La Mort est une femme comme les autres, Marie Pavlenko

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Emm, la Grande Faucheuse, en a ras la Faux. Moissonner des âmes comme une galérienne depuis la nuit des temps, ça va bien cinq minutes. Alors après avoir fauché ce jeune cadre dynamique, elle décide de se poser dans son canapé. Et d’y rester.
Le docteur Anatole Paladru, lui, en a sa claque. Qu’est-ce que c’est que ce service de soins palliatifs où les malades n’ont même plus le bon goût de mourir ?
Pendant ce temps-là, la Faux fait tout son possible pour remettre Emm sur le bon chemin : celui de l’abattage d’humains. Direction la psychanalyse. Or, si le praticien laisse Emm dubitative, Suzie, une jeune femme dont la gentillesse désintéressée va l’émouvoir, l’intéresse beaucoup plus. Collée à ses basques, Emm pourrait bien faire de surprenantes découvertes.

Pour son nouveau roman, Marie Pavlenko change de registre et passe de la littérature ado à la contemporaine, quoique toujours mâtinée de fantastique. Et c’est une transition réussie !

L’histoire est drôle et décalée. En effet, Emm a beau avoir arpenté la Terre en long, en large et en travers, elle n’est pas très au fait des pratiques humaines. La preuve, elle se balade dans un micro-short, une chemise épouvantable et une paire de tongs en plastique rose. Elle ne connaît rien à rien. Les notions de bienséance ou de danger lui sont totalement étrangères (elle se balade donc avec la Faux visible). Elle ignore tout des transactions financières. Elle ne sait même pas que les humains peuvent être gentils ! Son séjour parmi les mortels prend rapidement l’allure d’un itinéraire de découverte, Emm n’étant pas avare en apprentissages. Et c’est ce qui fait que c’est aussi drôle ! Ses réactions sont décalées, son regard sur le monde souvent inattendu et cela nourrit le décalage entre les personnages et la situation.

Le roman est court, mais repose sur quelques personnages très forts. Comment ne pas s’attacher au duo formé par Emm, au bout du rouleau, et sa Faux, jamais avare en paroles enthousiasmantes, mots encourageants et autres remarques acides ? À la lisière du duo tragi-comique (car la situation d’Emm n’a rien de franchement marrant), elles traînent le mal-être de la première à la recherche d’une solution concrète. Et comment ne pas s’attacher à Suzie, qui vient d’apprendre, à 31 ans, que la vie était finie pour elle ? Comment ne pas succomber à Anatole aux semelles chantantes, chef du service de soins palliatifs, flanqué d’une mère on ne peut plus intrusive ?
C’est ce trio (quatuor en comptant la Faux) qui porte le roman, et quelle galerie de personnages ! Aux côtés des aspects éminemment comiques, Marie Pavlenko introduit des facettes beaucoup plus sombres chez ses personnages, qui viennent nuancer agréablement chacun d’entre eux.

Le ton du roman est parfaitement grinçant. D’une part parce que Emm et la Faux – notamment cette dernière – ne sont pas avares en remarques caustiques. Mais aussi pour tout ce que soulève l’incroyable situation laissée par Emm. Car rapidement, c’est l’Apocalypse qui s’installe : surpopulation, famine, émeutes et on en passe. La situation dégénère, et vite. Or, le tout est traité sur le mode du vaudeville : quiproquos, malentendus et autres retournements de situation inattendus sont légion. Vu que la narration est au diapason, on a là un roman léger et drôle, truffé d’humour noir – voire macabre ! – qui n’oublie pas d’égratigner au passage notre société : rapports familiaux (chez Anatole ou chez Suzie), nature humaine (dont Emm a le loisir d’examiner quelques spécimens dans ses découvertes), société, tout y passe. Et cela fonctionne drôlement bien.

Avec ce nouveau titre, Marie Pavlenko opère une transition réussie entre littérature de l’imaginaire young adulte et littérature blanche flirtant avec une trame fantastique. Le récit est court, mais truffé d’énergie et d’humour – noir. Fantastique !

 

La Mort est une femme comme les autres, Marie Pavlenko. Pygmalion, 2015, 192 p.
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9 commentaires sur “La Mort est une femme comme les autres, Marie Pavlenko

  1. Mypianocanta dit :

    J’ai beau voir plein d’avis sympas chez les copines, celui-ci ne me tente pas du tout : j’ai beaucoup de mal avec l’humour écrit (et avec l’humour noire encore plus). Alors je crois que je vais passer pour celui-là malgré ton billet très tentant.

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    • Sia dit :

      C’est vrai qu’il y a de l’humour noir, mais il tombe toujours très juste (je ne suis pas fan non plus, à vrai dire). Et la critique entre les lignes est très chouette aussi. Je crois que j’ai noté quelques citations, je vais essayer de retrouver ça que tu voies à quoi ça ressemble !

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  2. Solessor dit :

    Je ne m’attendais absolument pas à ce genre de livre, et maintenant, je suis conquise ! Le décalage a l’air énorme, et la Faucheuse réconfortée par sa faux, c’est une idée qui dépote !
    Wish ! 🙂

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  3. Lupa dit :

    Tiens tiens, il semblerait que j’ai été bien inspirée de le mettre dans ma liste de Nowel 🙂

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  4. Chess dit :

    Encore un excellent livre de Marie Pavlenko !

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  5. […] La Mort est une femme comme les autres, Marie Pavlenko. Une vie après l’autre, Kate Atkinson. Lune et l’Ombre (série), […]

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