[2015] Petit bilan d’août

Carnet de lectures.

Des romans.

sélection-romans-août-2015

Bon, en fait, celui-ci je l’ai lu en juillet, mais c’est un oubli 🙂
Carnaval est le premier roman d’une série de quatre, dans laquelle on suivra les pérégrinations de Louis Armstrong. La Nouvelle-Orléans, 1919. Un redoutable tueur armé d’une hache s’attaque aux habitants, en laissant sur les lieux des crimes des cartes de tarot. La panique gagne la ville ; il est question de vaudou. Les premières victimes sont siciliennes : les rivalités ethniques entrent donc en jeu.
Michael Talbot, policier, est chargé de l’enquête. John Riley, journaliste, a des infos et se fait fort de débusquer le coupable. Ida, jeune secrétaire de l’agence Pinkerton, grande amie de Louis Armstrong, se lance sur l’affaire afin de se faire une expérience. Enfin, Luca d’Andrea, ex-policier tout juste sorti de prison pour corruption (et à la botte de la Mafia) est chargé par le parrain de découvrir les dessous de l’affaire. Pendant que chacun s’affaire à démêler l’écheveau tout en protégeant ses petits secrets persos, le tueur sévit… et un ouragan approche de la ville.
Cela faisait une paye que je n’avais pas lu un aussi bon polar historique ! J’ai adoré découvrir La Nouvelle-Orléans à l’orée des années 20, dans cette ambiance saturée de jazz, de mysticisme… mais aussi de racisme – ce qui est nettement moins fun. La ségrégation bat son plein et les réactions des personnages comme les problèmes auxquels ils se heurtent nous le rappellent bien. Ainsi, Ida et Louis se font agresser par des marins Irlandais parce qu’ils ne traînent pas dans le bon quartier. Et l’inspecteur Michael Talbot a le mauvais goût d’habiter avec son épouse… noire… et leurs deux enfants. Et son choix va jusqu’à mettre sa carrière et leurs vies en péril ! (Oui, c’est révoltant, mais malheureusement hyper réaliste). Ce que j’ai aimé dans le roman, c’est donc l’ambiance historique hyper crédible : on apprend plein de choses sur La Nouvelle-Orléans et les années 20 aux Etats-Unis (des points de vue historique, politique, social, etc.). Par ailleurs, l’intrigue est hyper bien troussée : le fait de suivre quatre enquêteurs totalement indépendants est vraiment intéressant et permet de faire progresser l’histoire tout en maintenant un très bon suspens. La fin est super bien amenée et la scène de conclusion, tout en délicatesse, donne très envie de lire le second opus ! Bonne pioche !

Pour rester au rayon thriller, j’ai lu Amelia, de Kimberly McCreight. À New York, Kate, une avocate, élève seule sa fille de 15 ans, Amelia. Celle-ci est une adolescente modèle et, malgré un rythme professionnel très soutenu, Kate est à l’écoute de sa fille. Elles n’ont aucun secret l’une pour l’autre. C’est du moins ce que croit Kate, jusqu’à ce matin d’octobre où le lycée d’Amelia l’appelle, lui demandant de venir de toute urgence. Lorsqu’elle arrive, Kate trouve policiers et ambulances, s’angoisse, jusqu’au moment où son existence est irrémédiablement brisée : Amelia aurait sauté du toit, elle est décédée. Quelque jours plus tard, Kate reçoit un SMS anonyme disant qu’Amelia n’a pas sauté. Kate ne pouvait justement y croire et se met à enquêter elle-même sur l’existence de sa fille et ce qu’elle découvre la laisse pantoise… SMS, mails, réseaux sociaux, tout y passe et Kate tente de reconstruire la vie de sa fille afin de comprendre qui elle était et ce qui lui est arrivé.
Voilà un thriller psychologique classique mais franchement bien troussé ! Le suspens ne se dément jamais parce qu’on meurt d’envie de savoir ce qui est arrivé à Amelia – une gamine bien sous tous rapports, mine de rien – et comment on est arrivé à son décès. Le roman est très bien mené et aborde un tas de sujets d’actualité plutôt bien traités : il y est donc question de famille monoparentale, d’adolescence (évidemment), d’amitié, d’amour, d’homosexualité, de deuil (forcément), le tout sur fond de lycée chicos pour adolescents bien nés et de fraternités et sororités aux idées bien arrêtées… Je l’ai dévoré et même si je me suis bêtement spoilée en faisant des recherches sur internet (sur un détail que je ne connaissais pas et qui m’intriguait), j’ai passé un excellent moment avec ce roman !

 

Des bulles !

