[2015] Petit bilan de juin

Carnet de lectures.

Romans.

Ce mois-ci, je me suis inclinée devant deux romans.

sélection-romans-juin-2015

In cloud we trust, Frédéric Delmeulle.

C’est l’histoire d’un univers dans lequel l’industrie du jeu vidéo a explosé et, avec elle, la course à l’extraordinaire. Les parcs à thème ? Dépassés ! Grâce au RéaliSim, un système de jeu virtuel, les joueurs se baladent dans des décors grandeur nature où ils rejouent l’histoire en immersion totale : de la chasse à Moby Dick aux bas-fonds de Whitechapel, tout est bon. Mais… des clients se mettent à disparaître. Évidemment, les autorités s’alarment. Les disparitions viennent-elles d’un (improbable) dysfonctionnement ? Faut-il craindre une attaque malveillante ? Tout le monde est sur les dents. D’autant que le dispositif pourrait servir à se débarrasser des mauvais coucheurs… discrètement !

J’ai adoré le principe de l’histoire : cette société de divertissement poussé à outrance, dans laquelle le numérique et le virtuel sont tout : Intelligences artificielles, nouveaux modes de consommation sont au programme. La scène d’ouverture, en pleine éruption volcanique sur Pompéi donne le la : j’ai adoré le principe des historiens venant tester la crédibilité de l’environnement créé par l’industrie du jeu. Finalement, ce qui a pêché, c’est la structure du roman : on n’est pas dans l’action, mais dans le récit des faits a-posteriori, par le truchement de dépositions, rapports, journaux intimes divers laissés par les témoins, enquêteurs, parties prenantes de l’enquête, le tout entrecoupé de coupures de presse – un peu comme dans Dracula. Mais si dans le roman gothique le procédé ne m’a pas gênée, ici il m’a empêchée de me sentir vraiment en prise avec, d’une part, l’histoire et, d’autre part, les personnages. De plus, j’ai deviné assez vite le fin mot de l’histoire…
Pourtant, le roman n’est pas dénué de qualités ! L’écriture est nerveuse, très visuelle, et la succession de petites scènes dédiées à chaque personnages/enquêtes donne un rythme très confortable à ce technothriller bien troussé !

Accelerando, Charles Stross.

Autre roman et, cette fois, j’ai carrément abandonné… après plusieurs infructueuses tentatives !
Accelerando est un chef d’œuvre de la SF publié en 2004 et qui a notamment reçu le prix Locus ; franchement, ce n’est pas rien. Il vient enfin d’être traduit (il inaugure la collection Incertain futur chez Piranha) en français et j’avoue que la mention du prix et la superbe couverture de Manchu m’ont fait craquer.
Accelerando, c’est donc l’histoire de Manfred, un courtier en innovations techniques et numériques, qui se fait des couilles en or des gains pas possibles grâce à son analyse fine du marché. Ce qui lui vaut les foudres du fisc – représenté par son ex-femme qui lui a fait un enfant dans le dos – mais aussi de personnes nettement moins recommandables, comme des sbires de l’ex-KGB et d’autres organisations tout aussi peu recommandables. Je serai bien en peine de vous résumer mieux que ça l’affaire, car mon cerveau s’est à peu près perdu au moment où il a été question de langoustes numériques téléchargées sur le réseau et pour lesquels il fallait trouver un contrat de travail adéquat… Des crustacés, donc. C’est dur.
En fait, le roman s’appuie sur une foule de concepts scientifiques plutôt connus (de nom) mais néanmoins pas si simples : le livre contient un glossaire très fourni et détaillé mais, malheureusement, pas toujours bien clair. Je me suis donc retrouvée à jongler avec les mots et les définitions, avec la désagréable impression de ne rien piper au schmilblick. Donc j’ai commencé à passer outre (mais ça reste difficile). D’autant que l’auteur ne s’arrête jamais, ce qui est génial ! On a l’impression que les idées fusent page après page, on en prend plein les mirettes, c’est délirant à tous point de vue – et même très drôle, par moments ! L’autre point qui m’a gênée, c’est l’impression de n’avoir aucun fil rouge entre les chapitres (pour les quelques chapitres lus) : apparemment, le roman a d’abord été édité sous forme de novellas plus ou moins indépendantes, ce qui explique peut-être cette apparente déconstruction. Non, vraiment, ce qui m’a gênée, c’est de rien entraver à ce que je lisais. Du coup, j’ai mis le roman en pause… si je deviens plus douée en sciences, je m’y remettrai 🙂

Côté ciné.

