Là où tombe la pluie, Catherine Chanter.

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Accusée de meurtre, Ruth Ardingly est assignée à résidence. Enfermée, rejetée de tous, elle entreprend de reconstruire le puzzle de la tragédie qui a détruit son mariage et sa famille.
Quelques années auparavant, Ruth et son mari Mark quittent Londres pour fuir leurs souvenirs et reconstruire leur vie. Ils emménagent à La Source, la maison de leur rêve. Tandis que le monde fait face à une sécheresse hors du commun, leur propriété est mystérieusement épargnée. Le couple s’attire la jalousie de ses voisins agriculteurs, la curiosité du gouvernement mais aussi le fanatisme d’une secte, La Rose de Jéricho, dirigée par une femme étrange, Amelia. Ses membres s’insinuent dans la vie de Ruth et Mark, de leur fille, Angie, et de leur petit-fils, Lucien. L’emprise d’Amelia sur Ruth grandit de jour en jour, au grand désarroi de son mari. Les relations s’enveniment entre les habitants de La Source, la tension monte et atteint son point culminant avec un crime odieux. Le meurtrier se cache parmi ses plus proches confidents, Ruth en est sûre.
Seule dans cette enclave, elle se décide à affronter ses plus grandes peurs pour comprendre ce qu’il s’est vraiment passé cette nuit-là à La Source.

Voilà un roman qui mêle les genres, sans vraiment en faire quelque chose de puissant. Dès le départ, avec cette épouvantable sécheresse qui étouffe le monde, on nage en pleine anticipation. Rapidement délaissée au profit du thriller psychologique, ce qui est bien dommage, vu le potentiel que proposait ce parti-pris : la sécheresse n’a bientôt plus vraiment d’impact sur l’histoire, à tel point que l’on se demande à quoi elle servait au départ. Le postulat de départ n’est d’ailleurs, pas très viable : la sécheresse sévit partout, hormis à la Source, alimentée en eau par la-dite source, donc, mais surtout en pluie, quasiment toutes les nuits. Comment, pourquoi pleut-il à l’intérieur des limites du domaine et nulle part ailleurs ? Aucune explication potable n’est donnée… on a donc du mal à y croire.

L’histoire débute par la fin. On sait que Ruth est assignée à résidence, accusée du meurtre de son petit-fils, qu’elle pense n’avoir pas commis, que la maison a été désertée par ses habitants, que tout le monde la déteste et qu’elle est surveillée par ses gardes. Mais il en faut, des chapitres, avant que l’on sache de quoi il retourne au juste ! Le récit alterne récit de la situation présente (au présent…) et analepses (narrées au passé) : si les souvenirs sont intéressants, mais trop longs à faire sens, les passages contant le présent de Ruth sont d’une lenteur exaspérante et répétitifs à souhait – Ruth ressassant le problème dans tous les sens.
De plus, Ruth fait, dès le départ, allusion à des personnages ou événements que le lecteur ne peut pas encore connaître : c’est aussi confus qu’agaçant, on nage en plein brouillard et l’explication est décidément bien longue à venir.

Par ailleurs, le mélange des thèmes n’est pas des plus heureux : il est question de meurtre, de huis-clos, d’anticipation (très très légère), de secte, de culpabilité… et rien n’est véritablement approfondi. On survole donc les événements sans vraiment se concentrer sur l’essentiel. Comme, en plus, justice a déjà été rendue, on ne se sent pas dévorés par l’angoisse de savoir qui a fait quoi, au juste – Ruth faisant un candidat des plus acceptables au meurtre. Heureusement, le récit des souvenirs permet de montrer comment la tension monte à la Source et, surtout, comment la secte étend son emprise sur Ruth. C’est bien la partie la plus intéressante !

En somme, il y a plein de choses intéressantes dans Là où tombe la pluie, mais aucune n’est suffisamment exploitée pour rendre le roman aussi haletant que ce à quoi on aurait pu s’attendre. Le récit est d’une lenteur exaspérante et l’alternance de souvenirs et scènes du présent ne fait que retarder l’agencement des pièces du puzzle – déjà pas bien rapide. Dommage, car le synopsis était des plus prometteurs. 

Là où tombe la pluie, Catherine Chanter. Traduit de l’anglais par Philippe Loubat-Delranc.
Les Escales, août 2015, 464 p.
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9 commentaires sur “Là où tombe la pluie, Catherine Chanter.

  1. solessor dit :

    Dommage pour un thriller de commencer par la fin, je trouve. Quoique ça peut en faire quelque chose de super original et intéressant, à condition d’être exploité correctement, ce qui ne semble pas être le cas ici…
    Plein de genres qui me plaisent bien, pourtant, mais peut-être trop pour un seul roman !

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    • Sia dit :

      C’est pas inintéressant comme construction, mais le reste n’a malheureusement pas suivi. Après, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de suspens psychologique, c’en est truffé, mais pas encore assez à mon goût !

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  2. Un excellent roman ! Sans doute un de ceux que j’ai préféré de cette rentrée 2015 🙂

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  3. entrelespages dit :

    Je l’ai mis dans ma WL. Je vais donc attendre de la trouver d’occasion. Je suis un peu réticente aux longueurs. Merci beaucoup 😉

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  4. Lupa dit :

    Je suis dubitative ! Déjà que les thrillers ne remportent pas trop mes suffrages, mais si en plus ils souffrent de longueurs… J’ai trop de tentations pour m’attarder sur celui-ci, une fois n’est pas coutume 😉

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  5. Elletse dit :

    Hello !
    Critique très plaisante à lire !

    J’ai beaucoup aimé ce roman, justement à cause de sa lenteur et de son fouillis. En fait je me suis laissée porter par l’histoire sans en attendre quoi que ce soit (ça c’est mon côté lectrice mollusque qui se laisse porter par la vibe). Du coup, effectivement, c’est frustrant de ne pas en savoir plus sur cette sécheresse mondiale, et je suis d’accord qu’on survole certains thèmes, mais sur le coup j’étais tellement envoûtée par cette fascination pour la Source et par les descriptions et sensations de Ruth (son introspection pourrait-on dire) que l’absence d’explications ne m’a pas gênée !

    J’avais vu passer plusieurs avis plutôt négatifs sur ce roman et je me demandais pourquoi tant il m’avait plu. Avec votre critique, je comprends maintenant ! C’est marrant de voir qu’on a pas les mêmes ressentis car on a pas les mêmes impressions de lecture et/ou attentes (phrase éminemment stupide de par sa logique suprême je sais je sais :))

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    • Sia dit :

      Ha mais non, c’est au contraire très bien vu ! Je trouve amusant également de lire des chroniques et de me rendre compte que, parfois, on note les mêmes choses mais que pour certains cela confine au génie, alors que d’autres trouvent que c’est la bêtise la plus crasse !

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