[2015] Petit bilan de mars

Mars en bref : du soleil, des giboulées, des chroniques, des brèves, une moisson, un week-end à mille !

Carnet de lectures.

Le mois a été chargé en lectures non chroniquées !

Du côté des romans

ma-mère-et-moi-brahim-metibaCe mois-ci, j’ai lu un très court texte de Brahim Metiba, Ma mère et moi. C’est l’histoire d’un fils, homosexuel, ayant quitté son Algérie natale pour Paris, qui vient visiter sa mère et en profite pour discuter avec elle. Celle-ci aimerait le marier avec une musulmane et l’avoir près de lui. Au fil des pages, on s’aperçoit que le dialogue… est en fait un dialogue de sourds.  Le texte est très court, mais vraiment percutant, et on assiste, impuissant, à cette impossibilité de communication. C’est fascinant, mais c’est aussi assez terrible.

Du côté des bulles.

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J’ai fait quelques découvertes atypiques, avec, en premier lieu, Fatherland, de Nina Bunjevac. Le dessin est entièrement constitué en petits points et traits et, il faut l’avouer, tout ce noir et blanc associé à la technique est un poil austère. Mais cela donne un rendu d’une précision incroyable, on dirait quasiment des photos ! Fatherland, c’est donc l’histoire du père de Nina, un royaliste yougoslave exilé aux Etats-Unis, qui n’hésite pas à se faire entendre à coups de bombes. Terrifiée, la mère de Nina emmène ses deux filles en « vacances » en Yougoslavie… et y reste. Mais elle a été obligée de laisser Petey, son aîné, au mari qui ne souhaite pas que les grands-parents lui bourrent le crâne d’âneries communistes. Cette fracture familiale a profondément marquée Nina, qui tente de comprendre ce père qu’elle a si peu connu : elle ne juge pas, mais elle présente tous les faits, remontant jusqu’aux arrières grands-parents. Et, à travers l’histoire familiale, c’est toute la complexe histoire de la Yougoslavie qui se dessine, de la façon la plus simple qui soit. C’est fascinant. La fin est un peu rapide, en comparaison du reste mais c’est un album vraiment intéressant, il faut juste passer le pas du graphisme !

Seconde découverte atypique, mais qui m’a moins bottée, c’est Black is Beltza de Fermin Muguruza, Harkaitz Cano, et Jorge Alderete. L’histoire commence à New-York, en 1965. Le groupe de Pampelune est venu avec ses fameux géants, et l’ensemble de la Comparse doit défiler pour l’Exposition Universelle. Problème : en raison de la ségrégation, les autorités refusent que le couple de géants censé représenter l’Amérique défile… parce qu’ils sont noirs. Furieux que le groupe honore tout de même le contrat, l’un des porteurs, Manex Unanue, les quitte, et reste à New York au lieu de rentrer au pays. Il découvre la communauté noire, en émoi après l’assassinat de Malcom X et, de fil en aiguille, se retrouve de toutes les révoltes. Il ne tarde pas à gagner Cuba, avant de revenir aux Etats-Unis avec la mission d’exfiltrer un membre des Black Panthers…
Côté graphisme, on retrouve un trait atypique : des petits points, et des planches monochromes, la couleur changeant selon les chapitres.

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Bleu canard pour NY, kaki pour la guerrilla cubaine. A gauche, la comparse des géants, les géants représentant l’Amérique en haut et, en bas, la photo d’époque.

 

L’histoire, malheureusement, est assez confuse pour les mauvais en histoire dans mon genre… j’ai eu du mal à suivre toutes les tribulations, bien que le fond soit absolument passionnant. Il y a des passages révoltants (l’interdiction de défiler, par exemple), des passages proprement hilarants (lorsque Manex appelle son ami d’enfance, à Pampelune, en basque, et que la CIA qui l’espionne pense que c’est du cherokee), de l’aventure, de l’amour… Bref, tout y est, mais l’histoire vraiment trop brouillonne pour que ce soit génial.
Malgré tout, j’ai apprécié cette oeuvre essentiellement basée sur des faits historiques.