Ce mois-ci au ciné, je suis allée voir Tale of tales, dont le résumé (une adaptation de contes italiens par Matteo Garrone) et la très belle affiche me vendaient du rêve. Et j’en ressors… un peu mitigée, il faut avouer. Mais d’abord, un peu d’intrigue ! L’histoire superpose trois arcs narratifs organisés autour de figures de femmes.
Dans le premier royaume, la reine désespère tellement d’avoir un enfant que son mari et elle font appel à un mage. Celui-ci leur demande d’occire un monstre marin, d’arracher son cœur (le roi décède tragiquement dans la manœuvre), de le faire cuisiner par une jeune vierge à l’abri des regards et de le donner à manger à la reine (qui se met du sang partout sur les babines, donc on peut se demander ce qu’a fichu la vierge en cuisine…). Elle enfante enfin, mais la servante aussi, d’un garçon en tous points identiques au prince. Les deux enfants deviennent très proches, au grand dam de la reine, qui voit sa suprématie sur son fils s’étioler et craint que ce dernier ne se détourne du pouvoir et d’elle-même pour rester avec son jumeau.
Dans le second royaume, un prince libertin couche avec tout ce qui bouge. Un matin, alors qu’il rentre d’une orgie particulièrement arrosée, il entend chanter une femme à la voix cristalline. Il arrive devant une échoppe de teinturier et commence à courtiser la femme à travers le battant fermé. Ce qu’il ignore, c’est qu’il n’y a pas de jeune fille dans cette maison, seulement deux vieilles souillons aux timbres purs. Rendez-vous est pourtant pris pour la nuit. Les deux sœurs font ce qu’elles peuvent pour en arranger une des deux, qui a obtenu que le rendez-vous se fasse dans le noir le plus complet. Mais le roi découvre la supercherie et fait jeter la femme par la fenêtre. Elle est sauvée par une sorcière qui lui rend l’apparence et le teint de ses 20 ans. Évidemment, le roi la croise par inadvertance et s’entiche de la créature… qui accepte de l’épouser pour mettre sa sœur hors de danger.
Dans le dernier royaume, le roi un peu distrait refuse de voir sa fille grandir et se passionne pour une puce atteinte de gigantisme. La princesse exige à être mariée et le roi organise une épreuve ouverte à tous les jouvenceaux. Épreuve qu’il pense impossible à résoudre, on s’en doute, et sur laquelle tous les damoiseaux dispos se cassent les dents. Sauf… un ogre, moche et immense, qui a tôt fait de repartir avec l’infortunée princesse sous le bras, laquelle va apprendre la vie à la dure.

Bon, voilà pour les trois histoires, dans les méandres desquelles on va se perdre tour à tour. La première chose qui m’a frappée en regardant ce film (dès les premières minutes !), c’est qu’il allait être long. Très long et très lent. En témoignent des scènes d’une insupportable lenteur, telle celle où le roi en scaphandre s’approche précautionneusement du monstre marin endormi. Le monstre est à l’extrême-gauche de l’écran, le roi à l’extrême droite et il se déplace à l’allure d’un cosmonaute entravé. Et tout est à l’avenant : certaines scènes semblent s’étirer à l’infini, sans que ça apporte quoi que ce soit à l’intrigue ou à l’ambiance générale. Alors je sais bien que notre société ne sait plus apprécier la lenteur et les choses bien faites, mais était-il vraiment nécessaire de passer autant de temps sur des scènes sans réel intérêt dramatique. Le rythme est particulièrement inégal. Du coup, on s’ennuie un tantinet, d’autant qu’il n’y a aucun lien entre les trois histoires et qu’on se contente de sauter de l’une à l’autre (malgré la note d’intention du réalisateur, qui promettait trois contes dont les histoires auraient été entrelacées : en fait, hormis l’enterrement du roi au départ, durant lequel on aperçoit les protagonistes des autres histoires et la scène finale (même constat), aucun points commun entre les trois affaires… En fait, cela pourrait aussi bien être trois courts-métrages présentés à la suite les uns des autres !). Ceci dit, il faut reconnaître que cette lenteur permet de bien asseoir l’ambiance fantastique et que le tout est servi par une esthétique puissante.
Heureusement, si la forme est décevante, le fond est un peu plus passionnant ! Déjà car les motifs des contes sont classiques et rappellent d’autres histoires. De plus, vous pouvez oublier les contes à la Disney. Non, là on est dans le conte traditionnel, bien noir et bien glauque (confinant à l’ambiance malsaine !) dont les histoires flirtent allègrement avec le fantastique le plus baroque. Baroque, finalement, colle tout à fait au film : entre l’ambiance, les débauches de costumes et de paysages à se damner et la musique proprement envoûtante, on est en plein dans l’esthétique. Et rien que pour ça valait carrément le coup. Dernier point : quitte à aller le voir, vous pouvez tenter la VF. Comme il a malheureusement été tourné en anglais, on ne profite même pas des sonorités italiennes qui, pourtant, auraient merveilleusement convenu à l’histoire !

Top & Flops.

Au nombre des seconds, deux titres ont légèrement déçu les (grosses) attentes que j’avais les concernant – je ne vous reparle pas de In cloud we trust, c’est déjà fait !

les-manteaux-de-gloire-sebastien-de-castellLes Manteaux de gloire, quoique fort sympathique, s’est avéré un poil moins tripant que ne le promettait la mention « Révélation fantasy » en première de couverture, notamment parce que les personnages et l’univers n’étaient pas tout à fait creusés à mon goût. Mais au vu de l’histoire, du trio mis en place et du très bon compromis entre fantasy et roman de capes et d’épées, je lirai très volontiers la suite.

