Sans prévenir, Matthew Crow.

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Francis Wootton a quinze ans, et se passionne pour les vieux films, la musique rock compilée par son frère, et les poètes maudits. Sa plus grande préoccupation est de savoir s’il va réussir haut la main son année de seconde. Mais Francis ne se prend pas au sérieux, et ne prend pas non plus au sérieux les petites excentricités de sa mère, ou la désinvolture étudiée de son frère aîné, qui vit à deux pâtés de maison.
Lorsqu’on lui diagnostique une leucémie, ses priorités changent. Francis est catastrophé à l’idée d’être retardé d’une année au lycée, s’angoisse d’une calvitie imminente, ou de la perte de tous ses poils. Subitement, trouver sa plus belle chemise au cas où une pop star visiterait l’hôpital pour faire des photos devient vital. Finalement, la seule chose que Francis n’avait pas envisagée, c’est de rencontrer Ambre, son caractère de chien fou, son humour féroce, sa vulnérabilité désarmante et irrésistible… 

 

Depuis la parution de Nos étoiles contraires (et plus encore depuis la sortie du film), parler de maladie à l’adolescence est un exercice périlleux. Mais Matthew Crow s’en sort plutôt bien !

Francis, à quinze ans, a une petite vie bien réglée et plutôt banale : si son père a déserté le foyer familial, le reste de la famille est plutôt soudé. Julie, la mère, est un véritable pilier, et on lui pardonne bien volontiers ses petites excentricités. Francis adore également sa grand-mère, et son frère Chris, adulte-mais-pas-trop, qui arrive toujours à point nommé lorsque sa mère a fini les courses pour razzier instantanément le contenu des placards. Malgré les petits différends, le portrait est saisissant : la famille se soutient, fait front dans les bons, comme dans les mauvais moments. Francis est un adolescent plutôt banal : il est bon en cours sans se forcer (et ne se force pas), plutôt introverti, il a peu d’amis, est féru de connaissances quasiment encyclopédiques (qu’il aime dispenser à tout va), un peu égoïste : il a quinze ans, l’université en ligne de mire, et la nette impression que le monde n’attendait que lui.
Évidemment, lorsque la leucémie s’invite dans ce petit schéma, tout est déréglé. Surtout le regard des autres, d’ailleurs, mais Francis tente de faire comme avant, malgré tout.
Son séjour à l’hôpital va lui faire rencontrer d’autres adolescents malades, comme lui, avec lesquels il sera difficile de se lier : Paul est l’archétype du beau footballeur populaire ; Kelly est l’incarnation de la bimbo décérébrée ; Ambre est bien trop mordante et adepte de persiflages. Mais comme, de toute évidence, Kelly et Paul forment une paire, Francis et Ambre doivent former l’autre.

Sans prévenir se concentre vraiment sur les personnages (et particulièrement Francis, le narrateur). Certes, il est malade, mais la leucémie est traitée comme cet invité un peu collant dont vous avez du mal à vous débarrasser, mais que vous tolérez tout de même. Du coup, l’auteur ne se perd pas dans de longues descriptions de la maladie, ou de l’état d’esprit de Francis. C’est là, ça arrive, mais ce n’est pas le plus important, même si la maladie parvient à prendre le dessus dans certaines scènes.
Le centre de l’histoire sont donc les personnages : la relation entre Francis et Ambre démarre un peu subitement, et prend rapidement toute la place. D’entente cordiale, elle devient fusionnelle, et les adolescents se font inséparables. C’est tour à tour émouvant, drôle (l’escapade dans le tramway, notamment), ou prenant. Si les deux adolescents sont parfois insupportables (mais criants de réalisme), on s’attache vite à eux.
Mais le gros point fort, c’est le soin accordé aux personnages secondaires : loin de se concentrer sur les deux malades (comme on pourrait s’y attendre), Matthew Crow s’attache à développer tous ceux qui gravitent autour. Les deux mères, par exemple, sont des personnages extrêmement forts et touchants que ce soit dans leurs forces, ou dans leurs faiblesses (notamment le passage où la mère de Francis s’enferme dans les toilettes pour pouvoir téléphoner tranquillement). On sent qu’elles sont là pour porter à bout de bras leurs enfants, la maladie, les soucis du quotidien, tout en continuant à vivre et… c’est ce qui rend le roman aussi touchant et percutant. De même, Chris, le frère adulte-mais-pas-trop sait se montrer sérieux, grave, et attentif, et il est vraiment très agréable de constater que le portrait est nuancé.

L’autre point fort, c’est de parler de la maladie sous ses aspects moins attendus : ce n’est pas mélodramatique, c’est souvent plutôt décalé, et assez drôle. Francis et Ambre jouent de leur état, savent se montrer assez agaçants… et sont parfois remis à leur place. L’approche est très décomplexée, le roman est dépourvu de pathos ou de scènes volontairement larmoyantes (même si on ne vous cachera pas qu’on peut avoir la gorge plus que serrée) et c’est surtout (malgré tout !) un roman plein d’optimisme.

Si la comparaison au roman de John Green est inévitable, Matthew Crow a su faire de Sans prévenir un roman original (même si certaines scènes sont sans surprises), plein d’optimisme. Les personnages (notamment secondaires) sont le vrai point fort du roman : réalistes, authentiques, ils agacent autant qu’ils charment, et c’est ce qui fait tout le sel du récit. 
Sans verser dans le mélodrame et les scènes larmoyantes, Matthew Crow livre un texte juste et sensible sur la maladie adolescente, vraiment différent de Nos étoiles contraires, malgré un sujet similaire (et c’est bien là l’exploit !). À lire !


Sans prévenir
, Matthew Crow. Traduit de l’anglais par Marie Hermet
. Gallimard jeunesse, 2015, 307 p.

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Rue Farfadet, Raphaël Albert

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Panam, 1880 : il y a belle lurette que les humains ont repris la main sur les Peuples Anciens.
Sylvo Sylvain a posé son havresac dans la rue Farfadet, gouailleuse à souhait. Il exerce la profession exaltante de détective privé et les affaires sont nombreuses ! Des adultères, des maris jaloux, des épouses trompées, etc. Ni très rémunérateur, ni très glorieux… Alors, Sylvo fréquente assidûment les bars et les lieux de plaisir en tout genre où son charme envoûte ces dames… Jusqu’au jour où lors d’un banale enquête de routine il se trouve mêlé à une machination dépassant l’entendement. Le voilà, bien malgré lui, chargé de l’affaire par les autorités panaméennes. Saura-t-il tirer son épingle de ce jeu compliqué et dangereux ?