J’ai également lu le premier volume du diptyque Kersten, médecin d’Himmler : Pacte avec le mal, de Patrice Perna et Fabien Bedouel. Et j’ai découvert ce héros de guerre injustement oublié ! La B.D. est de très bonne facture : l’intrigue se tient, et le graphisme colle au sujet. On sent parfaitement la tension qui monte au fur et à mesure, et on découvre parallèlement la vie de Kersten après la guerre, et ce qu’il a fait durant cette guerre au chevet d’Himmler. La BD se lit vraiment comme un thriller, à ceci près qu’on connaît déjà la tendance générale de l’histoire ! J’ai hâte de lire la suite et fin.

Côté albums.

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Je me suis fait un petit plaisir avec La Belle et la Bête, un conte qui me plaît particulièrement, illustré par David Sala. En trois mots : une pure merveille.
Le texte est celui de Jeanne-Marie Le Prince de Beaumont et les illustrations… à se damner. David Sala utilise de grands aplats de doré, du gaufrage, et des jeux sur les camaïeux de couleur. La seule couverture donne un très bel aperçu de ce qu’on trouve à l’intérieur. Gros coup de cœur pour cet album !

Dans une tranche d’âge inférieure, j’ai lu deux des quatre premiers titres de Thierry Dedieu pour la collection Bon pour les bébés : Le Théorème de Pythagore & Dans sa maison un grand cerf. Le concept ? Des albums cartonnés très très grand format, des illustrations noir et blanc très contrastées et des textes soignés, dont la musicalité est travaillée et c’est hyper réussi ! Le second est assez classique, mais le premier – qui déroule le fameux théorème – est hyper original ! C’est bien fait, et ça devrait plaire aux petits bouts !

Quelques essais ?

J’ai fouiné rayon musique, avec L’Anthologie des bourdes et autres curiosités de la chanson française, par Alister.
Tout simplement hilarant ! L’auteur s’attache tout d’abord à détailler les bourdes chansonnières : les géographiques («Sous l’Équateur du Brésil, entre Cuba et Manille», chanté par Gilbert Montagné), historiques, syntaxiques… ou tout simplement des bourdes qu’on aurait pu éviter («C’était fin août, début juillet», par Johnny Hallyday). Ensuite, il y a d’autres chapitres s’intéressant à l’allitération très utilisée stress/strass, ou le nombre de chansons évoquant Venise (avec tableau statistique pour compter les autres mots-clefs associés à la ville !). Bonus : le chapitre sur les pochettes de disque avec des fautes ! Bref, c’est hyper instructif, et c’est surtout hyper marrant, car le style est mordant et plein de verve. Une excellente découverte, avec laquelle j’ai beaucoup ri !

Ensuite, rayon histoire, j’ai lu La Guerre de Troie a-t-elle eu lieu ? Enquête sur un mythe, un document de Stéphane Foucart dont le titre est assez clair ! Le document est bien écrit, et ça se lit tout seul. L’enquête est passionnante, hyper documentée, et c’est limpide. J’ai largement pensé à Troie, de David Gemmell… dont on dirait qu’il a lu ce document avant d’écrire le roman ! Voilà une découverte que je ne regrette pas.

Tops & Flops.

Pas de bol, ce mois-ci il y a eu deux lectures pas transcendantes, rayon light novel japonais, j’ai donc nommé Aincrad et Spice & Wolf.

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Aincrad, c’est l’histoire de Kirito, bloqué dans un jeu vidéo dans lequel le game over est définitif. Malheureusement, ce n’est pas aussi palpitant que l’annonce le résumé : on a l’impression de lire un manuel de jeu, la psychologie des personnages est à peine esquissée et la seconde partie, constituée de novellas, vient éclairer les zones d’ombre du tome 1, mais un peu tard. Bref, de bonnes idées mais un ensemble pas passionnant.

L’autre titre, Spice & Wolf, a carrément gagné la palme du roman ennuyeux. Bouh que c’est long ! L’univers, pour intéressant qu’il soit, n’est pas tout à fait assez esquissé. Si Lawrence est intéressant – malgré une proportion à tout ramener à l’argent assez désagréable – Holo est franchement bien trop immature pour être attachante. Enfin, l’intrigue est d’une lenteur exaspérante. Franchement dommage.