Let the sky fall, de Shannon Messenger, m’a cruellement déçue, peut-être parce que jelet-the-sky-fall-shannon-messenger m’attendais à apprécier autant que Gardiens des Cités perdues ! J’ai trouvé le roman hyper cliché et superficiel à souhait, je n’ai pas accroché à l’intrigue cousue de fil blanc (alors que le point de départ est génial), ni aux personnages trop peu creusés. Dommage !

Bon, heureusement, il y a eu quelques bonnes découvertes !

sang-pour-sang-i-hunt-killers-3-barry-lygaLa fin de la série I hunt killers, Sang pour sang, a largement, très largement tenu les promesses des deux premiers tomes. C’est encore plus sombre, encore plus glauque, encore plus exigeant ! Mais fabuleux. Je suis même triste d’avoir quitté Jazz et ses petits camarades – mais ravie de ne pas recroiser Billy, pour tout dire.

J’ai adoré les trois premiers tomes du Protectorat de l’ombrelle de Gail Carriger donc Le Pensionnat de Mlle Géraldine me faisait vraiment de l’œil. Et, bien que la série soit clairement destinée à un public plus jeune, j’y ai retrouvé tout ce que j’aime dans l’écriture de Gail Carriger ! C’est drôle, c’est loufoque à souhait et l’intrigue est délicieusement tordue (quoique moins alambiquée que ce à quoi j’étais habituée). Bref… une nouvelle série à suivre ! Mais comme je viens d’en finir une… ça va, non ?

Citations.

« Tu parles comme un vieux !
– Les vieux sont des jeunes pour qui tout a été trop vite.»
Phobos, Victor Dixen (si vous aussi ça vous rappelle Pratchett…).

« Je suis tellement contente qu’on se soit réconciliées », dit Kris en appliquant une couche de vernis pastel sur ses ongles. […]
« Je suis contente moi aussi, dis-je. Ne serait-ce que pour la crème brûlée. »
Kris lève vers moi ses yeux bleu clair, inquiète :
« Pas que pour ça quand même, j’espère…
– Non, bien sûr. Aussi pour le strudel aux pommes et le fondant au chocolat. J’espère seulement qu’il y a les ingrédients à bord.»
Phobos, Victor Dixen.

«Tout ça à cause de moi ? Pourquoi ? Je ne suis personne.
– C’est là que tu te trompes, Vane. Tu es notre seul espoir.
Je réprime un sourire ! On dirait la princesse Leia : « Aidez-moi, Obi-Wan Kenobi ! »
– Oh non, tu peux me croire ! Par un concours de circonstances extraordinaire, tu te trouves sans doute être la personne la plus importante de la terre en cet instant.
À ces mots… mon cerveau décide de fermer boutique.»
Let the sky fall, Shannon Messenger.

« Rappelez-vous bien cela, Mademoiselle Temminnick : une dame ne tire jamais la première. Elle pose des questions, puis elle tire.»
Étiquette & Espionnage, Gail Carriger.

« Le premier commandement de l’escrime… c’est de faire rentrer le bout pointu dans l’adversaire !»
Les Manteaux de gloire, Sebastien De Castell.

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13 commentaires sur “[2015] Petit bilan de juin

  1. Camille dit :

    Beau bilan! Je suis en plein dans « le pensionnat de Melle Géraldine » et elle m’a fait rire ta citation, je l’ai reconnue!

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  2. Tesrathilde dit :

    J’ai moins envie d’aller voir A Tale of Tales… ^^’ Pourtant la bande-annonce était très prometteuse !

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    • Sia dit :

      Alors la bande-annonce est très fidèle à l’ambiance du film donc si elle t’a convaincue, ma foi, je te dirais bien d’y aller. Sache juste que ce n’est pas un film trépidant !

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  3. bea285 dit :

    Joli bilan. Je t’ai déjà parler de mon envie de lire la nouvelle saga de Gail Carriger. Dommage pour Let the sky fall, je testerais plutôt son autre série du coup. Bisous Sia. 🙂

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  4. Le Stross c’est celui que tu lisais aux Imaginales? La bande-annonce de Tale of tales avait l’air un peu bizarre, j’hésitais mais je vais passer mon tour!
    Bon mois de juillet 🙂

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  5. Acr0 dit :

    Ravie que Le pensionnat de Mlle Géraldine te plaise plus qu’à moi 🙂 J’attends The Custard Protocol avec impatience.

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  6. Lupa dit :

    In cloud we trust me fait de l’œil, je trouve le synopsis super sympa ! Joli bilan 😉

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  7. […] (Fleuve) – L’Adjacent de Christopher Priest (Denoël, Lunes d’encre) – Accelerando de Charles Stross (Piranha) – Le Cercle de Farthing de Jo Walton (Denoël, Lunes d’encre) […]

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