The Young world, Chris Weitz

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New York, XXIe siècle. La Maladie, un virus fulgurant, a anéanti la population des États-Unis, à l’exception des adolescents, qui ont vu leur avenir se désintégrer sous leurs yeux. Plus d’électricité, plus d’eau courante, plus de transports, plus d’Internet : les jeunes sont livrés à eux-mêmes dans la ville qui ne dort jamais. Rapidement, des tribus se forment, se partagent le territoire et coexistent plus ou moins pacifiquement.
Jefferson, le tout nouveau leader des Washington Square, tente d’organiser la survie des siens avec l’aide de Donna, leur guérisseuse, qui ne le laisse pas complètement indifférents. C’est alors que Brainbox, un des membres de la tribu, annonce avoir découvert l’origine de l’épidémie… et peut-être un antidote. 
Lassés d’attendre l’âge adulte qui signe leur mort, et n’ayant pas mieux à faire, ils partent à travers Manhattan pour tenter de retrouver l’origine du virus qui a décimé le continent. Une promenade de santé… sur le papier. 

 

Le roman de Chris Weitz prend place dans un décor post-apocalyptique : suite à une contamination, seuls les adolescents ont survécu, protégé par leurs hormones. Une protection qui s’écroule dès la maturité physique atteinte. Les adolescents sont donc confrontés à un double problème : l’absence des adultes, et leur propre fin en approche. C’est pourquoi Jeff et les siens sautent sur la proposition de Brainbox : traverser New-York pour aller à la bibliothèque, afin d’y chercher un article scientifique qui pourrait tout changer.

Le récit est narré par les voix de Jefferson, qui vient de prendre la direction de la tribu, et celle de Madonna, dite Donna, la guérisseuse officielle. Ils se connaissent depuis l’école primaire mais n’auraient, bien sûr, jamais imaginé devoir survivre ensemble, ni assurer la survie d’autres adolescents. Les deux voix sont assez différenciées (bien que Donna abuse du « genre » et en truffe presque toutes ses phrases) et l’alternance des points de vue est intéressante : elle permet de livrer les sentiments et pensées de chaque personnage, mais aussi leurs points de vue sur les scènes auxquelles ils assistent. On a donc deux sons de cloche, ce qui va nuancer le récit à de nombreuses reprises. D’autant que Donna et Jeff n’ont pas exactement les mêmes idées : lui est résolument tourné vers leur (bref) avenir, tandis que Donna se complaît dans un passé révolu et semble plus réfractaire à tout changement. Et si on a envie de lui coller des claques, on comprend tout à fait son ressenti, très réaliste – et qui change des adolescents hyper motivés et n’ayant aucun doute que l’on croise habituellement dans ce type de romans. Un premier bon point !

Mais cette alternance n’est pas toujours des plus réussies : en effet, il y a quelques ellipses, et ces passages vont manquer à l’histoire, tandis que certaines transitions s’avèrent un peu brutales. Chris Weitz est réalisateur de cinéma, et cela se sent dans la façon dont est écrit ce roman. Ces transitions brusques ressemblent furieusement à des changements de plans dans un film, qui permettent d’embrasser la scène d’un simple coup d’œil – exercice plus périlleux en littérature.  On a donc parfois l’impression que les transitions sont un peu hachées, ce qui laisse une sensation de succession de plans très marquants, mais manquant un peu de liant entre eux.
De même, le récit est extrêmement visuel : les péripéties fourmillent d’action, et le décor est soigné. L’approche de l’histoire est (à nouveau) très cinématographique, avec des scènes à l’ambiance forte (la rencontre avec les Résidents, ou la scène à la bibliothèque… qui n’est pas sans rappeler le film Le Jour d’après !), et que l’on sent comme très esthétiques, mais dont certaines n’apportent pas forcément quelque chose à l’histoire – notamment la scène des tambours du Bronx, durant laquelle l’équipe de Jeff échappe à une tribu dont la moitié joue du tambour, tandis que l’autre leur tire dessus ; c’est prenant, hypnotique, mais finalement sans grand impact. L’ensemble est donc un peu irrégulier : certains passages sont très courts alors qu’il y aurait matière à développer, tandis que d’autres souffrent de quelques longueurs. Ainsi, la fin est extrêmement abrupte, avec un revirement à peine compréhensible : quelques pages de plus auraient été appréciables pour mieux peser les enjeux de cette conclusion. Le cliffhanger final, en revanche, est bien amené, et nous laisse avec un bon lot de questions.
Malgré cela, l’ensemble se lit assez vite, car hormis les quelques longueurs citées, il n’y a pas vraiment de temps mort : les séquences s’enchaînent, et on veut savoir comment la petite bande va s’en sortir.