Côté bonnes découvertes, il y a également quelques candidats ! Tout d’abord, deux dystopies très surprenantes, chacune à sa façon. 

                       the-book-of-ivy-amy-engel                        red-queen-victoria-aveyard

The Book of Ivy était nettement meilleur que ce à quoi je m’attendais, notamment par les thèmes traités ! Je suis passée à un cheveu du coup de coeur avec ce titre, dont j’ai vraiment adoré le fond !

Red Queen, de son côté, m’a également très agréablement surprise. Au niveau des thèmes, on trouve à peu près la même chose que dans The Book of Ivy, traité d’une nouvelle façon. L’intrigue est tellement visuelle qu’on verrait bien un film (d’ailleurs, les droits ont été achetés !).

Enfin, il y a eu un coup de cœur au mois de mars, j’ai nommé La Reine des neiges de Cindy van Wilder !

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J’avais beaucoup aimé le premier tome, mais celui-ci m’a littéralement embarquée ! L’intrigue est hyper prenante, le suspens omniprésent, et la psychologie des personnages s’affine. Bref, un coup de cœur !

Côté ciné !

Je suis donc allée voir Divergente 2 : L’Insurrection. Et ? Eh ben je ne sais pas trop quoi en penser, à vrai dire.
Pour commencer, le scénario respecte relativement peu le roman. Il y a des péripéties qui ont été ajoutées (cf. cette histoire de boîte à la fin, franchement bizarre), ou largement modifiées (les dernières scènes, par exemple, et une violence plus présente que dans mes souvenirs du livre). Hormis cela, ma foi, l’adaptation tient pas trop mal la route. Enfin, si on oublie tout ce qu’ils n’ont pas mis. Par exemple, Uriah, on le voit, quoi, 2-3 minutes ? Pas plus. Et il n’est pas nommé. Moi je vous l’dis, ça va être coton pour l’adaptation du 3, à ce rythme-là. Malgré tout ce qu’ils ont coupé, le film se paye le luxe d’avoir des longueurs. Si si. Heureusement, graphiquement, ça tient plutôt la route. Les décors sont top (le train, génial !) et les scènes (nombreuses) de baston ou de simulation franchement réussies.
Bref, je ne me suis pas ennuyée, mais ce n’était pas non plus le kif total.

Citations. 

«Ne me dis pas que tu ne fais plus de muscu, reprend Bailey. Ça se voit, tu sais. Tu es peut-être musclé naturellement, mais là tu es bien découpé. Tu l’étais déjà avant et tu l’es davantage maintenant.
C’est un gamin qui n’a jamais soulevé un haltère de sa vie qui tient ce genre de propos, songe Ambrose en secouant la tête tout en enfournant des cupcakes. Parfaitement, des cupcakes.
– Bon, c’est quoi le but ? Tu as un corps incroyable – grand, fort. Tu comptes le garder pour toi ? Il faut le partager avec le monde, mec.
– Si je ne savais pas que tu es hétéro, je penserais que t’es en train de me draguer, répond Ambrose.
– Est-ce que tu admires tes muscles nu devant le miroir tous les soirs ? Je veux dire, au moins, fais du porno. Comme ça, ça ne sera pas perdu pour tout le monde.»
Nos Faces cachées, Amy Harmon.

« Sans attendre qu’on l’invite à entrer, Séber ouvrit la porte à la volée et poussa Ascane devant lui. Elle trébucha et manqua de tomber.
– C’est quoi, ça ? demanda-t-il à l’homme assis à un bureau derrière une montagne de parchemins, la plume suspendue en l’air.
Ascane reconnut le recruteur.
– Il s’agit d’Ascane de Vilarot, si je ne me trompe, l’un de vos trois apprentis.
– L’un de mes trois apprentis ? hurla Séber.
– Absolument. Un problème ? questionna le recruteur, parfaitement calme, replongeant tête et plume dans sa paperasse.
– C’est une FILLE, Varney ! rugit Séber.
– Aucun doute là-dessus, Séber. Un problème ? répéta Varney.
– Je suis le maître licornier, Varney. Pas le … « maître licornière ». Il n’y a jamais eu de licornière dans le royaume. Débarrassez-moi de cette gamine, renvoyez-la chez elle ou placez-la aux cuisines et dépêchez-vous de m’envoyer UN apprenti. Un vrai.»
La Fille aux licornes, Lenia Major.

«Je reste longtemps sur le trottoir après son départ. Lorsqu’on est conscient d’être manipulé, mais que ça fonctionne, peut-on encore appeler ça de la manipulation ?»
The Book of Ivy, Amy Engel.

