Sans prévenir, Matthew Crow.

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Francis Wootton a quinze ans, et se passionne pour les vieux films, la musique rock compilée par son frère, et les poètes maudits. Sa plus grande préoccupation est de savoir s’il va réussir haut la main son année de seconde. Mais Francis ne se prend pas au sérieux, et ne prend pas non plus au sérieux les petites excentricités de sa mère, ou la désinvolture étudiée de son frère aîné, qui vit à deux pâtés de maison.
Lorsqu’on lui diagnostique une leucémie, ses priorités changent. Francis est catastrophé à l’idée d’être retardé d’une année au lycée, s’angoisse d’une calvitie imminente, ou de la perte de tous ses poils. Subitement, trouver sa plus belle chemise au cas où une pop star visiterait l’hôpital pour faire des photos devient vital. Finalement, la seule chose que Francis n’avait pas envisagée, c’est de rencontrer Ambre, son caractère de chien fou, son humour féroce, sa vulnérabilité désarmante et irrésistible… 

 

Depuis la parution de Nos étoiles contraires (et plus encore depuis la sortie du film), parler de maladie à l’adolescence est un exercice périlleux. Mais Matthew Crow s’en sort plutôt bien !

Francis, à quinze ans, a une petite vie bien réglée et plutôt banale : si son père a déserté le foyer familial, le reste de la famille est plutôt soudé. Julie, la mère, est un véritable pilier, et on lui pardonne bien volontiers ses petites excentricités. Francis adore également sa grand-mère, et son frère Chris, adulte-mais-pas-trop, qui arrive toujours à point nommé lorsque sa mère a fini les courses pour razzier instantanément le contenu des placards. Malgré les petits différends, le portrait est saisissant : la famille se soutient, fait front dans les bons, comme dans les mauvais moments. Francis est un adolescent plutôt banal : il est bon en cours sans se forcer (et ne se force pas), plutôt introverti, il a peu d’amis, est féru de connaissances quasiment encyclopédiques (qu’il aime dispenser à tout va), un peu égoïste : il a quinze ans, l’université en ligne de mire, et la nette impression que le monde n’attendait que lui.
Évidemment, lorsque la leucémie s’invite dans ce petit schéma, tout est déréglé. Surtout le regard des autres, d’ailleurs, mais Francis tente de faire comme avant, malgré tout.
Son séjour à l’hôpital va lui faire rencontrer d’autres adolescents malades, comme lui, avec lesquels il sera difficile de se lier : Paul est l’archétype du beau footballeur populaire ; Kelly est l’incarnation de la bimbo décérébrée ; Ambre est bien trop mordante et adepte de persiflages. Mais comme, de toute évidence, Kelly et Paul forment une paire, Francis et Ambre doivent former l’autre.

Sans prévenir se concentre vraiment sur les personnages (et particulièrement Francis, le narrateur). Certes, il est malade, mais la leucémie est traitée comme cet invité un peu collant dont vous avez du mal à vous débarrasser, mais que vous tolérez tout de même. Du coup, l’auteur ne se perd pas dans de longues descriptions de la maladie, ou de l’état d’esprit de Francis. C’est là, ça arrive, mais ce n’est pas le plus important, même si la maladie parvient à prendre le dessus dans certaines scènes.
Le centre de l’histoire sont donc les personnages : la relation entre Francis et Ambre démarre un peu subitement, et prend rapidement toute la place. D’entente cordiale, elle devient fusionnelle, et les adolescents se font inséparables. C’est tour à tour émouvant, drôle (l’escapade dans le tramway, notamment), ou prenant. Si les deux adolescents sont parfois insupportables (mais criants de réalisme), on s’attache vite à eux.
Mais le gros point fort, c’est le soin accordé aux personnages secondaires : loin de se concentrer sur les deux malades (comme on pourrait s’y attendre), Matthew Crow s’attache à développer tous ceux qui gravitent autour. Les deux mères, par exemple, sont des personnages extrêmement forts et touchants que ce soit dans leurs forces, ou dans leurs faiblesses (notamment le passage où la mère de Francis s’enferme dans les toilettes pour pouvoir téléphoner tranquillement). On sent qu’elles sont là pour porter à bout de bras leurs enfants, la maladie, les soucis du quotidien, tout en continuant à vivre et… c’est ce qui rend le roman aussi touchant et percutant. De même, Chris, le frère adulte-mais-pas-trop sait se montrer sérieux, grave, et attentif, et il est vraiment très agréable de constater que le portrait est nuancé.

L’autre point fort, c’est de parler de la maladie sous ses aspects moins attendus : ce n’est pas mélodramatique, c’est souvent plutôt décalé, et assez drôle. Francis et Ambre jouent de leur état, savent se montrer assez agaçants… et sont parfois remis à leur place. L’approche est très décomplexée, le roman est dépourvu de pathos ou de scènes volontairement larmoyantes (même si on ne vous cachera pas qu’on peut avoir la gorge plus que serrée) et c’est surtout (malgré tout !) un roman plein d’optimisme.

Si la comparaison au roman de John Green est inévitable, Matthew Crow a su faire de Sans prévenir un roman original (même si certaines scènes sont sans surprises), plein d’optimisme. Les personnages (notamment secondaires) sont le vrai point fort du roman : réalistes, authentiques, ils agacent autant qu’ils charment, et c’est ce qui fait tout le sel du récit. 
Sans verser dans le mélodrame et les scènes larmoyantes, Matthew Crow livre un texte juste et sensible sur la maladie adolescente, vraiment différent de Nos étoiles contraires, malgré un sujet similaire (et c’est bien là l’exploit !). À lire !


Sans prévenir
, Matthew Crow. Traduit de l’anglais par Marie Hermet
. Gallimard jeunesse, 2015, 307 p.

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3 commentaires sur “Sans prévenir, Matthew Crow.

  1. J’aimerais beaucoup le lire 🙂

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  2. […] tourner comme il l’a toujours fait, Il est seulement un peu plus triste pendant un moment.» Sans prévenir, Matthew Crow. « Le problème avec tout ça, la Princesse et le Jedi, c’est que – et […]

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