J’ai fait un petit plein de bulles cet été et, au mois d’août, il y a eu de très bonnes découvertes !

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J’ai lu les deux premiers volumes de la série Mjöllnir, d’Olivier Peru et Pierre-Denis Goux. C’est l’histoire de Thor, un nain armé d’un marteau magique, Mjöllnir, qui s’avère être … la réincarnation du dieu mythique. Dans un univers où les humains traquent les nains et où les elfes sont devenus une race presque dégénérée de camés à la magie, où on se tatane à grands coups d’éclairs et de malédictions millénaires, il ne fait pas bon être un nain avec une volonté de fer et un enfant à venger !
La mythologie scandinave est revisitée avec beaucoup de talent, dans un scénario plein de bruit et de fureur bien ficelé ! Côté dessins, il y a un petit côté âpre qui colle merveilleusement à l’univers. Bref, deux tomes bien menés, un univers hyper fouillé, j’ai adoré !

J’ai aussi lu un album assez étrange : La Famille Carter : don’t forget this song, de Franck M. Young.


La Famille Carter, vous la connaissez peut-être : c’est un groupe de musique country qui s’est créé dans les années 30. A.P. Carter, son épouse Sara et leur cousine et belle-sœur Maybelle (qui a aussi chanté sous le nom de Mother Maybelle, seule ou avec les Sœurs Carter, dont était June Cash, l’épouse de Johnny – le monde de la musique est petit !) commencent à interpréter le patrimoine choral de la région, A.P. se chargeant de récolter des chansons traditionnels. Ils s’accompagnent à la guitare, au violon et à l’autoharpe (qu’ils ont tous plus ou moins appris en autodidactes). Aujourd’hui, ce groupe reste un des fondateurs de la musique country !
Le dessin est un peu désuet mais colle à merveille au sujet ; malgré mon appréhension (ce n’est pas mon style favori), j’ai carrément accroché. Une B.D. étrange, disais-je, car j’ai été un peu déstabilisée par le format. En effet, l’intrigue fait des sauts de puce, des ellipses et on a parfois l’impression ou bien de passer du coq à l’âne, ou bien de n’assister qu’à des scénettes choisies et de rater des épisodes. Mais, finalement, le rythme prend, car la B.D. est hyper dense ! Elle mêle histoire de la musique (forcément), vie familiale (car les Carter ne sont pas des stars, ils vivent sur leur ferme et tirent le diable par la queue plus souvent qu’à leur tour, surtout du côté d’A.P. et Sara), mais aussi Histoire. Tour à tour, il sera question de l’émancipation des femmes (divorce inclus !), de racisme et de ségrégation, de la grande dépression et de l’extrême misère dans laquelle vivaient les régions rurales à l’époque. Côté histoire de la musique, on balaie un vaste spectre, avec les premiers enregistrements studio (et leur modernisation progressive), les émissions de radio en live, la professionnalisation des tournées et concerts. Au milieu de tout ça, on s’attache très vite à cette grande famille dont la musique est le pilier, malgré les petits défauts des uns et des autres ; ce qui montre à quel point c’est réussi.
En plus, ça donne envie d’écouter leurs textes !

Les esclaves oubliés de Tromelin, Sylvain Savoia.      coupdecoeur

 

Voilà une B.D. un peu particulière, mais qui a été un vrai coup de cœur ! Elle est signée Sylvain Savoia et c’est un savant mélange entre B.D. historique et reportage ! Sylvain Savoia a accompagné une mission de recherches archéologiques d’un mois sur l’îlot de Tromelin (perdu au large de Madagascar, à quelques 500 Km de l’île), sous la houlette de Max Guérout, un ancien officier de marine, créature du Groupe de Recherche en Archéologie Navale (GRAN) et le patronage de l’UNESCO afin de déterrer des traces de la sombre histoire de l’îlot.
Pour mieux comprendre, il faut remonter au XVIIIe siècle, en 1761 : un navire s’échoue lamentablement sur les bancs de sable avec, à son bord, une cargaison parfaitement illégale d’esclaves malgaches (enlevés, évidemment). Les survivants (marins et esclaves), sous la direction du second de bord, s’échinent à reconstruire un bateau de fortune pour échapper à une mort certaine. Mais, alors que le lieutenant avait promis de ne laisser personne derrière lui, il abandonne les 70 esclaves (hommes, femmes et enfants inclus !) sur une terre plus qu’inhospitalière (1Km² de sable, au ras de l’eau, avec trois poils d’eau douce dans les bons jours). Grand seigneur, le lieutenant promet de revenir les chercher… Ce n’est que le 29 novembre 1776 (15 ans plus tard, donc…) que le chevalier de Tromelin récupérera les 8 esclaves survivants : sept femmes et un bébé de 8 mois. (Cette histoire a grandement alimenté les moulins des abolitionnistes).