Paris, ou plutôt Panam, en 1880. Inutile d’essayer de restituer les images de vos livres d’histoires, car nous sommes ici dans un Panam… alternatif. Là, au milieu des humains, se promènent elfes, farfadets, lutins, gobelins et autres trolls, sans que personne (ou presque) n’y trouve rien (ou presque !) à redire.
Et Raphaël Albert ne s’est pas contenté de peupler son univers de créatures fantastiques pour en faire un Paris alternatif : les noms de rues, de quartiers, ou de monuments célèbres ont été adaptés, modifiés pour correspondre à cet univers semi-féérique, mais juste assez pour que l’on situe parfaitement l’endroit. Sylvo déambule ainsi dans le quartier Mygale, à la Butte-Momie, à Barbe, ou aux abords du fleuve Veine. C’est riche, c’est merveilleusement reconstruit, et le tout est juste assez décalé pour offrir au lecteur un univers à la fois proche de ce qu’on connaît, et parfaitement original.

Là-dedans va donc se déployer une intrigue qui mêle accents steampunk, fantasy, polar et urbains, le tout avec un rien de gouaille canaille. L’ambiance steampunk est plutôt légère, et se note essentiellement dans les véhicules utilisés : c’est plutôt une vague toile de fond qu’un véritable style !
En revanche, on est servis côté fantasy urbaine et polar : avec un personnage principal elfe et détective privé par-dessus le marché, c’était à prévoir ! Mais ce n’est pas donné à tout le monde de rendre le tout crédible. Certes, Sylvo a un petit côté Sherlock Holmes mâtiné de Nestor Burma, nourri au ouisk et aux cigarettes, qui fait un peu « déjà-vu » ; mais quel déjà-vu ! Dans le genre détective blasé, Sylvo est tout simplement parfait. Si on ajoute à cela que c’est un elfe-plante-verte-humanoïde, qui traîne avec lui quelques secrets bien enfouis dans son passé (qu’on a évidemment hâte de percer ; apparemment ce serait pour le tome 3), on tient là un personnage désabusé, cynique et gouailleur qui fait son petit effet, et qui tient parfaitement le rôle qui lui est assigné. On suit ses pérégrinations avec plaisir, on s’enthousiasme ou on s’angoisse au fil des péripéties. Bref : c’est un protagoniste complexe, à la personnalité travaillée ! À ses côtés, Pixel, un pillywiggin

L’intrigue démarre d’un point assez banal : Sylvo enquête sur une bête histoire d’adultère. Un attentat à la bombe dans un café et un troll plus tard, c’est devenu une affaire de sécurité nationale. La révolte gronde dans les bas-fonds panaméens, les républicains sont à deux doigts du coup d’État, le petit Peuple est pointé du doigt… On a l’impression de lire un condensé de roman historique, fantasy et policier. Mais le mieux, c’est que ça marche ! L’intrigue est rondement menée et les différents aspects s’entremêlent parfaitement. Et bien que l’histoire soit assez linéaire et manque un peu de surprises sur certains points (quelques révélations s’avèrent courues d’avance), on se prend volontiers au jeu.
En effet, le style de Raphaël Albert est incisif : les dialogues sont percutants et bien tournés, les descriptions soignées, et les scènes d’action léchées. Et malgré un léger manque de surprises, c’est tellement palpitant et bien mené qu’on apprécie la lecture. Mieux, on en redemande !

Rue Farfadet peut se lire comme une aventure propre (bien que l’univers et les personnages appellent clairement à une suite). Concentrée de roman noir, d’urban fantasy, et d’histoire, l’intrigue se déroule dans un univers original et décalé qui fourmille de références et clins d’œil. Malgré quelques péripéties sans surprises, l’affaire est très prenante et se lit avec plaisir. En bref, c’est drôle, c’est bien écrit, le suspens est au rendez-vous, c’est original… Rien à redire ! 

Lecture menée avec Acr0 !

Les Extraordinaires et Fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé #1, Rue Farfadet,
Raphaël Albert.
Mnémos, 2013, 281 p.

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ABC Imaginaire 2015

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Brèves de comptoir #36

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Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

 

Lundi : Ofelbe, jeune éditeur imaginaire !

2015 voit débarquer les jeunes éditions Ofelbe sur le marché éditorial (si leur création  date de 2013, les deux premiers titres seront publiés courant mars 2015). Cette nouvelle maison indépendante annonce donc :
– un catalogue plutôt spécialisé, autour des romans jeunesse japonais issus des littératures de l’imaginaire.
– des titres cross-média à très forte notoriété (point qui se vérifie avec les deux premiers tomes).
– des traductions soignées et adaptées à un lectorat français.
– des romans grand format (14×21), avec illustrations intérieures. 

Les deux premiers titres sont les light novel de deux licences très connues : Spice & Wolf, et Sword Art Online. La première série compte 17 tomes au Japon (elle est terminée), tandis que la seconde en compte actuellement 15.
La version française sera éditée sous forme de tomes doubles, qui seront publiés à 6 mois d’intervalle. Les deux séries sont également disponible au format manga, chez Ototo éditions.

Les volumes dévoilés par l’éditeur à la réception (24 février 2015).

 

Un peu de résumé pour la fin ?

Spice & Wolf, est un roman de fantasy médiévale. C’est l’histoire de Holo, une louve Déesse de la moisson, qui peut prendre l’apparence d’une attirante jeune fille. Délaissée par une population qui ne fait plus que véhiculer les vieilles légendes, Holo décide de retourner dans son village natal nordique. Embarquée dans la carriole de Lawrence Kraft, un marchand itinérant, Holo débute un voyage initiatique parsemé de plaisirs simples, de rencontres, et de quelques dangers…

Sword Art Online serait plutôt un titre science-fiction. Kirito est un gamer de Sword Art Online, un redoutable jeu en ligne. Or, un Game over dans le jeu peut entraîner une mort réelle immédiate.
Kirito veut atteindre le niveau final pour regagner sa liberté, comme des milliers d’autres joueurs, mais il veut le faire seul. Il devra revoir cette ambition à la baisse en s’alliant avec Asuna, une redoutable épéiste.

Lundi toujours : le marché de l’imaginaire en baisse ?

Comme souvent en janvier, Livre Hebdo consacre un dossier aux littératures de l’imaginaire, dont les chiffres semblent en baisse, sans que les éditeurs se laissent aller à la «sinistrose» ; l’ensemble du dossier est fort bien résumé sur le site d’ActuSF.

Lundi encore : les relations blogueurs-auteurs

C’est un article proposé par Lirado, qui retranscrit là une partie de la conférence « Des blogs pour en parler » qui s’est tenue au Salon du livre de Montreuil. Si vous connaissez quelqu’un qui a retranscrit la partie sur la littérature young-adult (ou cette même partie de conférence), indiquez-le en commentaire !

Mardi : Les Oniriques à Meyzieu !

