Feed, Mira Grant.

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Été 2014. La médecine a vaincu les rhumes et le cancer n’est plus qu’un mauvais souvenir. Mais elle a créé une chose terrible, que personne n’a su arrêter. Ce qui devait n’être que des remèdes s’est transformé en infection virale, qui s’est propagée à la vitesse de l’éclair sur la planète, le virus prenant le contrôle des cerveaux, laissant à leurs propriétaires une seule obsession : se nourrir. 
2034. Georgia et Shaun Mason, issus de cette génération sacrifiés, sont blogueurs indépendants, les blogs étant devenus les seuls media proclamant la vérité sur ce qu’il se passe dans le monde réel. Shaun est la tête brûlée, Georgia l’âme du duo. Et ils doivent couvrir la plus grosse affaire de leur carrière : la course à la présidentielle du sénateur Ryman. 
Sauf que les magouilles politiques sont bien plus coriaces qu’ils ne le pensaient. Et que faire éclater la vérité pourrait bien s’avérer fatal… 

 

En attaquant Feed, je m’attendais à passer d’affreuses nuits blanches. Je ne m’attendais certainement pas à un coup de cœur !
Car Feed est bien plus qu’une simple histoire de zombies. Dès le début de l’histoire, les zombies sont traités comme une simple donnée de l’univers : cela fait 20 ans que l’infection a eu lieu, et l’humanité fait désormais avec. L’intrigue ne se concentre donc pas tellement sur les scènes apocalyptiques de zombies en goguette boulottant de l’humain (même s’il y en a) mais plutôt sur la vie quotidienne dans un univers totalement bouleversé.
On suit donc une équipe de journalistes, Shaun, Georgia et Buffy, qui vont couvrir la campagne politique du sénateur Ryman, lequel vise la présidence des États-Unis. Car contrairement à la plupart des romans post-apocalyptiques à la mode en ce moment, Feed ne présente pas une société totalement désorganisée, ou ayant sombré dans une organisation liberticide (la dystopie est à la mode) ; l’univers dans lequel vivent Shaun, Buffy et Georgia ressemble, peu ou prou, au nôtre, les zombies et règles de sécurité en plus. La preuve, la course aux primaires (et donc aux présidentielles) se fait à l’ancienne, en visitant les états les uns après les autres, à grands coups de meetings et autres réunions : les véhicules et campements sont simplement plus sécurisés.
Du coup, on est loin du roman d’horreur que l’on lit avec les cheveux dressés sur la tête du début à la fin : c’est nettement plus subtil. L’auteur joue avec la peur des zombies, qui est présente tout au long du texte, comme un péril important, mais souvent lointain (la plupart du temps, du moins). Mais lorsqu’il y a confrontation avec les morts-vivants, on est fouettés à l’adrénaline, ce qui contraste avec la légère appréhension que l’on ressentait jusque-là, et démultiplie l’effet : c’est diablement efficace.

Les personnages sont extrêmement attachants : le duo Shaun-Georgia fonctionne extrêmement bien avec, d’un côté, la tête brûlée, l’aventurier baroudeur et, de l’autre, la femme d’affaires (dit comme cela, ça semble un peu cliché, mais l’auteur décrit avec une grande justesse leur relation leurs caractères. C’est brillant !). Autour d’eux gravitent des personnalités attachantes : Buffy, l’informaticienne poète, Rick, le journalise, le sénateur Ryman, son épouse Emily, les divers gardes du corps… Les personnages sont tous complexes, très travaillés, attachants et particulièrement crédibles, même si la froideur des blogueurs est parfois un peu forcée. Néanmoins, c’est vraiment autour de ces personnages qu’est construite l’histoire. Finalement, Feed est une histoire très humaine, dans un univers quelque peu déshumanisé.

Le décor, de son côté, est très consistant : anecdotes, jurisprudences, petits faits de la vie quotidienne viennent dessiner un univers riche, complexe, et pensé dans les moindres détails. C’est aussi ce qui fait que le roman est aussi prenant : tout est tellement détaillé (et sans être plombant pour deux sous) que l’on s’immerge totalement dans l’histoire.
L’intrigue est l’occasion d’égratigner quelque peu (et intelligemment) la politique (ses magouilles, ses compromissions) et le journalisme (pour les mêmes raisons). Les personnages étant des blogueurs, il va évidemment être question des blogs dans les médias, avec tous les à-côtés que cela comprend : course à l’audimat, recherche de rédacteurs compétents, rédactions de billets percutants, le tout au service de la vérité. Ces points sont clairement expliqués, mais prennent parfois un peu trop de place, et introduisent quelques longueurs dans le roman, heureusement vite dissipées. De plus, on déplorera que l’opposition blogs/média traditionnels soit un peu manichéenne (les premiers étant purement objectifs, les seconds totalement subjectifs).

