[2015] Petit bilan d’octobre

Carnet de lectures.

Romans.

bilan-roman-octobre-2015

Le Silence des bombes, de Jason Hewitt. 

Grosse déception avec ce titre qui, pourtant avait tout pour me plaire.
C’est l’histoire de Lydia, 11 ans, évacuée au Pays de Galles avec plein d’autres enfants britanniques. Détestant cette situation, elle s’évade et retourne vers son village de Greyfriars, armée de son petit bagage et coiffée de son masque à gaz. Lorsqu’elle arrive, le village est vide. Elle décide tout de même de dormir sur place. Surprise ! La maison est occupée par un soldat vêtu d’un uniforme de l’Essex qu’elle soupçonne bien vite, à raison, d’être un Allemand. Lequel a, évidemment, bien envie d’occire l’intruse.
Mais voilà. On n’y croit pas un seul instant. Parce qu’Heiden, le soldat est, en fait, un bien gentil garçon. Dès l’instant où l’on apprend (très vite !) qu’il est musicien et qu’il a été enrôlé de force, difficile de croire à son projet de meurtre. D’autant que l’histoire laisse une place affreusement large à des flashbacks censés expliquer la personnalité d’Heiden. C’est long ! Il se passe quasiment plus de choses dans le passé que dans le présent, ce qui induit des longueurs difficiles à ignorer.
De plus, les personnages ne sont pas très étoffés, on tourne en rond. Heiden est un gentil garçon, Lydia est une gamine un peu gourde (dont on ne sait pas si elle a 6 ou 11 ans suivant les passages), chacun ressasse de son côté sans communiquer… C’est pénible. Et comme le contexte historique n’est pas particulièrement utilisé, lui non plus, il n’y a pas grand-chose à quoi se raccrocher. Et cela continue, sans surprise, sur la même lancée jusqu’à la fin, à la fois ouverte et versant vaguement dans le fantastique (alors que le contexte était, jusque-là, réaliste). Bref, sur le même sujet, j’ai largement préféré Today, we live, dont le personnage de Mathias, était nettement plus intéressant.

Tribunal, André Georgi.

Le Tribunal, c’est le tribunal pénal international. Jasna Brandic y travaille comme enquêtrice des forces spéciales. Après avoir passé plus de 15 mois sur les traces d’un criminel de guerre, elle présente enfin un témoin capital dans le procès qui devrait condamner Marko Kovac, chef de l’unité serbe des Loups, accusé d’avoir tué (violé, torturé etc…) 3953 personnes durant la guerre civile en ex-Yougoslavie. Le témoin de Jasna peut faire la différence. Mais le jour J, rien ne fonctionne comme prévu : les acolytes de Kovac sont dans la place et le témoin de Jasna est tué. Celle-ci repart donc en Serbie, sans filets et alors que les Loups la cherchent activement. Objectif : ramener des preuves irréfutables contre Kovac.
Voilà un thriller très noir, voire carrément gore, détail qui m’a gênée aux entournures. Ça, et le style sec et un peu aride, dans lequel un certain nombre de coquilles (de concordances de temps, notamment) se sont glissées. En revanche, l’absence de marquage des dialogues (si ce n’est un discret alinéa) rend le texte fluide et nerveux et colle tout à fait à l’ambiance générale.
On suit Jasna, mais aussi Peneguy, le juge, Branko, un des Loups qui aimerait se retirer de la bande de Stavros (le remplaçant de Kovac) et, pour finir, Stavros lui-même. On passe donc de l’un à l’autre (sachant que certains sont à la poursuite des autres et vice-versa), ce qui rend le texte dynamique et augmente le suspens de la double traque – franchement passionnante. Mais, voilà. Les Loups n’ont aucune limite et utilisent toutes les ressources à leur disposition. Attendez-vous donc à de nombreuses scènes de torture diverses et variées, livrées avec moult détails… Âmes sensibles, s’abstenir, donc. Et j’ai failli claquer le bouquin avant la première moitié pour cette raison.

Côté bulles.

bilan-bd-octobre-2015

Aventures en terres indiennes avec Ulysse Wincoop, tome 1 : Le dernier des Sioux, de Marion Festraëts et Benjamin Bachelier.