Notez la date : les 6 et 8 mars, la bibliothèque municipale de Meyzieu (banlieue lyonnaise) organise les Oniriques, un festival tout public consacré aux littératures de l’imaginaire.
Toutes les informations adéquates sont sur la page Facebook de l’événement.

Mercredi : des nouvelles des Futuriales  !

Les nominés aux deux prix, le prix Révélations et le prix Futuriales des Lycéens ont été dévoilés ! Voici les titres en lice pour le prix Révélations :

Dresseur de fantômes, Camille Brissot (L’Atalante)
Corpus prophetae, Matt Verdier (Mnémos)
 – Yellowstone, Ludovic Albar (Mnémos)
La voix de l’empereur, tome 1, Le Corbeau et la Torche, Nabil Ouali (Mnémos)
– Le bâtard de Kosigan, tome 1, L’Ombre du pouvoir, Fabien Cerrutti (Mnémos)
Dominium mundi, tome 2, François Baranger (Critic)
 – Chesstomb, Sébastien Péguin (L’Homme sans nom)
 – La Maison ogre, Arnaud Prieur (Du Riez)
Chronique de l’après monde, Geoffrey Claustriaux (Terre de Brumes)

Et voici les 4 titres parmi lesquels les lycéens du lycée Voillaume d’Aulnay-sous-Bois devront trancher :

Les Autofadeurs, tome 1, Mon frère est un gardien, Marine Carteron. (Rouergue).
Shanoé, Lorris Murail (Scrinéo).
Les Outrepasseurs, tome 1, Les Héritiers, Cindy van Wilder (Gulf Stream).
Terre-Dragon, tome 1, Le Souffle des pierres, Erik L’Homme (Gallimard).

Pour une fois que j’ai lu des titres de la sélection, me voilà bien en peine de choisir entre les deux !
Les autres infos liées au festival sont toujours disponibles ici.

Jeudi : Interview de Gabriel Katz à propos d’Aeternia !

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Alors que l’auteur annonce seulement 12h de queue en librairies pour acheter le précieux, et que vous êtes peut-être déjà dans la cohue, il parle de son dernier né à Jérôme Vincent sur ActuSF.

Jeudi encore : Les Dragons de la Cité Rouge chez Soleil !

Le projet est sur les rails depuis cinq ans et cette fois, on tient le bon bout ! C’est chez Soleil que sortira l’adaptation du roman d’Erik Wietzel avec Nicolas Jarry au scénario et Adrien Floch au dessin, vraisemblablement en 4 tomes.
Cerise sur le gâteau, le roman sera réédité chez Milady simultanément. Rendez-vous en avril !

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Si vous aimez les dragons, ce one-shot (un one-shot, franchement, vous n’allez pas cracher dessus ?!) assez classique est très efficace ! Il paraîtrait également qu’Erik Wietzel travaille sur un autre roman dans l’univers.

Jeudi toujours : Drenaï, le groupe !25

Eh oui, Drenaï ce n’est plus seulement une saga de fantasy signée David Gemmell. C’est aussi un groupe de folk-métal français ! La formation rouennaise a déjà produit un CD de 11 titres intitulé Deathwalker, aux titres évocateurs : Snaga, Sieben, The Last Stand… Vous pouvez l’écouter ici, ou avoir des renseignements .

Vendredi : l’édition collector de Harry Potter chez Gallimard !

C’est officiel ! L’édition collector, illustrée par le talentueux Jim Kay (à qui l’on doit les illustrations de Quelques minutes après minuit), sera éditée chez Gallimard. Joie !

Vendredi encore : les Indés de l’imaginaire inaugurent leur site internet !

Les Indés de l’imaginaire, c’est ce collectif éditorial regroupant Mnémos, ActuSF et Les Moutons électriques. Je vous laisse découvrir le-dit site !

Bon dimanche !

Ma famille normale contre les zombies, Vincent Villeminot & Yann Autret.

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Madoloup est une fille plutôt normale, avec une famille plutôt normale, si l’on exclut leurs prénoms. A peine arrivée en vacances avec toute la famille chez les grands-parents en Bretagne, Madoloup se casse inopinément le coude. Ce qui compromet sérieusement son stage de voile, et fait dérailler la belle mécanique des vacances. Mais, à vrai dire, ce n’est pas là que tout a commencé à partir en vrille. 
C’est plutôt quand Mado et ses parents sont rentrés dans l’hôpital, ont trouvé une ville en état de siège, assaillie par des goélands devenus fous qui attaquaient les gens. Pas de chance, Louve, la petite soeur, a été picorée. Et infectée par le virus zombi transmis par les goélands. Et tout a commencé à aller très mal quand il fallu repousser l’attaque des grands-parents, et que les zombis ont commencé à vouloir entrer dans la maison par les toilettes… 

Le nouveau titre de Vincent Villeminot, en collaboration avec Yann Autret, à qui l’on doit les illustrations, s’annonce comme un titre humoristique et décalé, à base de zombies. Et décalé, ce titre l’est.

D’une part car l’histoire tout à fait banale de vacances d’été dégénère sévèrement sans qu’on s’y attende, et qu’on y retrouve tous les clichés du film de zombies : héroïne badass, équipe isolée et surarmée, assaut de montagnes et de montagnes de zombies, chevauchée héroïque… le tout traité sur un mode comique et absurde parfaitement assumé. Et, finalement, c’est là que le bât blesse. L’humour omniprésent est particulièrement potache : si les boutades font mouche au départ, la surenchère ne tarde pas à lasser. Soit il y en a trop, et l’absurdité des répliques devient lourde, soit le titre est trop court pour pousser le concept à fond : on a, du coup, l’impression que l’ensemble est un peu bâclé, et manque d’un petit quelque chose.
Impression renforcée par le texte, qui est très inégal : certains passages sont extrêmement bien écrits (et truffés de mots savants dont l’effet comique est très réussi, mais qui s’avéreront probablement trop recherchés pour un jeune public), tandis que d’autres ne sont que de vagues commentaires des illustrations, donnant l’impression de lire un simple catalogue. C’est vraiment dommage.
Surtout lorsqu’on n’accroche pas spécialement aux-dites illustrations, ce qui a été mon cas. Néanmoins, elles s’inscrivent parfaitement dans la logique du roman, le style collant tout à fait à l’aventure tournée en ridicule.

On regrettera vraiment que le livre soit aussi court, ce qui ne permet pas vraiment de développer les personnages, qui ne sont guère que des archétypes, ou le scénario. Ainsi, le début est assez long (les zombies ne commençant à intervenir qu’aux deux-tiers du roman) et ce qui s’annonce comme le meilleur passage (la lutte héroïque puis la fuite épique), est largement résumé et passé sous silence. La construction des barricades dans la maison est pourtant narrée avec force détails : c’est le meilleur passage du livre, car d’une part on y retrouve tous les fameux clichés et, d’autre part, c’est extrêmement drôle. De plus, certaines péripéties arrivent sans qu’on en voit réellement l’intérêt : ainsi, le secret du père sent légèrement le réchauffé pour qui a lu Instinct, et n’aide pas à entrer dans une histoire qui reste vraiment superficielle, alors qu’elle promettait d’être aussi divertissante que désopilante.

