Fuir la citadelle, Ryan Graudin.

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Cela fait presque deux ans que Dai survit dans la citadelle de Hak Nam, à l’abri de la police. Pour échapper au mandat d’arrêt qui pèse sur sa tête, Dai doit piéger Longwai, le baron de la pègre local. Il lui reste 18 jours. Après, il sera trop tard. Et Dai ne sait toujours pas par quel bout prendre le problème. 
Longwai, Mei Yee le connaît. D’ailleurs, elle lui appartient, depuis que son père alcoolique l’a vendue au maître de la maison close de la Confrérie où elle travaille désormais. Dai passe souvent sous sa fenêtre… 
Jin Ling, de son côté, est le coureur le plus rapide de tout Hak Nam, le coursier tout désigné pour les livraisons de drogue. Aussi maigre et agile qu’un chat errant, il connaît mieux que personne le labyrinthe des bas-fonds. Personne ne sait où il dort. Personne ne sait d’où il vient. Et personne ne sait que Jin Ling est une fille… qui cherche désespérément sa sœur, vendue à une maison close. 
Il reste dix-huit jours avant le Nouvel An. Après, rien ne sera plus jamais pareil. 

 

À Hong Kong, il a longtemps existé un territoire de non-droits : la citadelle de Kowloon. 0,026 Km², 50 000 habitants, des couloirs, des venelles, des gangs, une ville à l’intérieur de la ville, un territoire fermé, quasiment autarcique, gouverné par les mafias. En un mot, la jungle. Ryan Graudin s’en est inspirée pour imaginer Hak Nam, le ghetto au bord de la belle ville portuaire de Seng Ngoi, dans lequel évoluent Dai, Jin Ling et Mei Yee.

Dès l’ouverture, on plonge dans les tréfonds et les venelles de la citadelle via une scène de course-poursuite. Et la tension ne chute pas : car dès la débandade terminée, on assiste à l’arrestation musclée d’une prostituée en fuite, par les gorilles de son maquereau. Le ton est donné : à Hak Nam, la survie est rude.
Et il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre les personnages : trafics de drogue, embuscades, rixes en tous genres, scènes dans la maison close…. Ryan Graudin rend l’ambiance sordide de Hak Nam avec talent. Pour être honnête, c’est même franchement glauque par moments, et on plaint très sincèrement les personnages prisonniers de ce cloaque.

Mais cette ambiance colle vraiment à l’intrigue, dont les morceaux s’agencent peu à peu, au fil des trois récits entrecroisés. Tour à tour, on suit donc Dai, Jin Ling et Mei Yee, dont les parcours vont se croiser un peu par hasard.
Tout d’abord, il y a donc Dai, jeune homme mystérieux, ancien dealer à la réputation sulfureuse ayant beaucoup de choses à se reprocher, qui semble espionner et comploter dans son coin, pour démanteler la Confrérie, l’organisation qui gère et régule tous les trafics au sein de la citadelle. Ensuite, Jin Ling, une adolescente travestie en jeune garçon, qui cherche sa sœur, et survit grâce à la vitesse de ses maigre jambes ; flanquée de Chma, son chaton émacié et allergique, c’est elle qui va porter le récit. Enfin, Mei Yee, la fameuse sœur, recluse au fin fond d’une maison close. Trois adolescents, trois causes quasiment perdues, trois désirs de sortir de la citadelle et, si possible, vivants. Si les personnages semblent quelque peu caricaturaux (si on résume, on a donc le gamin des rues classiques, l’ado en quête de rédemption, la prostituée captive), on ne s’attache pas moins à ces trois adolescents.
L’histoire se construit doucement autour de ces trois personnages que l’on suit tour à tour. Si l’on comprend assez vite les objectifs de chacun, certaines motivations restent floues assez longtemps, notamment celles de Dai : est-il fiable ? Ou ne court-il que pour lui, au diable les autres ? Difficile à dire. Certains développements semblent un peu convenus… mais le tout est narré et décrit de façon tellement réaliste, que c’en est proprement captivant.
Alors on se laisse prendre par le suspens, d’autant que le sentiment d’urgence qui saisit les personnages, et la tension, sont palpables. À ceux-ci s’ajoute la sensation de danger permanent qui règne sur les pages : l’atmosphère est tendue, et on guette les couteaux qui peuvent surgir de l’ombre à tout moment. On se surprend même à retenir son souffle dans les inévitables confrontations.

Car Ryan Graudin n’épargne pas ses personnages. Confrontations tendues, courses-poursuites qui vous laissent le cœur battant, issues incertaines sont le lot quotidien. Pire, elle n’édulcore pas le propos : les personnage souffrent, sont terrifiés, essuient des échecs, ou vivent des instants pour me moins éprouvants. Déambuler dans Hak Nam n’a rien d’une promenade de santé. Ajouté au décor sordide à souhait, et au décompte des jours qui rythme les chapitres, cela rend le livre particulièrement prenant.
La plongée dans les bas-fonds est saisissante : difficile de lâcher le roman une fois entamé tant on est pris dans l’aventure.

Avec Fuir la citadelle, MsK clôt l’année sur un roman d’aventures riche en émotions et en adrénaline. S’attachant à trois personnages bien travaillés, l’auteur campe une citadelle chinoise lugubre, glauque et parfaitement sordide, un décor idéal pour une intrigue très bien menée, et malheureusement très réaliste. Difficile de ne pas s’attacher aux personnages, à leur indécrottable envie de s’en sortir, et de ne pas trembler devant les épreuves qu’ils vivent.
En quelques mots, Fuir la citadelle est dépaysant, fort, parfois éprouvant, mais particulièrement efficace et prenant. On en redemanderait !

Fuir la citadelle, Ryan Graudin. MsK, 2014, 386 p.

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2 commentaires sur “Fuir la citadelle, Ryan Graudin.

  1. Lupa dit :

    Ton billet capte mon attention ! Ce roman a l’air prenant à souhait 🙂 Merci pour la découverte !

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