Ulysse Wincoop est né le jour du massacre de la Wounded Knee (29 décembre 1890), dans le Dakota du Sud : l’armée des États-Unis massacre allègrement entre 300 et 350 indiens de la tribu Lakota (des Sioux), hommes, femmes, enfants sans distinction. La mère d’Ulysse réussit à le mettre au monde à l’écart, mais un soldat l’aperçoit et s’empare de l’enfant, qu’il confie à sa sœur et à son beau-frère, deux commerçants (d’origine européenne) du Wyoming. Ulysse grandit simplement au village, subissant les brimades de ses camarades un poil racistes. Mais un drame familial le jette sur les routes… et il rencontre des Sioux, des vrais.

C’est un premier tome vraiment chouette, mais un peu dur (surtout dans une collection jeunesse) car les auteurs n’édulcorent pas le propos. C’est assez violent (physiquement ou psychologiquement) car la jeunesse d’Ulysse n’est pas très rose : les enfants du village se montrent assez durs – et racistes. De plus, la population nourrit des soupçons sur l’origine d’Ulysse, bien trop mat et brun pour être le fils de ses blonds parents. Et tout cela se passe sur fond de ségrégation et de racisme envers la population indienne, que l’armée n’a pas totalement fini de massacrer. C’est dans ce climat social qu’Ulysse se lance dans une quête d’identité : est-il indien ? Qui était sa mère ? Quelle est sa place dans cette société ? C’est bien mené, intéressant, très émouvant et bien souvent épique. Bonne pioche !

Et pour rester avec les indiens, j’ai lu Pocahontas : la princesse du Nouveau Monde.

J’avais beaucoup aimé la B.D. Vaincus mais vivants de Loïc Locatelli-Kournwsky donc, Pocahontas partait avec de bonnes chances. Mais, de fait, je n’ai pas tellement adhéré. Côté scénario, c’était super, puisque l’auteur a choisi d’explorer la voie non-Disney. Donc Pocahontas ne finit pas avec John Smith, est bannie de son village, se marie avec un gentil colon britannique. On la suit de son enfance à son retour en Virginie, en passant par son amitié avec John Smith (qui lui vaut le doux surnom de « Pocahontas », « petite dévergondée… »), ses tentatives d’apaiser les deux camps, sa visite en Angleterre.
En fait, c’est le dessin qui m’a gênée. Grands crayonnés, anatomies parfois approximatives et, surtout, une B.D. en noir et blanc seulement rehaussée de quelques touches ocres, ce que j’ai trouvé un peu dommage (je m’attendais à voir plus de couleurs). Une BD que je n’ai donc appréciée qu’à moitié.

Côté manga, j’ai découvert une nouvelle série d’Hiromu Arakawa (l’auteur du génial Silver Spoon) : The Heroic Legend of Arslan.

À la frontière de l’Orient et de l’Occident se trouve le prospère royaume de Parse, gouverné d’une main de fer par le redoutable roi Andragoras. Avec sa frêle carrure et son maniement approximatif des armes, le jeune prince Arslân a bien du mal à revendiquer son statut d’héritier du trône. Âgé de 14 ans, il va prendre part à sa première bataille, visant à repousser l’envahisseur dans la plaine d’Atropathènes. Or, rien ne va se passer comme prévu… Son destin et celui de Parse sont près de basculer.
Eh bien, voilà un premier tome épique à souhait !  Le tableau que fait Hiromu Arakawa est passionnant, hyper détaillé et donne presque envie de pouvoir y voyager ! D’autant qu’Arslân est un personnage intéressant à suivre : entre le désamour manifeste qu’éprouve son père pour lui et la volonté du jeune homme de bien faire, il y a un fossé. De même qu’entre ce qu’il vit sur le champ de bataille et sa vie d’avant. Tout cela prend place dans un univers hyper fourni – qui n’est pas sans évoquer l’Antiquité, d’ailleurs.
Les dessins sont soignés, très détaillés. Les scènes de bataille sont particulièrement réussies et prenantes : dès le début de la bataille, le suspense est à son comble et, vu comment le volume 1 s’achève, la suite promet d’être passionnante. Bref, un chouette début de manga fantasy !