En somme, Ma famille normale contre les zombies a un goût de trop-peu. L’aventure est trop courte et la parodie, pour drôle qu’elle soit, n’est pas poussée à son paroxysme, en raison d’un début trop long par rapport à l’aventure en elle-même, ce qui est un peu dommage. Du coup,on ne rit pas autant que l’on pourrait s’y attendre. Situation qui s’inverse une fois que les hostilités sont réellement ouvertes, tant la parodie est cocasse ; mais c’est vraiment trop court, la majeure partie du récit étant grossièrement résumée. Malgré des illustrations qui renforcent l’aspect décalé, le roman est un poil trop court : c’est cocasse, certes, mais un peu sommaire.

Ma famille normale contre les zombies, Vincent Villeminot & Yann Autret. Nathan, 2015, 100 pages.

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ABC Imaginaire 2015

Erased #1-3, Kei Sanbe

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2006. Aspirant mangaka dont la carrière peine à décoller, Satoru Fujinuma travaille comme livreur de pizzas pour joindre les deux bouts. Effacé et peu enclin à s’ouvrir aux autres, il observe le monde qui l’entoure sans vraiment y prendre part. Pourtant, Satoru possède un don exceptionnel : à chaque fois qu’un incident ou une tragédie se déroule près de lui, il est projeté quelques minutes dans le passé pour trouver ce qui cloche et empêcher l’inévitable avant qu’il se produise…

Cette anomalie de l’espace-temps lui vaut un séjour à l’hôpital le jour où, pour rattraper le conducteur d’un camion fou, il est percuté par un autre véhicule de plein fouet. Après l’accident, petit à petit, les souvenirs effacés de l’enfance traumatisante de Satoru resurgissent…

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 Le premier volume est essentiellement un tome introductif. On y découvre Satoru, son petit job de livreur de pizzas et… son don. Les premières pages sont un peu confuses, car les scènes se répètent (après tout, c’est la base du don de Satoru), avec quelques détails présentés sous un angle différent, ce qui fait que la chronologie n’est pas toujours instinctive.
Et cette impression va se poursuivre : l’accident de Satoru, la répétition d’épisodes de retour en arrière, et l’arrivée de sa mère vont faire resurgir des souvenirs d’enfance que Satoru avait préféré enfouir. Cette fois, l’impression de confusion ne vient plus du fait qu’il y a des répétitions que l’on a du mal à bien comprendre, mais plutôt de l’histoire morcelée qui commence à prendre forme. Et, si le départ pouvait sembler quelque peu ardu, la suite met carrément l’eau à la bouche. Il y a sans aucun doute une histoire assez sombre dans le passé de Satoru, et on a hâte de savoir comment son passé va s’articuler avec son présent, et son don particulier.

Le premier volume tourne autour de 3 personnages : Satoru âgé de 28 ans, sa mère – qui, elle, sait ce qu’il y a dans le passé de son fils – et Airi, une lycéenne qui travaille avec Satoru. Si, bien sûr, c’est Satoru qui a le rôle titre, il est intéressant de voir que les deux figures féminines ne sont pas délaissées ; Satoru n’est pas particulièrement sympathique mais, curieusement, c’est bien pour cela qu’on s’intéresse à ses aventures. Car malgré un côté asocial très prononcé, ses réflexions ne manquent pas d’intérêt, et ses préoccupations non plus !
Côté graphismes, les tons plutôt sombres et les décors urbains fouillés viennent souligner l’ambiance assez prenante du thriller, mais on regrettera que les visages ne soient pas toujours très soignés (notamment celui de la mère de Satoru).

Impossible d’évoquer ce premier tome d’Erased sans parler de la fin… le suspens prend doucement mais, une fois qu’il s’installe, il ne quitte plus le lecteur. Le volume s’achève en apothéose, sur un retournement de situation aussi brutal qu’inattendu ! Au vu de la fin, on ne peut qu’avoir envie d’en savoir plus !

Erased #1, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 200 p.

Attention, ce qui suit contient des spoilers sur la fin du premier volume.


Intriguée par ce qui semble être une tentative de kidnapping, la mère de Satoru commence àerased-2-kei-sanbe se poser des questions sur la série de meurtres qui a secoué Hokkaidô 18 ans plus tôt. Et si la justice ne tenait pas le vrai coupable ? Mais celui-ci l’a reconnue : avant qu’elle ait pu mener l’enquête, elle est assassinée. Satoru, arrivé sur les lieux juste après le drame, se retrouve alors propulsé à l’époque de son enfance, quelques jours avant la disparition tragique d’une de ses camarades de classe ! Désormais convaincu que les meurtres sont liés, il va tout faire pour changer le cours des choses…

 

Ce second volume exploite un peu plus le pouvoir de Satoru, puisque celui-ci est projeté 18 ans auparavant, dans son corps d’enfant, avec la certitude qu’il doit empêcher la disparition de sa petite camarade de classe, Kayo.
Le grand intérêt du volume, c’est de voir comment Satoru va tenter, par tous les moyens à sa disposition, d’infléchir le destin de Kayo, parfois en changeant carrément les événements… et parfois, en arrivant exactement aux mêmes résultats (à son grand désespoir).

L’histoire va permettre de questionner les souvenirs d’enfance : Satoru a complètement oublié certains événements de sa jeunesse, alors que d’autres points sont beaucoup plus marquants. C’était déjà amorcé dans le premier tome, évidemment, puisque Satoru redécouvrait totalement cette affaire occultée. Mais là, en étant confronté de nouveau à sa vie d’enfant, Satoru va pouvoir comparer les souvenirs qu’il a, avec ceux qui remontent à sa mémoire.
Ce retour permet également de nuancer les personnages : présentée comme une sorte de mégère dans le premier volume, la mère s’humanise nettement ici. Satoru, de son côté, est nettement plus sympathique ! Le décalage entre son personnage d’enfant et ses réactions d’adulte ne manque pas de piquant, et occasionne quelques passages assez drôles – dans une ambiance plutôt tendue.

Par rapport au premier tome, celui-ci est nettement plus calme et posé, on est toujours dans la lignée du volume introductif. Mais ce n’est pas long pour autant ! L’intrigue est fournie, on cherche comment Satoru va débloquer la situation, et on s’attache aux personnages. De plus, les graphismes semblent plus soignés que dans le premier tome.
Le volume s’achève, encore une fois, en apothéose. L’auteur termine ce tome sur un sentiment de plénitude bien agréable. Avant de replonger le lecteur dans l’angoisse, et ce seulement en deux pages. La conclusion est magistrale et… on veut savoir la suite ! La bonne découverte du tome 1 se confirme donc !

