Nos Faces cachées, Amy Harmon

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Fern est une jeune femme quelconque, pas très populaire, et qui tente de traverser les années lycée sans y laisser trop de plumes, en s’occupant de Bailey, son cousin et meilleur ami. 
Ambrose est beau comme un dieu grec, capitaine de l’équipe de lutte de lycée. Fern est amoureuse de lui depuis qu’elle a 10 ans, mais les beaux garçons comme Ambrose ne s’intéressent pas aux filles comme Fern. Lorsque Rita, la meilleure amie de Fern, lui demande de l’aider à écrire des lettres d’amour à Ambrose, Fern saute sur l’occasion. Tel Cyrano, elle endosse le rôle secret de l’épistolier transi. Mais Ambrose découvre le pot aux roses… il est fou de rage. Là-dessus, l’année s’achève. Ambrose et ses quatre meilleurs amis s’engagent dans l’armée de terre. Direction : l’Irak. 
Fern continue de rêver à cet amour qui n’a jamais existé, pour un garçon qui ne l’a jamais vraiment regardée. Et voilà que l’objet de ses pensées refoule le sol d’Hannah Lake. Seul. 
Victime d’une embuscade, il a perdu ses amis, et sa gueule d’ange. Terrifié, furieux, il cache sa trogne cassée dans les tréfonds de la boulangerie où il fait les horaires de nuit. Mais Fern n’a pas dit son dernier mot. 

Nos Faces cachées, c’est donc une histoire de deuil. Fern fait le deuil de son grand amour et, par la suite, le deuil du garçon qu’elle a connu – et probablement idéalisé.
Ambrose fait le deuil de ses amis, et de son visage d’ange, qui lui avait grandement facilité la vie. Bailey, le troisième larron, fait le deuil de son indépendance et de la vie qu’il n’aura jamais.
La petite ville d’Hannah Lake, elle, fait le deuil de ses garçons morts pour la patrie. Et comme souvent dans les histoires de deuil, il n’y a pas grand-monde pour se serrer les coudes.

La première chose qu’on note en ouvrant Nos Faces cachées, c’est le style et la narration. Argh.
L’histoire est narrée au présent, ce qui tue toute velléité de suspens, ou de profondeur. C’est morne, plat, ça manque vraiment de relief. Ne sont narrés au passé que les souvenirs des uns et des autres, comme autant de flash-back. D’une part c’est artificiel et, d’autre part, les souvenirs tombent un peu trop comme des cheveux sous la soupe. Exemple : Ambrose doit expliquer à ses amis à quelle occasion il a refait le portrait de Becker et hop ! Analepse. Pourquoi ne pas nous donner le moment où Ambrose raconte l’histoire, tout simplement ? Cela donne cette impression d’artificialité, comme si on assistait à des petites séquences sorties de leur contexte. Du coup, l’univers dans lequel évoluent les personnages, leurs motivations, envies, semblent uniquement resserrées autour de l’intrigue, et un peu étriquées. Comme s’ils n’existaient pas en dehors de cette histoire, ce qui est un peu dommage. Cela manque d’envergure !

De fait, l’histoire est extrêmement linéaire, et le déroulement offre très peu de surprises. Ajouté à la narration très plate, on lit le roman sans fournir de réelle implication dans l’histoire ; l’empathie n’est pas très importante, et il est parfois difficile de s’imprégner des sentiments qui agitent les personnages.

Ceci étant dit, l’histoire est propre à émouvoir. Le trio fonctionne vraiment bien et il se dégage de ces trois personnages une intéressante alchimie. On les voit évoluer dans leur façon de se placer les uns par rapport aux autres, dans leurs motivations, et dans leurs centres d’intérêts. La relation fraternelle qui unit Fern à Bailey est touchante, et la profonde amitié qui cimente le trio également. Si les passages émouvants – lorsque l’un ou l’autre se confie – sont nombreux, on retiendra les passages comiques, qui abondent. Du coup, bien que le fond de l’histoire soit éminemment tragique, le roman n’est pas larmoyant ; on sourit souvent ! C’est vraiment dommage que la narration en soit pas mieux gérée, car le potentiel sympathie de cette histoire est énorme, et largement sous-exploité. D’autant que toutes les considérations sur la vie en général, les relations, ou l’humain sont très justes. Les personnages sont tous sages, chacun à sa manière, ce qui apporte une intéressante variété et rend l’ensemble très crédible. Et là où c’est intéressant et plutôt bien fait, c’est que le roman présente plutôt de larges tranches de vies des personnages, lesquelles amènent à ces petites perles : c’est crédible, réaliste, et on adhère totalement à l’histoire si l’on fait abstraction de la forme.

