Black Ice, Becca Fitzpatrick

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Pour les vacances de printemps de la terminale, Britt a la ferme intention de parcourir les crêtes du massif des Tetons, en logeant dans le très beau chalet des parents de sa meilleure amie, Korbie. Or les parents exigent que Calvin, le frère aîné de Korbie – et accessoirement l’ex-petit-ami de Britt – les chaperonne. Partagée entre l’envie de tourner la page, et celle de reconquérir cet ex indélicat, Britt décide de profiter du séjour pour lui prouver qu’elle n’a pas besoin de lui. 
Mais Britt et Korbie n’atteignent jamais le luxueux chalet d’Idlewilde. Perdues, paralysées par une redoutable tempête de neige, terrifiées et frigorifiées, les deux filles se réfugient dans une masure occupée par deux randonneurs plutôt étranges. Mais Britt et Korbie ont trop froid pour se soucier de l’étrangeté de leurs hôtes… Or, Shaun et Mason sont deux criminels en fuite. Et Britt et Korbie représentent leur ticket de sortie !

 Il est possible que cette chronique révèle des morceaux d’intrigue ; si vous ne souhaitez rien savoir, sautez à la conclusion.

Après Hush, hush, j’étais assez curieuse de retrouver Becca Fitzpatrick qui, si elle explore le thriller … conserve un schéma qui rappelle sa précédente série.
On va y retrouver une héroïne un peu ingénue, confrontée au danger et… à un bad boy. Comme dans Hush, hush, on trouve des accents de thriller et de romance ; la différence, c’est qu’ici il n’y a aucun pouvoir surnaturel.

Le roman est essentiellement porté par Britt, qui raconte l’aventure : si cela a le mérite de nous plonger dans les affres de son périple, cela limite un peu la psychologie des autres personnages, notamment celle de Korbie, dont le rôle est extrêmement limité. La meilleure amie est à peine développée, et sert plus de faire-valoir à Britt qu’autre chose, ce qui est un peu dommage. Côté ravisseurs, même schéma : Mason – Jude est nettement plus travaillé et complexe que Shaun, qui se contente d’être l’opposant de base, cynique, désagréable, et sans profondeur, tandis que le premier se pose dès les premiers instants comme le bad-boy-mais-pas-trop – ce qui, malheureusement, le rend un peu cliché.
Finalement, l’auteur n’accorde d’importance qu’au trio central : Calvin, Jude, et Britt ce qui laisse peu de place au suspense – tant dans la romance que dans le thriller.
Pourtant, malgré un scénario assez balisé, Black Ice se lit d’une traite.

D’une part à cause de l’ambiance. Outre l’introduction glaçante, le roman débute vraiment comme un moment de vacances : Britt prépare ses affaires, profite de la chaleur en short et claquettes, fait des plans de secours pour ses vacances… L’ambiance est détendue, chaude, agréable ! Quelques chapitres plus loin, c’est la claque. La tempête éclate et, à partir de là, l’ambiance devient sinistre et angoissante. Notamment à cause des relations entre personnages. Entre Korbie et Britt, on sent une rivalité latente : l’ambiance n’est pas au beau fixe, et cela laisse la désagréable impression que Britt est seule au monde. Côté ravisseurs, on est servis : Shaun et Mason sont sinistres, angoissants, et on devine aisément que quelque chose ne tourne pas rond.
L’auteur n’est pas avare de descriptions, et on a l’impression de participer à cette terrifiante randonnée. On frissonne, on claque des dents, on a l’impression de ressentir le blizzard ininterrompu : c’est très efficace.

Par la suite, ce sont les questionnements de Britt qui tiennent le lecteur en haleine : comment combattre le syndrôme de Stockholm qui commence à faire son apparition ? Comment se débarrasser des affreux soupçons qu’elle commence à nourrir ? C’est là ce qui fait le sel de toute l’histoire, finalement. Ces questions, et l’évolution de Britt, qui passe de la fille-à-papa un peu godiche et sans ambition au statut de jeune femme indépendante. Britt baigne et approuve un sexisme ambiant très prononcé et assez désagréable, alimenté par les hommes de son entourage. En témoigne cette phrase de Calvin :

« Tu traverses la vie comme une fleur, à attendre que ton père, Ian, ou moi – et sans doute tout un tas de types dont j’ignore l’existence – te prenions en charge. Tu ne peux pas te débrouiller seule et tu le sais. Au premier coup d’oeil, ils ont compris qu’ils tenaient une proie facile. Une fille crédule, incapable de s’affirmer. Korbie n’aurait jamais subi ça sans broncher. Elle aurait lutté. Elle se serait enfuie. »

Et c’est intéressant, car cela remet en perspective tout ce que Britt nous a donné à voir jusque-là – une adolescente courageuse et avec de la suite dans les idées… mais indéniablement habituée à recevoir de l’aide. Et on se demande donc si Britt a réellement agi parce qu’elle est forte, ou si elle ne l’a fait que dans l’attente de recevoir de l’aide – une question que la jeune fille se pose également. Mais l’auteur fait évoluer son personnage et, si on aurait aimé que Britt condamne un peu plus sévèrement les opinions ambiantes, on apprécie de voir qu’elle se détache de ces opinions et montre qu’elle n’est pas une faible fille, et qu’elle peut parfaitement s’en sortir seule.
Jusqu’à la fin (quasiment), on reste sur le fil du rasoir, à se demander, comme Britt, si ce qu’elle ressent est réel, ou si c’est dû aux circonstances.
La conclusion est touchante mais, du coup, fait perdre un peu de force au thriller glacial et maîtrisé ; le roman n’a pas la force psychologique de Lettre à mon ravisseur, par exemple, qui traite du même sujet, mais sans romance. Ceci étant, Becca Fitzpatrick propose une intrigue bien ficelée, dont la tension monte crescendo pour s’achever en apothéose ; ce n’est peut-être pas toujours original, mais c’est suffisamment prenant pour qu’on s’y accroche.

Alors, ce Black Ice ? Sans aller jusqu’à dire que Becca Fitzpatrick a opéré une métamorphose de style – il y a vraiment des points communs avec Hush, hush – on peut dire que Black Ice est un thriller prenant. 
L’ambiance y est angoissante, sinistre, et on ressent parfaitement les affres du froid, de l’obscurité et de la tempête, grâce aux descriptions éminemment réalistes, qui servent l’atmosphère extrêmement prenante. Le scénario est un peu balisé, et les personnages pas toujours assez creusés, mais les questionnements de Britt, son évolution, et l’ambiance générale rendent le roman suffisamment prenant pour qu’on le dévore d’une traite.
Le titre idéal pour frissonner alors que le temps est à la neige !

Black Ice, Becca Fitzpatrick. Traduit de l’anglais par Marie Cambolieu. Editions du Masque (MsK), février 2015, 355 p.

 

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4 commentaires sur “Black Ice, Becca Fitzpatrick

  1. Lupa dit :

    J’ai la saga « Les Anges déchus » dans ma PAL et d’après ton avis Becca Fitzpatrick s’en sort plutôt bien, même quand elle change de registre ! A retenir donc… Merci 🙂

    J'aime

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