Erased #2, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 192 p.

 

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Aidé par ses camarades de classe, Satoru réussit à se rapprocher de Kayo. Et la fillette survit au 1er mars !

Mais Satoru crie victoire trop vite. Kayo disparaît le 3 mars… et celui-ci est à nouveau projeté dans le présent, en 2006, alors qu’il est en cavale. Pourquoi la rediffusion l’a-t-elle projeté 18 ans plus tôt ? Pourquoi a-t-elle échoué ?

 

Retour au présent et, cette-fois, on nage en plein thriller, Satoru étant recherché pour le meurtre qui clôt le premier volume. Une seule certitude, le meurtrier est à Chiba, et Satoru l’a probablement déjà croisé.
Avec la complicité d’Airi, il tente de le débusquer, et s’enferre peu à peu dans la clandestinité.

La tension est palpable de bout en bout ; autant, dans le tome précédent, on était tenus par l’envie de savoir ce qui allait se passer pour Kayo, autant là c’est du suspens pur. L’ambiance est même un tantinet angoissante : les scènes de fuite, de course-poursuite ou d’esquive sont nombreuses et bien menées, et le découpage des pages souligne ce suspens très prenant.

Les décors sont, à nouveau, très soignés, et accentuent l’atmosphère angoissante qui se dégage des pages. L’enquête progresse nettement, on sent qu’on touche presque au but… et la fin, encore une fois, offre un rebondissement maîtrisé et qui laisse le lecteur plein de questions !

Erased #3, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 190 p.

Voilà une série vraiment prenante ! Le thème du voyage dans le temps est assez léger, mais donne lieu à une intrigue passionnante : l’enquête est bien menée, le suspens est au rendez-vous dans les trois tomes, et on termine chaque volume avec l’envie de savoir comment tout cela se goupille. Le trait de Kei Sanbe est maîtrisé, mais ses visages d’adultes semblent moins réussis que ses personnages enfants. Les décors, de leurs côtés, sont splendides ! Dans ces trois tomes hautement prenants et efficaces, je note une petite préférence pour le second, à l’atmosphère délicieusement mélancolique, tandis que Satoru revisite son enfance. Le tome 4 sort en février, et il va sans dire que j’attends de pied ferme la suite de cette série uchronique !

◊ Dans la même série : tomes 4 et 5 ;

Exil, Gardiens des Cités perdues #2, Shannon Messenger.

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Depuis son arrivée à Foxfire, Sophie n’a pas manqué d’attirer tous les regards sur elle… et son enlèvement n’a rien arrangé ! Le monde elfique, pour qui le mot « crime » était jusque-là quasi inconnu, est en émoi et la révolte gronde…
Heureusement, une fabuleuse découverte pourrait ramener le calme au sein des Cités perdues ; au gré d’une randonnée, Sophie et Grady découvrent une alicorne, une créature fabuleuse que les elfes croyaient disparue, symbole pour eux d’un nouvel espoir. Sophie est enchantée, sa nouvelle vie lui sourit enfin ! Le plus stressant, c’est la rentrée prochaine à Foxfire. Sauf que… le Cygne noir revient sur le devant de la scène avec ses messages énigmatiques qui inquiètent Sophie, puis l’agacent prodigieusement. Son entêtement à résoudre le mystère va la mettre en danger… et menacer la vie d’un de ses proches. La rentrée ne s’annonce vraiment pas de tout repos… 

Second tome des aventures de Sophie au sein du monde des elfes et, malgré quelques points qui grincent, c’est encore un excellent volume !
Commençons donc par les points qui grincent. Comme dans le premier tome, on pourra reprocher à Shannon Messenger de laisser Sophie un peu trop fréquemment dans la panade : c’est un peu trop souvent à elle de régler les problèmes de la communauté elfe qui, de son côté, la laisse un peu trop souvent mettre la main à la pâte. Certes, tout cela est justifié, mais on apprécierait que, de temps en temps, les adultes de cet univers soient un peu plus présents : depuis le premier tome, ces elfes me semblent affreusement distants et ne font pas grand-chose pour aider Sophie !
Côté personnages, ce sont Edaline et Bronte qui font grincer des dents : la première semble avoir la larme à œil en permanence… et c’est assez agaçant, d’autant que c’est souvent injustifié. Quant au second, il manque un peu de nuances durant la majeure partie du roman ; heureusement, la fin vient, justement, amener quelques nuances à ce personnage fortement antipathique.
Ceci ayant été évoqué, passons à ce qui a rendu la lecture d’Exil si agréable !

En premier lieu, il y a l’intrigue. Le premier volume se déroulait essentiellement dans l’univers scolaire ; ici, c’est l’inverse. La rentrée n’intervient, finalement, qu’assez tard dans l’histoire : l’intrigue est donc moins linéaire que celle du premier tome (car elle n’est pas rythmée par les journées d’étude) et la quête identitaire de Sophie va s’entremêler à l’enquête quasiment policière qu’elle va mener pour débusquer le Cygne noir. Le mystère est au rendez-vous  ! Si on progresse nettement sur ce point, l’auteur nous laisse avec une foule de questions à l’issue du volume – et donc l’envie impérieuse d’en savoir plus !
Comme l’histoire ne se déroule plus spécifiquement à l’université, c’est l’occasion de développer l’univers, le monde des elfes. Un monde perturbé par l’enlèvement de Sophie, et où la révolte gronde ; le Conseil est vilipendé, les elfes ont peur, les rebelles commencent à désavouer publiquement le gouvernement… le récit est constamment sous tension, et on ressent parfaitement l’ambiance glaciale et sombre, déjà annoncée par le titre.
À propos d’Exil, on découvre un aspect insoupçonné de l’univers elfique ; le premier volume laissait l’impression que la société elfique était parfaite (ou presque) et que la violence n’y avait pas sa place. Grossière erreur : finalement, la société elfique a les mêmes travers que les autres. La justice y est parfois expéditive, et les peines… fatales. On en vient même à se demander si cette société est aussi utopique qu’elle le laisse croire ; les failles s’accumulent, et on est très loin du cliché bienheureux qui semblait, jusque-là, se profiler.

Une impression confirmée avec la présence de l’alicorne (pour ceux qui se demanderaient ce que vient faire ce a- en préfixe, sachez qu’une licorne ne peut avoir d’ailes, et qu’un pégase ne peut avoir de corne ; l’alicorne de Shannon Messenger présente ces deux attributs, d’où le préfixe) ; dès l’instant où l’équidé pailleté apparaît, des fantasmes d’arc-en-ciel et de vols planés vers le soleil couchant jaillissent dans la tête du lecteur. Et des arc-en-ciel pailletés et des vols planés (vers le sol), il y en a ! Mais, à nouveau, Shannon Messenger va jouer sur les représentations induites initialement pour les balayer et proposer une lecture bien plus originale, comme pour l’apparente perfection des elfes.