Côté ciné.

Ce mois-ci je suis allée voir Seul sur Mars, de Ridley Scott et… j’ai adoré ! Voilà un excellent film de SF / d’anticipation. Donc, le pitch, en bref : une mission de la NASA est sur Mars mais doit se replier précipitamment, en raison d’une tempête. Dans la manœuvre, Mark Watney, un des astronautes, meurt. Incapables de le localiser, ses camarades abandonnent le corps et retournent sur Terre. Sauf que… Mark n’est pas mort. Et que son habitat n’est conçu pour durer que 31 jours. Ha, et bien sûr, il n’a pas assez à manger. Mais Mark Watney est un battant et ne va pas se laisser abattre.
C’était vraiment un chouette film ! Déjà, j’ai beaucoup aimé le côté survival feel-good, un mélange assez inédit mais vraiment bien fait. Parce que si Mark est grave dans la mouise, la NASA (qu’il finit par réussir à contacter) ne l’abandonne pas et fait tout pour le sortir de là – ce qui occasionne quelques scènes émouvantes. Le film est bien rythmé et, malgré les presque 3h, on ne s’ennuie pas une seconde. En plus, la photographie est sublime, donc on en prend plein les yeux ! Bon, certes, il y a quelques points (la fin, par exemple) qui, d’un point de vue scientifique, m’ont laissée dubitative (mais ce n’est pas mon job, donc pourquoi pas). Mais comme le reste est très bien équilibré, ça s’oublie assez vite et on profite totalement du grand spectacle à l’écran. Bonne pioche ciné ce mois-ci !
Pour les curieux, sachez que le film est tiré du roman éponyme d’Andy Weir.

Tops & Flops. 

Au nombre des premiers, je ne vais pas citer à nouveau Le Silence des bombes avec lequel je me suis salement ennuyée.

u4-jules-carole-tréborJe ne me suis pas non plus beaucoup amusée avec U4 : Jules de Carole Trébor, que j’ai trouvé cliché à souhait et pas bien passionnant. L’univers était intéressant, mais le pitch un peu exagéré, vu la très petite importance que prend le jeu vidéo auquel jouent les quatre protagonistes.

Ensuite, j’ai lu un petit polar régional assez sympathique, mais néanmoins truffé de défauts. D’unerequiem-à-donibane-jacques-garay part, le style n’est pas transcendant et l’auteur use et abuse de jeux de mots, un peu lourds au final. Malgré tout ça, Requiem à Donibane (chronique soon), de Jacques Garay, est un bon roman d’été parce que ça reste assez divertissant (quand même).

A côté de ça, j’ai fait de chouettes découvertes. 

aeternia-2-l-envers-du-monde-gabriel-katzJ’ai terminé la saga Aeternia de Gabriel Katz, que j’ai beaucoup aimée. Ce tome 2 est nettement plus sombre que le premier et, si j’ai détesté cordialement l’auteur pour certains développements, je lui ai su gré de ne pas avoir cédé aux sirènes de la facilité !

Ensuite, j’ai découvert le premier tome des Récits du Demi-Loup, Véridienne, de Chloévéridienne-chloé-chevalier Chevalier. C’est un ambitieux récit de fantasy qui raconte l’histoire de deux princesses et des deux suivantes auxquelles elles sont liées, en s’attachant à l’existence de ces adolescentes oisives (et un peu cruches), tout en détaillant l’histoire tourmentée du royaume. Une seule chose à dire : vivement la suite !

la-mort-est-une-femme-comme-les-autres-marie-pavlenkoEnfin, j’ai lu le dernier roman de Marie Pavlenko, La Mort est une femme comme
les autres
, dans lequel Emm, la Mort, fait un burn-out en bonne et due forme et tente une psychanalyse pendant que le monde sombre, plus personne ne mourant. Tout simplement hilarant ! Et intelligent, avec ça, que demander de plus ?

Citations. 