L’univers de The Young world, dans toute sa noirceur, pose d’intéressantes questions : il y est question de survie, et des différents modes que l’on peut appliquer dans une société : est-elle libre et basée sur l’égalité de ses membres ? Est-elle basée sur un monopole économique ? Dans leurs pérégrinations, Jeff et les siens vont croiser quelques modèles d’organisation assez différents du leur, et qui vont les amener à réfléchir sur quelques points essentiels. Et le roman n’est pas dépourvu de passages sordides, voire dérangeants, mais qui viennent nourrir la réflexion de fond.
On appréciera également que la Maladie soit expliquée et justifiée de façon assez réaliste ; on a donc l’impression de lire un roman d’anticipation se déroulant dans un futur proche, plutôt que de la science-fiction pure. Impression nettement renforcée par tous les clins d’œils à des références culturelles qui nous sont bien connues et qui émaillent le récit, et devant lesquelles on ne manque pas de sourire !

Avec The Young world, Chris Weitz fait une intéressante incursion en territoire post-apocalyptique. La fin remet l’ensemble du récit en question, et laisse le lecteur avec plein de questions, tant sur l’univers présenté que sur les personnages. L’intrigue n’est pas particulièrement révolutionnaire, mais voilà un roman qui se lit avec plaisir, et qui introduit une histoire efficace.
Si le roman est un peu irrégulier, ses nombreuses péripéties bourrées d’action et son côté très cinématographique en font un efficace page-turner. Affaire à suivre !

The Young world #1, Chris Weitz. Traduit de l’anglais par Sébastien Guillot. MsK, 2015, 369 p.

 

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7 commentaires sur “The Young world, Chris Weitz

  1. J’aimerais beaucoup le lire 🙂

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  2. Flora dit :

    Je vois que l’auteur s’est cassé la tête pour trouver un nom à la « Maladie »… ^^ Bon, à tous les coups, on va avoir droit à un film, non ?
    Trêve de plaisanteries, le pitch me semble peu original (le coup des ados laissés à leur propre sort dans un monde sans adultes, blablabla), même si le changement de narration semble pas mal, je pense passer mon chemin. :/

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    • Sia dit :

      Ha, clairement, c’est pas très original ni même révolutionnaire, mais ça se lit vraiment bien. En fait j’ai aimé, tout en lui trouvant plein de défauts, ce qui est assez étrange et difficile à exprimer. Je trouve que l’intrigue est très cinématographique, et les scènes aussi donc j’ai lu ça en déroulant le film (au moins côté visualisation, ce n’était pas laborieux).
      En fait, dans ma chronique, j’aurais dû parler un peu plus des personnages (mais je ne voulais pas spoiler…) car l’opposition des caractères entre Jeff et Donna est intéressante ; les autres le sont aussi, puisqu’en fait ce sont tous des « parias » de la société normale (des immigrés, un nerd …) dont les compétences / traits de caractères particuliers (et qui les ont exclu avant la Maladie) vont devenir cruciaux.
      Après, dans les blurbs sur la 4è de couv’ il est écrit (par James Patterson) : « Une intrigue aussi originale et palpitante que celle de Divergente » – et là j’ai eu peur. Au final, même ressenti que Divergente : ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais j’ai quand même passé un bon moment. Allez comprendre !

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  3. Lupa dit :

    Même s’il ne semble pas parfait ni très novateur, il pique ma curiosité malgré tout, et ta chronique n’y est pas pour rien 😉 Alors s’il croise ma route, peut-être céderais-je à la tentation !

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  4. […] pas à croire qu’une phrase aussi utile ait été récupérée par ces bouquins.» The Young world, Chris […]

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