L’autre point fort du roman, ce sont ses personnages. Si Edaline est rapidement assez agaçante, Grady s’avère nettement plus complexe. De ses coups de sang incompréhensibles à son instinct protecteur, tout est fait pour faire fondre le lecteur (alors qu’il paraissait si froid et distant jusque-là !). Tout ce second volume vient nuancer les portraits tirés jusque-là. Les trois garçons qui évoluent autour de Sophie en font également les frais : Dex, dans sa jalousie, devient un poil pénible, Fitz se comporte comme un détestable crétin de première … il n’y a guère que Keefe qui garde sa sympathie – quoique sa bonhomie habituelle soit, elle aussi, modérée. Sophie, de son côté, est touchante dans ses efforts d’intégration, et de protection de ses proches. Ce qu’on apprécie, finalement, c’est que les personnages aient grandi et mûri depuis le premier volume ; l’univers et l’intrigue sont plus sombres, et cela se ressent sur les étudiants de Foxfire, qui quittent doucement l’enfance pour l’adolescence – avec tous les petits tracas que cela peut occasionner.

Exil confirme le coup de cœur pour les aventures de Sophie ! Malgré quelques points à améliorer (la psychologie de certains personnages, par exemple), c’est encore un excellent volume mariant les rebondissements inattendus, les scènes drôles, touchantes, et les passages nettement plus angoissants avec brio. On apprécie de voir que les personnages mûrissent, progressent, et prennent de l’ampleur pour certains : Team Keefe, sortez vos drapeaux ! 
L’univers si chatoyant esquissé jusque-là gagne en noirceur et en profondeur ; au vu de la façon dont Shannon Messenger détourne les clichés qu’elle semblait avoir mis en place, on a hâte de voir ce que va donner le tome 3. C’est aussi surprenant qu’agréable à découvrir.
Une fois n’est pas coutume, voilà un tome 2 qui surpasse le premier. Et il va sans dire qu’on attend le suivant de pied ferme !

◊ Dans la même série : Gardiens des cités perdues (1) ;

Gardiens des Cités perdues #2, Exil, Shannon Messenger. Traduit de l’anglais par Mathilde Bouhon.
Lumen, 2015, 566p.

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Brèves de comptoir #35

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Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

 

Lundi : le jeu Conan en projet Kickstarter : aussitôt dit, aussitôt fait !

Voilà un audacieux projet de jeu de plateau en financement participatif, pour la réalisation duquel il faudrait réunir 80 000 $. Croyez-le ou non, quelques heures ont suffi à amasser la somme voulue ! Du coup, un certain nombre de bonus ont été débloqués, et la campagne court tout le mois. Le jeu sera disponible en anglais et en français, car c’est une équipe française qui développe le jeu, sous la houlette de Fred Henry (concepteur de jeux), et les conseils de Patrice Louinet (spécialiste d’Howard).

Mardi : les rencontres du Fantastique à la Fnac de Nancy. 

Dans le cadre du Festival International du film fantastique de Gérardmer, la Fnac Nancy accueille trois auteurs de l’imaginaire. Henri Loevenbruck est passé le samedi 17 janvier et le week-end suivant est l’occasion de recevoir deux autres auteurs :
Pierre Pevel, le vendredi 23 janvier à 17h30.
Nicolas Stanzick, le samedi 24 janvier, à la même heure. 
L’entrée est libre, dans la limite des places disponibles.

Mardi encore : Gulf Stream lance son édition de poche !

2015 verra la réédition au format poche de 7 romans jeunesse, au petit prix de 6,50 €, parmi lesquels la série Nina Volkovitch de Carole Trebor, et Desolation road, de Jérôme Noirez.

Mercredi : rencontre autour de la SF africaine. 

Si tu n’es pas Parisien ou en proche banlieue, tu peux sauter à la brève suivante – ou celle d’après, en fait 🙂
Le samedi 31 janvier, à Paris donc, une soirée de discussion sur la SF africaine se tiendra à la librairie Charybde (rue de Charenton, 12e). Rendez-vous dès 18h30 !

Jeudi : les Futuriales 2015 se précisent !

Les Futuriales se tiennent à Aulnay, dans le parc Dumont, à l’initiative du réseau des médiathèques, depuis 2010 et mettent à l’honneur les littératures de l’imaginaire tous genres confondus, science-fiction, fantasy, fantastique en leur offrant un espace de valorisation, de visibilité et de rencontres avec les lecteurs ; cette année, le festival aura lieu les 13 et 14 juin. Thème de l’année : la fantasy !
Comme toujours, il y aura une soixantaine d’auteurs scénaristes ou illustrateurs présents, que vous pourrez rencontrer au cours des dédicaces, ou écouter en conférences. Cette année, le jury du Prix Révélations se compose de : Anne Fakhouri (co-présidente du jury, lauréate jeunesse 2014), Antoine Tracqui (co-président, lauréat 2014), Laurent Poujois (lauréat 2010), Jacques-Etienne Ully (Fondateur et organisateur des Futuriales et Gérant de la librairie Folies d’Encre d’Aulnay-sous-Bois), Cyrille Jaouan (co-organisateur des Futuriales et responsable numérique des bibliothèques d’Aulnay-sous-Bois), Jean-Luc Rivera (qu’on ne présente plus !) et, bien entendu, les libraires et bibliothécaires.
Le programme et la liste des invités s’affineront ici. Si vous êtes dans le coin, n’hésitez pas à aller y faire un tour, le cadre est très agréable, et c’est un festival très sympathique.

Jeudi encore : le Paris des Merveilles revient ? 

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Il se murmure que le Paris des Merveilles de Pierre Pevel, qui compte deux tomes narrant les fantastiques aventures de Louis Denizart Hippolyte Griffont, pourrait bien voir augmenté d’un troisième tome, chez Bragelonne – qui doit tout bientôt republier les deux premiers tomes… Affaire à suivre !

Vendredi : Princess Bride, le jeu !

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Après le film culte (signé Rob Reiner, en 1987), le roman de William Goldman se déclinera en adaptation vidéoludique (sur iPhone, iPad et iPod Touch), par Gameblend Studios, et pour moins de 4€. 
Au programme, 4 mini-jeux au design cartoon permettant de revivre quelques scènes phares de l’histoire (du sauvetage de la princesse au combat opposant Westley et Fezzik), en attendant une nouvelle mise à jour.

Pour les non-fan de technologie, il y a également un projet Kickstarter pour créer un jeu de cartes Princess Bride, en cours de développement (la somme ayant été réunie).

