A Silent voice #1-2, Yoshitoki Oima

 

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Shoko Nishimiya est sourde depuis sa naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations, à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Effrayé par ce handicap, son père a fini par l’abandonner, laissant sa mère l’élever seule. Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya Ishida, le leader de la classe.
Tour à tour intrigué, fasciné, puis finalement exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas communiquer avec sa voix, Shoya décide de consacrer toute son énergie à lui rendre la vie impossible. Psychologiques puis physiques, les agressions du jeune garçon se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko, ainsi que l’intervention du directeur de l’école.
À cet instant, tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas eux non plus une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable…

Le premier volume de A Silent voice prend la forme d’une longue analepse. Au début de l’histoire, Shoya rencontre Shoko, alors qu’ils sont désormais au lycée. Cette rencontre va pousser Shoya à se remémorer la façon dont Shoko et lui se sont rencontrés, puis côtoyés, et la façon dont il lui a rendu la vie absolument impossible.
Ne vous fiez pas à l’aspect tout doux de la jaquette… l’histoire est beaucoup plus dure qu’il n’y paraît.

Car Shoya n’a aucune limite. Et ce qui est terrifiant, c’est que personne (camarades, professeurs, responsables de l’école…) ne lui en donne. Shoya commence par titiller Shoko, avant de devenir plus pressant – pour tenter de déterminer son degré de handicap. Au fil des jours, et de son incompréhension qui monte, il devient de plus en plus inventif dans les brimades à faire subir à sa camarade. Tout ça avec, semble-t-il, l’approbation tacite de son entourage. Dit comme cela, le sujet peut sembler franchement glauque. Mais le manga ne présente pas seulement un vaste catalogue des brimades et autres violences à appliquer à ses camarades.
En fait, c’est l’angle choisi qui rend le manga passionnant : il ne faut pas oublier que l’histoire nous est racontée par le Shoya de 18 ans, qui a donc un certain recul critique. De plus, même enfant, il finit par se heurter à sa conscience (aidé en cela par la classe qui se retourne subitement contre lui), et remâchera ses errements toute sa jeunesse. Et cet angle de vue rend l’histoire nettement plus prenante que s’il était seulement question de Shoko, victime de ce harcèlement scolaire, qui nous contait son histoire ou s’il était seulement question de mettre en scène le harcèlement scolaire.

J’ai aimé le trait qui rend vraiment bien les émotions – notamment celles de Shoko, que l’on lit directement sur son visage.  En plus, le découpage est assez dynamique, donc malgré l’absence d’action proprement palpitante, les pages défilent sans problème.

Le premier volume est vraiment un tome d’exposition. Mais, malgré cela, l’histoire est très prenante, et le thème extrêmement bien traité. Là où l’auteur frappe très fort, c’est que l’on finit par comprendre Shoya… et à s’attacher à lui, aussi odieux a-t-il été enfant. La fin revient à la rencontre du début : on a la sensation d’en savoir beaucoup plus, tout en ayant conscience que le vif de l’histoire n’a pas encore démarré.
Quoi qu’il en soit, ce premier volume est très réussi !

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Shoya a compris ce qu’il a fait, et a fait pénitence. Son objectif est clair : il doit retrouver Shoko, s’excuser… et mettre fin à ses jours. 

À nouveau, ne pas se fier à la couverture. Je craignais que ça ne tourne bêtement à la romance mais, ouf ! Ce n’est pas le cas.

On retrouve donc Shoya au moment où il rencontre Shoko, dans son établissement, et lui présente ses excuses. La façon dont il les présente montre le travail qu’il a effectué sur lui, qui ne manque pas de surprendre (Shoko, comme le lecteur, d’ailleurs).
L’histoire va permettre de développer d’autres personnages, comme le camarade de classe de Shoya, ou le petit ami surprotecteur de Shoko. Ce volume est également plus riche en sentiments : Shoya se heurte à la fureur (compréhensible) de la mère et du petit ami de Shoko, à celle de sa propre sœur, mais aussi à la sollicitude de son camarade de classe et, curieusement, celle de Shoko. Les relations entre personnages sont vraiment plus fouillées que dans le premier volume : celles de Shoya a son entourage, bien sûr, a son importance, mais la plus touchante est probablement celle qui unit Shoko à sa sœur.

Difficile de définir ce qu’il y a entre Shoya et Shoko mais il est évident que la relation s’étoffe. Le volume est assez introspectif, et pousse à s’interroger sur ce que sont les relations fraternelles et l’amitié, ou sur l’importance de la communication (Shoko étant sourde, ce thème a donc toute son importance). Les personnages se posent beaucoup de questions pertinentes, qui font avancer l’histoire. Malgré cet aspect très psychologique, le volume est très prenant, car il y a plein de petites péripéties (dramatiques ou comiques), et le découpage très dynamique permet de ne pas s’ennuyer.
Le volume finit à nouveau en plein suspens… ça va être long d’attendre le tome suivant !

A silent voice démarre donc très bien ! Le trait tout en douceur et rondeurs contraste avec la violence de l’histoire, qui est mise en scène avec intelligence et sans pathos. Les questions que se posent Shoya et les autres, sur leur comportement, l’amitié, ou la communication, sont finement traitées. Le découpage est dynamique et, même si ce n’est pas bourré d’action, on ne s’ennuie pas un instant. La série est terminée au Japon, en 7 volumes… et on attend impatiemment la suite, annoncée pour le mois de mai !

A Silent voice, tomes 1 et 2, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin. Ki-oon, 2015, 192 p.

 

◊ Dans la même série : A Silent voice (3-4) ;

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7 commentaires sur “A Silent voice #1-2, Yoshitoki Oima

  1. Solessor dit :

    Voilà un manga qui a l’air dur et profond. Le point de vue adopté me parait original, ça aurait été tellement plus facile de se placer du point de vue de Shoko… Du coup, je note ! 🙂

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  2. Lupa dit :

    Ce manga me tape vraiment dans l’œil, et ton billet a fini de me convaincre ! Merci 🙂

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  3. Je viens de terminer le premier tome, j’ai autant aimé que toi. Je l’ai trouvé aussi dur que bouleversant…
    J’ai hâte de lire la suite 🙂

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  4. […] Bride Stories #6, Kaoru Mori. Erased #5, Kei Sanbe. A Silent voice (série), Yoshitoki Oima. Contemporaine. Même pas peur, Ingrid Astier. Le héron de Guernica, […]

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