Sylvain Savoia, donc, offre un superbe récit sur deux niveaux : d’une part, l’expédition scientifique, avec les petites trouvailles et grandes découvertes enthousiasmantes, la cohabitation sur un îlot riquiqui coupé du monde, la lumière, la faune : un véritable journal de bord hyper documenté. Et, bien sûr, l’histoire des esclaves, en s’attachant notamment à l’histoire de Tsimiavo, jeune fille enlevée avec sa mère, survivante avec son bébé de 8 mois après 15 ans de réclusion au milieu de nulle part. Les deux récits s’imbriquent à la perfection et on est aussi curieux de lire le journal de bord que de découvrir l’histoire des esclaves. Tout ça est servi par un dessin et des couleurs absolument sublimes : impossible de ne pas se rincer l’œil ! J’ai eu un gros coup de cœur pour cette B.D. historique !

Rayon mangas, j’ai terminé la série Bakuman… à regrets !


Il y avait beaucoup de choses dans ce tome 20, qui achève de développer l’arc narratif entamé sur le (les ?) tome précédent : le fait qu’il est désormais de notoriété publique que Miho et Mashiro sont en couple. La carrière et la réputation de la première sont donc en danger, mais le couple attend toujours de réaliser son rêve pour se revoir et se marier (challenge, les amis). Sauf que les fans d’Azuki sont en train de ruiner le truc, qui a des conséquences sur le moral du duo Ashirogi (normal). Parallèlement, ils veulent mettre fin à leur série en cours, celle dont l’adaptation à venir a justement lancé tout le problème. Du coup, toutes les considérations autour de la création sont centrées sur « Comment terminer proprement un manga ? » et c’est littéralement passionnant.
Bon, évidemment, je ne vais pas vous dire qu’on est surpris par la fin, mais ça fait tellement longtemps qu’on l’attend qu’on pousse un ouf de soulagement quand elle arrive enfin. J’ai beaucoup aimé cette série qui montre les dessous du manga ; mon seul regret est que Kaya, l’épouse de Takagi, le scénariste, est toujours montrée… en train de faire le ménage. Boudu que ça a pu m’agacer !

Tops & Flops.

Pas vraiment de flops ce mois-ci, mais quelques lectures dont j’attendais, en fait, beaucoup, et qui n’ont pas forcément comblé mes attentes.

widdershins-3-le-pacte-brisé-ari-marmellPour commencer, il y a eu le troisième tome de Widdershins qui, s’il est très divertissant et toujours aussi « grand spectacle », est en fait un vrai volume de transition préparant le dénouement. Pas désagréable au demeurant, mais après deux premiers tomes plutôt denses, j’avoue que je m’attendais à autre chose.

Le septième opus des aventures de Mercy Thompson et de la meute de la Columbia est un peu dans lela-morsure-du-givre-mercy-thompson-7-patricia-briggs même cas. Je m’attendais à retrouver notre Mercy badass : sur ce point-là, je n’ai pas été déçue. Mais j’ai eu l’impression que tout était un peu précipité (et en même temps d’une lenteur incroyable) dans ce tome. Heureusement qu’on en apprenait plus sur la mythologie, ça compensait largement !

la-quête-d-ewilan-3-l-ile-du-destin-pierre-botteroJe ne pensais pas le citer ici un jour, mais je dois aussi confesser que j’ai trouvé L’Île du Destin un poil en-dessous des précédents. Et comme la barre était très haute, impossible de ne pas ressentir une petite déception, car le rythme est nettement plus mou que dans les tomes précédents. Malgré cette petite déception, cela reste une lecture enchanteresse.

Voilà pour les trois petites (j’insiste) désillusions de ce mois-ci. Et voici les bonnes surprises !

Les Nuits de laitue est un roman contemporain qui vient de sortir chez Zulma ; c’est même le premier roman deles-nuits-de-laitue-vanessa-barbara Vanessa Barbara, jeune auteur brésilienne. Et c’est loufoque et hilarant à souhait ! Et en même temps, c’est bourré de petites réflexions extrêmement justes sur la vie en général, qui tombent à pic. J’ai passé un excellent moment en compagnie d’Otto, dans son quartier proprement azimuté.