Finalement, Nos faces cachées est donc une lecture mitigée. L’histoire est bonne, plutôt bien menée malgré un gros manque de suspens, les réflexions sont pertinentes, les personnages ont des choses à dire… mais la narration et le déséquilibre du roman le rendent nettement moins prenant et percutant que ce qu’il aurait pu être, et c’est rageant. Car le fond est vraiment bon, et intéressant ! C’est dommage que la forme pêche autant. Néanmoins, on passe un bon moment avec les personnages, et avec cette histoire réaliste et très parlante. 

Si vous êtes tombé sous le charme d’Ambrose, ne ratez pas la lettre à sa Valentine écrite par Amy Harmon ; attention, il y a de gros spoilers à l’intérieur.

Nos Faces cachées, Amy Harmon. Traduit de l’anglais par Fabienne Vidallet. R. Laffont, 2015, 437 p. 

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14 commentaires sur “Nos Faces cachées, Amy Harmon

  1. C’est la première chronique mitigée que je vois (ou la deuxième) mais face à l’avalanche de coups de cœur j’aimerais beaucoup le lire 🙂

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    • Sia dit :

      Oh je comprends, tous ces coup de cœur m’ont également rendue plutôt curieuse et, finalement, j’étais assez déçue de voir ce que c’était réellement. J’ai eu un peu l’impression de « Tout ça pour ça ? ». Mais l’histoire est très mignonne, indéniablement 🙂

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  2. clementine dit :

    oh dommage qu’il ne t’ait pas plus comme tu le souhaitai …
    bonne lecture en tout cas !

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  3. Mypianocanta dit :

    Argh ! les problèmes de narration auraient franchement tendance à me faire fuir (d’autant que les derniers livres du genre que j’ai lus étaient plutôt bien écrits).
    Bon, je verrai si il croise mon chemin à la bibliothèque, sinon je passerai mon tour.

    Ça fait du bien une critique un peu mitigée 😉

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    • Sia dit :

      Ha, tu ne peux pas imaginer à quel point ça m’a agacée ! J’avais l’impression de lire un de mes brouillons. « Là il se passerait ça, ah mais attends, ça aurait rapport avec tel événement du passé, donc faut en parler… ». Aucune construction sensée, grrr ! Et puis cette narration au présent, mamma mia ! C’est nul !

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  4. Lupa dit :

    Je ne suis, à priori, pas trop convaincue pour y céder ! Il y a tellement d’autres livres que j’aimerai lire avant… Merci pour cette chronique objective et instructive 😉

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  5. Flora dit :

    Eh beh, tu ne fais pas partie de la foule en délire qui ne jure que par ce roman ? 😀 Je crois que c’est la première critique négative que j’en lis, ,et d’un côté, ça me rassure, parce que je commençais à me dire que c’était louche, héhéhé. Bon, ça m’intrigue pas mal, malgré la faiblesse de la narration, mais l’histoire a l’air sacrément touchante…

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  6. […] même, je n’ai pas eu le coup de foudre sensationnel que j’espérais pour Nos Faces cachées, d’Amy Harmon, dont j’ai vraiment apprécié l’histoire et le fond, mais dont la […]

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  7. Mon avis est assez similaire au tien, j’ai eu du mal à être embarquée dans cette histoire!

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  8. […] ? Je veux dire, au moins, fais du porno. Comme ça, ça ne sera pas perdu pour tout le monde.» Nos Faces cachées, Amy […]

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