La Reine des neiges, Les Outrepasseurs #2, Cindy van Wilder

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La dernière fée libre, Snezhkaïa, la Reine des Neiges, vient d’être capturée par les Outrepasseurs. C’est la fin de la suprématie de Féérie.
Mais celle-ci ne se rendra pas sans combattre ; les Outrepasseurs sont loin d’imaginer ce qui les attend. Quant à Peter, il est entièrement concentré sur un unique objectif qui vire à l’obsession : retrouver le Chasseur… 

 

La forme assez inhabituelle du premier volume m’avait quelque peu déstabilisée… mais j’avais vraiment apprécié l’histoire. Cette fois, ce n’est plus une simple histoire d’atomes crochus, c’est un coup de cœur !

Le premier tome avait un parti-pris vraiment original et assez inhabituel en littérature young-adult ; d’une certaine manière, ce second tome se rapproche beaucoup plus des codes attendus. En effet, on y retrouve en filigrane le double motif de l’initiation (via les stages organisés par les Outrepasseurs et tout un tas de rituels allant d’agréable à extrêmement déplaisant) et de la quête, dont les différents aspects opposent des bandes de tous poils.

Mais, d’une certaine façon, La Reine des neiges sort complètement des sentiers battus de la littérature young-adult. Le Peter que l’on retrouve ici est bien plus mûr que dans le volume précédent ; un an s’est écoulé depuis la fin du premier tome, et le jeune homme a eu le temps de s’assagir… et de bien réfléchir. À nouveau, l’auteur nous prend à contre-pied avec son personnage, qui ne fait absolument rien de ce que l’on pouvait (raisonnablement) attendre de sa part. Chaque nouvelle décision nous prend par surprise, et on se demande jusqu’où tout cela va bien pouvoir aller. Peter est un personnage fabuleusement réaliste : il n’est pas particulièrement courageux (du moins pas au-delà de la limite du raisonnable), il prend parfois de mauvaises décisions, et il peut se montrer tout à fait borné. Bref, il est naturel. Surtout, il ne transige pas, ce qui fait toute sa force : il ne se satisfait pas de ce qu’on attend de lui, à savoir exercer « un mal pour un bien », et c’est bien là toute l’originalité de la chose. Dans un roman plus classique, le personnage aurait râlé pour la forme, puis endossé ses responsabilités. Peter, lui, préfère claquer la porte, et rester droit dans ses bottes.
Cindy van Wilder s’amuse avec les codes et tord habilement son univers ; là où on s’attend à suivre les héros, on se rend compte rapidement qu’ils ressemblent plus à des opposants qu’autre chose. Mais alors… qui sont vraiment les opposants présentés comme tels depuis le départ ? La frontière entre bien et mal est extrêmement floue, ce qui fait qu’au départ, on ne sait pas trop de quel côté on se trouve. D’autant que les personnages ne nous y aident pas du tout. Peter, on l’a vu, prend à contre-pied tout ce qu’on attend de lui ; Noble, le Maître, tout despotique soit-il, se pose aussi en vieil homme usé et au cœur brisé dont l’univers se délite, alors que l’on meurt d’envie de le détester. Les autres sont à l’avenant. Et lorsque l’on pense avoir enfin réussi à cerner plus ou moins les protagonistes, un nouveau changement intervient. L’issue étant particulièrement incertaine, l’intrigue devient encore plus palpitante !

De ce côté-là, le premier tome nous avait préparés à quelque chose de globalement assez sombre ; sans surprise, la tendance ne se modifie pas ici. À vrai dire, je l’ai même trouvé encore plus glauque que le premier, l’environnement résolument urbain et les motivations des personnages renforçant le côté parfaitement sordide de leurs actes – qu’ils ne peuvent plus dissimuler derrière des peurs ancestrales et superstitions, comme les habitants de Maupertuis.
Mais ce n’est pas parce que l’histoire est tortueuse qu’elle est terrifiante. Pas du tout ! C’est sombre, c’est parfois sinistre, mais Cindy van Wilder nous fait la grâce de ne pas édulcorer les faits ou les traits de ses personnages. En fait, cet aspect résolument sombre fait même tout le sel de l’histoire ; sans cela, il y a fort à parier qu’elle aurait été nettement moins prenante.

L’intrigue s’appuie sur un intertexte absolument fabuleux : dans le premier volume, on repérait des références au Roman de Renart et au conte du joueur de flûtes de Hameln. Ici, ce sont les contes classiques qui sont à l’honneur : La Reine des neiges (mais j’imagine que vous vous en doutiez…), Blanche-Neige, sont les premiers que l’on croise, mais on note des clins d’œil aux contes d’Andersern, Grimm et consorts. Évidemment, vous pouvez oublier les versions Disney, car ici on renoue avec les fées des origines : celles, éminemment cruelles, que l’on croisait déjà dans Les Héritiers. À cela s’ajoute une mythologie extrêmement riche, piochée dans des mythologies du monde entier, qui vient appuyer l’univers déjà très riche dans lequel évoluent les Outrepasseurs.

Tout cela, c’est bien beau, mais quid du rythme ? Eh bien le lecteur n’a quasiment pas une seconde de repos. Les chapitres sont nettement plus courts que dans le tome 1 ; c’est rythmé et, comme l’intrigue est dense, et les questions nombreuses, le roman est difficile à lâcher. J’ai été ferrée dès les premiers chapitres, et eu beaucoup de mal à me dépêtrer de cette histoire ! Sans compter que la chute… nous lâche en plein cliffhanger. Tudieu, vivement la suite !

En bref, le premier volume m’avait beaucoup plu, mais celui-ci le surpasse : c’est un vrai coup de cœur. Le rythme qui manquait peut-être au premier volume (pourtant pas désagréable à lire) est bien présent. L’histoire gagne en complexité et c’est même un peu plus sinistre. Le brouillage des frontières, les personnages de plus en plus complexes et le suspense omniprésent rendent l’ensemble particulièrement prenant ! Une seule chose à dire : vivement la suite !

◊ Dans la même série : Les Héritiers (1) ;

Les Outrepasseurs #2, La Reine des neiges, Cindy van Wilder. Gulf Stream, 2014, 368 p. 

 

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7 commentaires sur “La Reine des neiges, Les Outrepasseurs #2, Cindy van Wilder

  1. Mariejuliet dit :

    Pareil : vivement la suite!

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  2. Flora dit :

    Je n’ai qu’une chose à dire : AMEN.
    Quelle belle chronique ♥ Raaah, je suis tellement impatiente de découvrir la suite !

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  3. Lupa dit :

    Quand je vois le petit logo « Coup de <3" je sais ce qu'il me reste à faire ^^ D'autant que Mariejuliet m'avait déjà bien appâté 😉 Je surveillerai ton avis sur le troisième tome avec attention, merci !

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  4. […] il y a eu un coup de cœur au mois de mars, j’ai nommé La Reine des neiges de Cindy van Wilder […]

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