J’ai lu le sixième volume de Bride Stories et, comme d’habitude, c’était fabuleux ! En plus j’ai adorébride-stories-6-kaoru-mori l’histoire de cet opus, qui revient vers Karluk et Amir, dont les ennuis avec le clan d’Amir sont loin d’être terminés. C’est rythmé à souhait, bourré de péripéties à tout va et le dessin est toujours aussi sublime. Vivement la suite !

Citations. 

«Ada s’était entichée du mot « vachement », que du jour au lendemain elle s’était mise à utiliser à tout bout de champ. Cette nouvelle manie avait le don d’horripiler Otto, qui tint à s’informer sur la signification et les origines du mot en question. Ada s’en alla d’un pas résolu consulter sa voisine Mariana, qui après tout avait étudié à l’université. Elles émirent ensemble deux hypothèses étymologiques. La première, de nature kilométrique ; dans « c’est vachement loin », il s’agit de traduire l’idée d’une distance excessive, au point que même une vache serait épuisée avant de l’avoir parcourue. Et quand on dit : « il y a vachement à manger », c’est pour évoquer une quantité de nourriture qui suffirait à rassasier un bovin. « Quelle que soit l’origine de l’expression, on voit que tu l’utilises à tort et à travers », insista Otto après avoir entendu l’explication. Mais Ada ne l’écoutait plus. « Je suis à moitié sourde de cette oreille », prétendait-elle.»
Les Nuits de laitue, Vanessa Barbara.

«J’ai l’impression que les adultes oublient complètement ce que c’est que d’avoir treize ans, comme s’ils avaient perdu leur mémoire d’enfant en grandissant.»
14-14, Silène Edgar & Paul Beorn.

« Certaines choses ne doivent pas être nommées, comme Macbeth, les impôts ou Voldemort.»
La Morsure du givre, Patricia Briggs.

« Pitié, dites-moi que je ne vais pas retrouver des œufs dans mon oreiller ou du beurre de cacahouètes sur mon siège de voiture.
Je levai involontairement les mains au ciel et me retournai de nouveau vers lui. Continuant ma progression à reculons, je lui dis :
– J’avais douze ans. Vous n’avez rien d’autre à faire que de commérer sur des événements datant d’il y a vingt ans, chez les loups ?
Mi princesa, ronronna-t-il d’un ton séducteur, j’étais en Espagne et j’ai entendu parler du beurre de cacahouètes. Deux décennies, ce n’est rien, je t’assure. Ça ne te dérange pas que je te tutoie ? On en parlera encore à mi-voix d’ici une centaine d’années. Il y a des grands méchants loups dans le monde entier qui tremblent à la seule mention de son nom, et pourtant une petite fille coyote a tartiné les sièges de voiture de Bran Cornick parce qu’il lui avait dit de porter une robe pour jouer du piano devant la meute.»
La Morsure du givre, Patricia Briggs.

Et un gros pack tiré de L’Île du Destin, Pierre Bottero.
«Salim fait toujours du bruit. C’est quand il se tait qu’il faut l’entendre.»

«Un homme se mesure au poids de ses actes, pas à la longueur de ses phrases.»

« J’ai un million de choses à te raconter, commença Salim. Si tu savais ce que j’ai vécu…
– Ça peut attendre, Salim.
– Comment ça, ça peut attendre?
– Eh bien, tu as peut être des choses plus urgentes à faire.
– Tu plaisantes! Imagine que je…
– J’insiste, Salim. Je crois que tu as mieux à faire pour l’instant.
– Quoi?
Camille regarda son ami avec un air extrêmement sérieux.
– T’habiller, par exemple.
Salim baissa les yeux sans pouvoir retenir un cri horrifié.
Il était nu comme un ver.»

8 commentaires sur “[2015] Petit bilan d’août

  1. Tesrathilde dit :

    « les elfes sont devenus une race presque dégénérée de camés à la magie »
    ça me rappelle une certaine cité antique où il ne faisait pas bon traîner, dans une ancienne campagne de AD&D. :p

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  2. bouchondesbois dit :

    Ooh, mais Carnaval a l’air plutôt cool, dis moi ! Je n’en avais jamais entendu parler jusqu’à présent, je note ‘_’ Tout comme toi, j’ai été un peu déçue par le troisième tome de Widdershins… C’est assez frustrant de voir l’action coupée presque nette, comme ça :/
    Je te souhaite un excellent mois de septembre 😉

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  3. Lupa dit :

    Carnaval s’est vu ouvrir en grand les portes de ma liste d’envies, l’effet Nouvelle-Orléans me fait souvent cet effet là, mais quand, en prime, il y a du thriller historique derrière, c’est carton plein !!! Merci pour l’alléchante trouvaille de ce chouette bilan aoûtien 🙂

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