Le Secret de Tristan Sadler, John Boyne

le-secret-de-tristan-sadler-john-boyne

1919. Dans une Angleterre qui se remet à peine du traumatisme de la Première Guerre mondiale, Tristan Sadler, 21 ans, fait le trajet de Londres à Norwich pour remettre des lettres à Marian Bancroft – celles que la jeune femme avait envoyées à son frère Will alors qu’il était sur le front.
Tristan et Will étaient proches. Au fil des batailles et des drames qu’ils ont connus dans les tranchées, les deux hommes ont beaucoup partagé. Mais Will, pour s’être rebellé contre l’autorité, a été passé par les armes.
Pour tous, il fait désormais figure de lâche. Tristan, revenu vivant, passe au contraire pour un héros. Mais il a un lourd secret, un remords qui le ronge. Reste à savoir s’il parviendra à le révéler à Marian.

J’avais découvert John Boyne avec Mon père est parti à la guerre, qui évoque déjà la première guerre mondiale dans un roman jeunesse (très bon, au demeurant) ; cette fois, je retrouve l’auteur au rayon adulte avec, à nouveau, une très bonne histoire.

Le Secret de Tristan Sadler est un roman extrêmement bien construit. La narration alterne entre le récit du moment où Tristan retrouve Marian pour lui rendre les lettres de Will, souvenirs des classes et du front en 1915 puis, à la fin, la conclusion se déroulant en 1979. La construction est excellente car on a rapidement l’impression de savoir quel est le fameux secret qui déchire Tristan. Sauf qu’en fait… ce secret qui, quasiment dès le départ, n’en est plus un, en cache d’autres, qui se révèlent peu à peu, et ce jusqu’aux dernières pages.

La tension est donc conservée de bout en bout : si l’on pense avoir, dès le départ, découvert « le » secret de Tristan, à quelques indices révélateurs, on sent aussi que l’auteur n’a pas tout évacué et on s’attend à en savoir plus sur cet aspect-là. Au fil de l’histoire, John Boyne livre un tableau de mœurs, et ce n’est que petit à petit que l’on commence à comprendre que le fameux secret n’était peut-être que la partie émergée de l’iceberg. Ce qui, évidemment, rend le tout d’autant plus prenant ! Aussi lit-on tant pour découvrir les dessous de l’affaire, que pour le plaisir de découvrir le tableau de mœurs.

Inutile de chercher des détails très précis du point de vue historique : l’intrigue se déroule à la fois au camp d’entraînement en Angleterre et sur le front en France, mais on ne saura pas précisément où et les faits ne seront pas parfaitement liés à une chronologie (pas d’évocation de bataille précise et aisément reconnaissable, par exemple). Ceci étant, le panorama est tellement bien retranscrit qu’on pourrait être n’importe où le long du front. Will et Tristan arrivent en France durant la guerre de position : direction les tranchées. Et là… les descriptions sont vives : la boue, le froid, les rats, les cigarettes qui aident les snipers, la terreur perpétuelle… le récit est très réaliste.
L’auteur accorde beaucoup d’importance aux personnages, notamment à Tristan. Pas à pas, on suit le soldat Sadler, ses questionnements, ses errances… Les autres personnages sont vus par les yeux de Tristan qui leur applique le filtre de ses perceptions, émotions, questionnements. Et c’est vraiment intéressant ! On voit rapidement les points sur lesquels il va achopper avec Will, on se demande d’où viendra la réconciliation, et comment l’amitié des deux garçons évoluera.

Tous les thèmes liés aux secrets sont extrêmement bien traités ; le ton est juste et l’auteur pousse son thème au maximum. Ce n’est pas une histoire qui reste en surface. À cela s’ajoute la thématique du secret qui est, elle aussi, au centre de l’histoire : Tristan a construit toute sa vie autour de cette chose à taire qui le ronge inexorablement et plombe toute sa relation au monde.
Les thèmes du courage et de la lâcheté, notamment, ont une importance capitale et sont traités avec subtilité et intelligence – et pas seulement du côté des soldats, ce qui est bien la meilleure partie. On en discerne également les répercussions ; ainsi, lorsque Tristan visite Marian, c’est l’époque où l’on érige les monuments aux morts, ce qui se fait sous la supervision du père de Marian et Will. Ce dernier ayant été passé par les armes, son nom n’a pas droit de cité aux côtés de ceux des « vrais » martyrs de guerre… de fait, la question de la mémoire et celle du devoir de mémoire ont, elle aussi, toute leur importance. (Petit aparté : en France, ces soldats n’ont été réhabilités qu’en 1980… ce qui est bien tard. Aparté bis, sur ce thème et au rayon jeunesse, je vous conseille fortement Soldat Peaceful de Michael Morpurgo).

Au final, le gros point fort du livre, c’est qu’il soit sans concessions. C’est dur, c’est réaliste, mais John Boyne ne se contente pas d’une conclusion douce-amère qui permettrait de « sauver la face ». Non, il a décidé de nous plonger la tête dans le cambouis et il le fait jusqu’au bout. C’est ce qui rend le roman si bon, d’ailleurs !

Le Secret de Tristan Sadler est donc un bon roman sur fond historique, proposant une intrigue aux thématiques très contemporaines, intelligemment traitées. La plume est fluide, le tableau de mœurs réaliste et l’ensemble hyper prenant. L’histoire n’est pas simple : le thème est dur, mais il est remarquablement bien traité. Comme dans Mon père est parti à la guerre, John Boyne offre une très belle fresque, avec des personnages travaillés et intéressants. J’attendais beaucoup de ce titre et l’auteur ne m’a pas déçue !

Le Secret de Tristan Sadler, John Boyne. L’Archipel, 2015, 336 p.
14-18-sélection-lectures-encres-et-calames

7 commentaires sur “Le Secret de Tristan Sadler, John Boyne

  1. belledenuit11 dit :

    Lu aussi et j’avoue que j’ai beaucoup aimé même si je m’attendais à un roman davantage centré sur la guerre de 14-18. Tristan est un personnage auquel je me suis beaucoup attachée. Par contre, Will…. no comment !

    J'aime

  2. Lupa dit :

    Je vois que tu es en pleine période « guerres », et ce roman, à l’instar des derniers chroniqués, semble vraiment intéressant ^^ Dois-je préciser que j’en prends bonne note 😉

    J'aime

  3. Flora dit :

    Raaah, j’ai envie de le connaître, ce secret, maintenant ! Curiosité, quand tu nous tient… Mais ce roman a l’air bien dur quand même, surtout si la fin est « paf dans ta gueule ». Je ne sais pas si mon p’tit coeur s’en remettrait… Mais je note (ENCORE).

    J'aime

  4. […] historiques. Le Mystère de Lucy Lost, Michael Morpurgo. Les Roses noires, Jane Thynne. Le Secret de Tristan Sadler, John […]

    J'aime

Mettre son grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s