« Vous ressentez une grande lassitude ?
– Oui.
– Chaque geste vous est pénible ?
– Oui, c’est ça ! s’exclama Emm, qui se redressa légèrement, piquée par un intérêt insolite.
– Vous n’envisagez plus l’avenir, et d’ailleurs, vous n’envisagez pas le présent non plus, subissez les événements et avez envie de tout arrêter, et quand je dis tout, je veux dire tout, oui, madame : votre corps est un étranger plus lourd qu’une enclume et vos pensées ressemblent à la soupe de pois de ma grand-mère Georgette qui travaillait au Crillon, vous êtes éreintée, l’impression tenace que vos muscles sont de la gelée de groseilles et que le monde pèse le poids d’un éléphant mort sur vos frêles épaules ?
Varlov dut reprendre sa respiration, terrassé par sa prestation.
– Trêve de bavardage : j’ai quoi ?
Emm avait fauché Virgile, Baudelaire, Hugo et Neruda, elle n’allait pas se taper Varlov et ses assauts verbeux.»
La Mort est une femme comme les autres, Marie Pavlenko.

« Autre conséquence, cette période de discorde mit un terme définitif aux Nuits de Querelles de Malvane et avec elles, fait plus regrettable, à la dernière chose qui dans notre vie d’alors se rapprochait d’une forme d’instruction, ou tout au moins d’un rendez-vous régulier au cours duquel nous faisions l’effort de réfléchir à autre chose qu’à nous-mêmes. Notre éducation partit plus encore à vau-l’eau et, dans son inertie coutumière, le seigneur Aldemar ne tenta rien pour y remédier. Encouragées par cette nonchalance, nous abandonnâmes également toute forme d’entraînement martial, et arcs et épées restèrent désormais au râtelier. Il nous faudrait longtemps pour prendre conscience de la gravité de cette situation, et plus encore pour compenser les dégâts causés dans nos esprits par cette période de jachère.»
Véridienne, Chloé Chevalier.

« Emma n’est pas une héroïne. Elle ne veut que du calme, de la sérénité. Elle étouffe avec ces sentiments trop violents qui la traversent, la transpercent, la tuent. Son front touche la vitre tiède et ses yeux se ferment. Quand cela s’arrêtera-t-il ?
Elle voudrait que ce soit déjà Noël et qu’ils soient tous rassemblés autour de ce gâteau que son père trouve excellent et qui est en réalité parfaitement indigeste. Elle veut des décorations de mauvais goût, des lumières ringardes, un sapin qui perd ses aiguilles.»
Métro Z, Fabien Clavel.

« La sorcière savait ce qu’elles voulaient dire par là, et entreprit donc de les baptiser. Elle choisit tout d’abord des jeux de mots de programmeur : la plaine vitreuse se peupla de Bit et Buffer, Pinout et Ascii, Peek et Poke, Variable, Curseur, Chaîne, Boucle, Biffure, Sort… Quand elle eut épuisé son réservoir de blagues, elle passa à des noms plus classiques, comme Tom, Dick et Harry, sans oublier George, Robert, Richard, Carolyn et autres. […] Elle se rabattit ensuite sur les héros de comics et de dessins animés, l’équipage de l’USS Enterprise, la distribution entière du Seigneur des Anneaux et des films Star Wars (excepté bien sûr Dark Vador), les noms et capitales des cinquante états américains, sans oublier tous les rois et reines d’Angleterre dont elle se souvenait. Lorsqu’elle eut terminé, elle regretta de ne pas disposer d’un annuaire. Morte de faim et de soif, elle eut malgré tout la satisfaction de se dire que quelque part dans l’univers, dans un millier d’années, existerait un monde où cohabiteraient Elizabeth Ière et Luke Skywalker.»
L’Éveil, Diane Duane. 

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4 commentaires sur “[2015] Petit bilan d’octobre

  1. J’ai aussi vu Seul sur Mars que j’ai beaucoup aimé! Et sinon Véridienne me tente beaucoup à force de voir de bonnes critiques 🙂

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  2. Solessor dit :

    Tentée par tous tes tops, et très intriguée par Ulysse Wincoop !
    Je ne me suis pas encore lancée dans Aeternia 2, mais qu’est-ce que j’atteeeends ? ^^
    Je vais probablement tenter Seul sur Mars après avoir lu ton avis. Je craignais un peu les 3h, mais comme j’ai du temps en ce moment, pourquoi pas !

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