«- Il faut aborder un pas après l’autre, c’est le meilleur moyen d’y arriver.
Il reprend des enchaînements plus simples, et se moque soudain de lui-même.
– Tu auras peut-être du mal à le croire, mais je n’ai pas toujours été le meilleur des danseurs.
– Impossible ! répliqué-je avec un sourire. J’étais persuadée que les princes naissaient avec le gène de la danse et celui des conversations mondaines.»
Red Queen, Victoria Aveyard.

« Médor ! Jézabel ! Ramenez papa à la maison !»
Le Soufflevent, Mel Andoryss et Xavier Collette – ordre adressé aux dragons.

«J’fait fait treize photographies des avions et une autre un peu différente.
Du moment que tu les as eus et qu’on a des preuves de tout ça. Qu’on puisse faire savoir ce qui s’est passé ici, à Guernica, c’est ça qui compte.
J’ai photographié la bicyclette, aussi.
Quelle bicyclette ?
Celle qu’on voit là-bas, couchée par terre au milieu de la place.
C’est une drôle d’idée dit le père Eusebio en regardant vers la bicyclette.
Les avions, ça suffit pas pour raconter ce qui se passe ici, dit Basilio. Dès que tu te mets la tête sous le drap noir et l’oeil dans le viseur, tu te rends compte que ça suffit pas.
Si on peut voir les bombardiers, juste là-au dessus des toits, c’est déjà beaucoup, non ?
Sur la photographie, on verra les bombardiers.
Ben oui, bien sûr, Basilio. Les bombardiers.
Le front plissé, le regard inquiet du père Eusebio.
Je veux dire, continue Basilio, on verra que les bombardiers. Ils prendront toute la place, sur la photographie. Surtout que ça occupe beaucoup de place, un bombardier.
C’est bien ce qu’il nous faut, bredouille le curé.
C’est pas comme une bicyclette.
Je ne comprends pas ce que tu veux dire.
Rien que ça, une bicyclette qui repose à terre, au milieu d’une place déserte. Je crois que c’est pas mal pour donner une à deviner tout ce qu’on voit pas sur l’image. Toutes ces choses qui flottent dans l’air et qui fabriquent notre peur de maintenant. Qu’on peut pas graver sur du papier mais qui nous empêchent presque de respirer, par moments. Tu vois ce que je veux dire ?
Oui.
Alors je trouve que cette image de bicyclette, elle fait la place à tout ça et c’est dans ce sens qu’elle vaut bien une photographie de bombardier.»
Le Héron de Guernica, Antoine Choplin.

8 commentaires sur “[2015] Petit bilan de mars

  1. Un super bilan, je te souhaite encore mieux pour avril 🙂 !

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  2. Solessor dit :

    Tes coups de coeur m’interpellent… Autant, Les Outrepasseurs, je sais qu’il faut ABSOLUMENT que je le lise, autant je n’attendais pas grand chose des deux autres titres… comme quoi ! 🙂

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  3. Flora dit :

    Eh beh, quel mois ! Houuuuuuu, que de belles découvertes ! Je ne peux que plussoyer chaudement pour The Book of Ivy et Les Outrepasseurs, deux perles ! ❤ Et tu me donnes vraiment, VRAIMENT, envie de découvrir Red Queen. J'avoue que ton avis était un peu l'étape décisive, donc je vais craquer un jour, c'est certain. Hihihi.
    Bon mois d'avril !! (Oui je sais, on est déjà à la moitié du mois mais c'est l'intention qui compte, n'est-ce pas ? :p)

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    • Sia dit :

      C’est l’intention qui compte ! Déjà la moitié du mois, et je n’ai pas écrit la moitié des chroniques de bouquins dont je voudrais vous parler ! Mais où file donc le temps ?!

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  4. […] lu la B.D. Au nom de l’humanité, de Patrice Perna et Fabien Bedouel, qui clôt le diptyque Kersten, médecin d’Himmler. J’ajoute 48 géniales pages à mon score, ce qui m’amène à 380 […]

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  5. […] vous avais déjà brièvement parlé de cette bande-dessinée au mois de mars 2015 mais comme je viens d’en lire le second volet, je pense que la série mérite un petit […]

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