Vendredi encore : deux petites interviews sur ImaJ’nère Radio !

Au micro d’ImaJ’nère, Erik L’Homme et Samantha Bailly ; le podcast s’écoute ici (avec ses petits camarades).

Bon dimanche !

La Légende de Zita ; Zita, la fille de l’espace #2, Ben Hatke.

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Depuis qu’elle a sauvé Scriptorius, Zita est devenu une star interplanétaire, obligée de saluer la foule et signer des autographes partout où elle passe. Fatiguée de ces bains de foule, elle laisse un robot imitateur grimé comme elle prendre sa place le temps d’une escapade en ville, avec Mulot. Erreur fatale ! Le robot apprécie la célébrité et la compagnie des autres personnages et prend la place de Zita, alors que celle-ci est appelée sur une autre planète. Terrifiée, Zita vole un vaisseau pour rattraper celui de Pipeau… et devient une hors-la-loi, recherchée par toutes les milices ! Difficile de retrouver sa place et son identité !

J’avais beaucoup aimé le premier volume de cette série de B.D. SF destinée à la jeunesse, et la bonne découverte se poursuit avec cet opus. Cette fois, Zita est confrontée à un usurpateur qui prend sa place, et séparée de ses amis, en dehors de Mulot. L’urgence n’est donc plus d’essayer de rentrer sur Terre – même si les Lomponiens qui l’attendent comme la sauveuse lui ont promis un cristal de saut – mais de retrouver ses amis et sa place. Or, cette tâche la pousse à voler un vaisseau, et elle se retrouve hors-la-loi. Elle qui était déjà au centre de l’attention à cause de sa célébrité devient tout simplement l’ennemie numéro 1… ce qui lui fait un peu mal au cœur lorsqu’elle entend les rumeurs répandues sur son compte par les habitants de la galaxie.

Séparer Zita de ses camarades permet de rencontrer de nouveaux personnages, parmi lesquels Glissando (un redoutable chat) et Madrigal, une magicienne un peu bohémienne, avec un petit côté Albator… qui a connu Pipeau ! Mais on en sait assez peu… peut-être faudra-t-il attendre la suite pour en savoir plus.

L’aventure est à la hauteur du premier tome : c’est bourré d’énergie, il y a plein de péripéties, et la fin est touchante à souhait ! Comme dans le premier volume, il y a assez peu de textes, les dessins étant extrêmement parlants et clairs. Les couleurs sont éclatantes, les choix harmonieux, et il y a des plans tout simplement splendides.
Ce qui est intéressant, c’est que Zita n’est pas trop heureuse de sa célébrité, et tente de s’en débarrasser comme elle peut, en laissant quelqu’un faire le travail à sa place, par exemple. Et ça lui retombe méchamment sur le coin de la figure. Verdict ? On ne fait pas toujours ce qu’on veut, et il faut parfois assumer ses responsabilités. L’autre point intéressant – outre le fait que l’héroïne soit une petite fille, pour une fois – c’est que Zita n’est pas démesurément courageuse. Elle reste une petite fille, et elle fait avec ses moyens… et c’est bien agréable !

Zita, la fille de l’espace devrait donc plaire aux amateurs de science-fiction et/ou de comics jeunesse : oui, l’histoire est simple, oui, l’aventure se déroule presque sans surprise, mais le dessin est magnifique, et Zita vraiment touchante. En plus, c’est très intelligent, et cela peut plaire aussi bien aux enfants qu’à leurs parents. Bref : à mettre entre toutes les mains !

◊ Dans la même série : Zita, la fille de l’espace (1) ; Le Retour de Zita (3).

Zita, la fille de l’espace #2, Ben Hatke. Traduit de l’anglais par Basile Béguerie. Rue de Sèvres, 2014, 213 p.
ABC Imaginaire 2015
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1869 : La Conquête de l’espace, Alex Alice.

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Et si la conquête de l’espace avait un siècle d’avance ?

1868. Au seuil d’une incroyable découverte à bord de son ballon de haute altitude, la mère de Séraphin disparaît mystérieusement à la frontière de l’espace. Un an plus tard, une lettre anonyme révèle que son carnet de bord a été retrouvé…
Séraphin et son père, échappant de justesse à un enlèvement, suivent la piste du carnet jusque dans les contreforts des Alpes. C’est là, à l’ombre d’un château de conte de fées, que le roi Ludwig de Bavière a entrepris la construction d’un engin spatial de cuivre et de bois qui s’apprête à changer le cours de l’histoire…

Le Château des étoiles est une bande-dessinée en deux tomes, pré-publiée sous forme de fascicules (la seconde série de fascicules et le second tome sont à paraître) narrant… la conquête de l’espace, sur la fin du XIXe siècle.
Ambiance steampunk au programme, donc !
L’émerveillement débute avec la couverture : l’album est en partie toilé, et l’agencement de la première de couverture rappelle vraiment les publications de l’époque.

La suite de la découverte est tout aussi bonne : pour aller droit au but, cet album est une merveille.
Parlons un peu de l’histoire : Séraphin a perdu sa mère alors qu’elle effectuait un vol en dirigeable pour trouver l’éther. Depuis, il ne pense qu’à ça et aspire à découvrir l’éther, bien que son père tente de l’en empêcher pour sa propre sécurité. Finalement, l’éther rencontre à nouveau leur chemin et, alors qu’ils se préparent à aller récupérer les carnets de la défunte en Bavière, ils se retrouvent à fuir, avec des Prussiens aux trousses – lesquels aimeraient mettre la main sur la précieuse substance avant tout le monde. L’histoire se déroule donc majoritairement en Bavière, à l’époque où Bismarck essaie de l’annexer, et tandis que Louis II poursuit ses chimères.
Une grande partie de l’histoire se déroule donc dans le fabuleux décor du château de Neuschwanstein, merveilleusement représenté. Le trait est léger, le dessin est fouillé, les couleurs restent dans les tons pastels de l’aquarelle… c’est splendide.

Le contexte historique est très détaillé et inscrit l’intrigue confinant à la science-fiction dans un contexte extrêmement réaliste : Séraphin et son père trouvent un Louis II de Bavière à deux doigts d’être renversé par un coup d’état, au moment où la Bavière tombe dans l’escarcelle allemande. L’intrigue entremêle donc intrigue proprement historique, et quête scientifique de l’éther. Il y a quelque chose de très prenant dans la façon dont s’entrecroisent les différents mystères, un sentiment souligné par un découpage vraiment bien pensé.

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Pour résumer, ce premier volume du Château des Étoiles est un gros coup de cœur : pour l’histoire, originale et bien menée, pour les personnages bien campés (quels qu’ils soient), pour le dessin d’une légèreté et d’une beauté incomparables, et pour l’ambiance steampunk, sorte de mélange entre les romans de Jules Verne et les films d’Hayao Miyazaki. Une merveille, disais-je, un titre à avoir absolument dans sa bibliothèque !

