De plus, il y a toujours la question du traître conditionné et embusqué par Serena. Victor Dixen sème autant d’indices que de trouble, il est donc difficile de devenir vers quoi on s’achemine. De fait, le roman fait la part belle aux manipulations : les personnages mentent, trichent, se mentent à eux-mêmes…
Comme dans le premier volume, tout cela permet de mettre au jour une critique des médias et des sociétés où l’apparence prime sur la sincérité. Un sujet toujours d’actualité, semble-t-il.

Ce deuxième volume de Phobos est donc un tome de transition : malgré les longueurs et l’impression que l’intrigue avance à peine, les péripéties sont nombreuses et l’auteur creuse la psychologie de tous ses personnages. La fin propose, à nouveau, un cliffhanger redoutable : vivement donc le troisième (et dernier ?) tome !

◊ Dans la même série : Phobos (1) ;

Phobos, tome 2, Victor Dixen. R. Laffont, 2016, 490 p. 
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6 commentaires sur “Phobos #2, Victor Dixen.

  1. Rose dit :

    Je sais que je vais le lire, d’autant que j’ai bien aimé le tome 1 mais j’avoue hésiter à attendre la sortie du 3 … Tu as une idée de sa date de sortie ?

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  2. Lupa dit :

    Moi aussi j’ai la certitude de les lire puisque les deux premiers tomes se sont immiscés sur mes étagères, et à la lecture de ton billet, je constate avec joie que c’est une excellente chose, alors merci 😉

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  3. […] Alexeï, mais tu portes quand même des cornes : parce que tu es bête à manger du foin ! » Phobos, tome 2, Victor […]

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