◊ Dans la même série : Les Naufragés des étoiles (gazette, épisode 4) ; 1869 : La Conquête de l’espace (2).

Le Château des étoiles #1, 1869 : La Conquête des étoiles, Alex Alice. Rue de Sèvres, 2014, 63 p.

Le petit plus : interview d’Alex Alice sur French Steampunk.

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The Young world, Chris Weitz

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New York, XXIe siècle. La Maladie, un virus fulgurant, a anéanti la population des États-Unis, à l’exception des adolescents, qui ont vu leur avenir se désintégrer sous leurs yeux. Plus d’électricité, plus d’eau courante, plus de transports, plus d’Internet : les jeunes sont livrés à eux-mêmes dans la ville qui ne dort jamais. Rapidement, des tribus se forment, se partagent le territoire et coexistent plus ou moins pacifiquement.
Jefferson, le tout nouveau leader des Washington Square, tente d’organiser la survie des siens avec l’aide de Donna, leur guérisseuse, qui ne le laisse pas complètement indifférents. C’est alors que Brainbox, un des membres de la tribu, annonce avoir découvert l’origine de l’épidémie… et peut-être un antidote. 
Lassés d’attendre l’âge adulte qui signe leur mort, et n’ayant pas mieux à faire, ils partent à travers Manhattan pour tenter de retrouver l’origine du virus qui a décimé le continent. Une promenade de santé… sur le papier. 

 

Le roman de Chris Weitz prend place dans un décor post-apocalyptique : suite à une contamination, seuls les adolescents ont survécu, protégé par leurs hormones. Une protection qui s’écroule dès la maturité physique atteinte. Les adolescents sont donc confrontés à un double problème : l’absence des adultes, et leur propre fin en approche. C’est pourquoi Jeff et les siens sautent sur la proposition de Brainbox : traverser New-York pour aller à la bibliothèque, afin d’y chercher un article scientifique qui pourrait tout changer.

Le récit est narré par les voix de Jefferson, qui vient de prendre la direction de la tribu, et celle de Madonna, dite Donna, la guérisseuse officielle. Ils se connaissent depuis l’école primaire mais n’auraient, bien sûr, jamais imaginé devoir survivre ensemble, ni assurer la survie d’autres adolescents. Les deux voix sont assez différenciées (bien que Donna abuse du « genre » et en truffe presque toutes ses phrases) et l’alternance des points de vue est intéressante : elle permet de livrer les sentiments et pensées de chaque personnage, mais aussi leurs points de vue sur les scènes auxquelles ils assistent. On a donc deux sons de cloche, ce qui va nuancer le récit à de nombreuses reprises. D’autant que Donna et Jeff n’ont pas exactement les mêmes idées : lui est résolument tourné vers leur (bref) avenir, tandis que Donna se complaît dans un passé révolu et semble plus réfractaire à tout changement. Et si on a envie de lui coller des claques, on comprend tout à fait son ressenti, très réaliste – et qui change des adolescents hyper motivés et n’ayant aucun doute que l’on croise habituellement dans ce type de romans. Un premier bon point !

Mais cette alternance n’est pas toujours des plus réussies : en effet, il y a quelques ellipses, et ces passages vont manquer à l’histoire, tandis que certaines transitions s’avèrent un peu brutales. Chris Weitz est réalisateur de cinéma, et cela se sent dans la façon dont est écrit ce roman. Ces transitions brusques ressemblent furieusement à des changements de plans dans un film, qui permettent d’embrasser la scène d’un simple coup d’œil – exercice plus périlleux en littérature.  On a donc parfois l’impression que les transitions sont un peu hachées, ce qui laisse une sensation de succession de plans très marquants, mais manquant un peu de liant entre eux.
De même, le récit est extrêmement visuel : les péripéties fourmillent d’action, et le décor est soigné. L’approche de l’histoire est (à nouveau) très cinématographique, avec des scènes à l’ambiance forte (la rencontre avec les Résidents, ou la scène à la bibliothèque… qui n’est pas sans rappeler le film Le Jour d’après !), et que l’on sent comme très esthétiques, mais dont certaines n’apportent pas forcément quelque chose à l’histoire – notamment la scène des tambours du Bronx, durant laquelle l’équipe de Jeff échappe à une tribu dont la moitié joue du tambour, tandis que l’autre leur tire dessus ; c’est prenant, hypnotique, mais finalement sans grand impact. L’ensemble est donc un peu irrégulier : certains passages sont très courts alors qu’il y aurait matière à développer, tandis que d’autres souffrent de quelques longueurs. Ainsi, la fin est extrêmement abrupte, avec un revirement à peine compréhensible : quelques pages de plus auraient été appréciables pour mieux peser les enjeux de cette conclusion. Le cliffhanger final, en revanche, est bien amené, et nous laisse avec un bon lot de questions.
Malgré cela, l’ensemble se lit assez vite, car hormis les quelques longueurs citées, il n’y a pas vraiment de temps mort : les séquences s’enchaînent, et on veut savoir comment la petite bande va s’en sortir.

L’univers de The Young world, dans toute sa noirceur, pose d’intéressantes questions : il y est question de survie, et des différents modes que l’on peut appliquer dans une société : est-elle libre et basée sur l’égalité de ses membres ? Est-elle basée sur un monopole économique ? Dans leurs pérégrinations, Jeff et les siens vont croiser quelques modèles d’organisation assez différents du leur, et qui vont les amener à réfléchir sur quelques points essentiels. Et le roman n’est pas dépourvu de passages sordides, voire dérangeants, mais qui viennent nourrir la réflexion de fond.
On appréciera également que la Maladie soit expliquée et justifiée de façon assez réaliste ; on a donc l’impression de lire un roman d’anticipation se déroulant dans un futur proche, plutôt que de la science-fiction pure. Impression nettement renforcée par tous les clins d’œils à des références culturelles qui nous sont bien connues et qui émaillent le récit, et devant lesquelles on ne manque pas de sourire !

Avec The Young world, Chris Weitz fait une intéressante incursion en territoire post-apocalyptique. La fin remet l’ensemble du récit en question, et laisse le lecteur avec plein de questions, tant sur l’univers présenté que sur les personnages. L’intrigue n’est pas particulièrement révolutionnaire, mais voilà un roman qui se lit avec plaisir, et qui introduit une histoire efficace.
Si le roman est un peu irrégulier, ses nombreuses péripéties bourrées d’action et son côté très cinématographique en font un efficace page-turner. Affaire à suivre !

The Young world #1, Chris Weitz. Traduit de l’anglais par Sébastien Guillot. MsK, 2015, 369 p.

 

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