Plus l’histoire avance, plus la tension monte : la campagne politique cache de sombres agissements, et on comprend rapidement que le fin mot de l’histoire pourrait ne pas plaire à tout le monde. Plus que dans un roman d’horreur, on est dans un véritable thriller politique, mené de façon redoutable, et à l’intrigue très efficace. Si l’ultime révélation n’est pas particulièrement surprenante, on profite tout de même à fond de l’histoire, tant elle est bien menée. Car l’auteur sait alterner passages purement informatifs, scènes quotidiennes, enquête, billets de blogs, découvertes retentissantes, séquences émotion, et péripéties haletantes. Pas le temps de souffler, le rythme est savamment entretenu, et le lecteur est rapidement captivé ! Le roman est assez angoissant… alors que les zombies ne sont là qu’en toile de fond : il vaut mieux se méfier des humains et de leurs mensonges, un point de vue que l’auteur démontre parfaitement tout du long.

En bref, voilà un roman excellent à tous points de vue : certes, il y a quelques longueurs, et les personnages sont parfois un peu trop froids pour être honnêtes. Mais le reste est tellement bon qu’on oublie rapidement ces désagréments. Feed est angoissant à souhait (alors que les zombies et scènes d’horreur sont, finalement, peu présents) ; on nage en plein thriller politique, et celui-ci est diablement efficace. Le style est fluide à souhait, et l’auteur varie les scènes avec talent. De plus, elle donne à voir un univers d’une richesse incroyable, et fait passer le lecteur par toute une palette d’émotions : vraiment, c’est excellent. 
Au vu de la fin, je suis extrêmement curieuse quant à la suite : si le tome permet de clore cette histoire, on sent que l’univers a encore des ressources. Et j’ai hâte de découvrir lesquelles.

 

Newsflesh #1, Feed, Mira Grant. Traduit de l’anglais par Benoît Domis. Bragelonne, 2012, 450 p.

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17 commentaires sur “Feed, Mira Grant.

  1. stelphique dit :

    j’ai bien envie de decouvrir ca!!!;)

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  2. Mypianocanta dit :

    Je crois que tu m’as convaincue : je l’ajoute à ma liste et je verrai en 2015 😉

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  3. Frankie dit :

    Très belle chronique sur ce roman que j’avais beaucoup aimé parce qu’effectivement il ne se concentrait pas seulement sur l’apocalypse zombie. Et puis j’avais énormément aimé les personnages. En 2015, c’est décidé, je lis les deux derniers tomes.

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  4. Lupa dit :

    Je suis d’autant plus impatiente qu’il est déjà dans ma PAL ! Je n’ai donc plus une minute à perdre pour l’en arracher 😀

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  5. Flora dit :

    Raaah je le vois partout en ce moment, il me tente bien ! Avec un tel avis, dur de résister, héhéhé… Le côté politique me fait un peu peur, j’espère qu’il ne prend pas toute la place du roman au détriment des zonzons, mais je le garde en tête ! 🙂

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    • Sia dit :

      Non, c’est vraiment très équilibré. Mais c’est vrai que si tu veux un roman pur « zombies apocalypse », ce n’est pas le meilleur titre. Mais c’est teeeellement intelligent, original, complexe dans le bon sens du terme… franchement, je pense qu’il peut te plaire (j’ai déjà dit qu’il était sorti en poche ? Oui ? Tant pis, je le redis !).

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  6. Acr0 dit :

    Voilà une bien belle chronique 🙂 Mais on peut aussi avoir peur et avoir un coup de cœur en même temps, non ? 😛 La trilogie me fait envie, il faut juste trouver le temps pour me plonger dedans.

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    • Sia dit :

      C’est vrai (j’ai un peu flippé dans In the after, au début, mais j’ai adoré) ! Mais à chaque fois que j’ai parlé de ce livre, on m’a dit « ouh non, j’ai peur des zombies », donc je me suis dit qu’il fallait insister sur l’aspect « pas trop terrifiant » ! Je pensais mettre un temps pas possible à lire ce premier tome, et en fait il se lit presque tout seul.

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      • Acr0 dit :

        Tu fais bien 🙂 Ceci dit, dans mon entourage, la peur des zombies en est même une phobie. Du coup, les autres qui disent « avoir peur des zombies » n’ont effectivement pas trouvé les livres qui correspondaient à leurs attentes (parce qu’en vrai, elles apprécieront les livres de zombie, tout dépend de la thématique traitée, de l’angle de vue)

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      • Sia dit :

        Exactement ! C’est justement l’angle de vue que j’ai beaucoup apprécié dans Feed alors que je ne suis pas particulièrement fan des zombies, à la base (et hyper froussarde. Accessoirement ^^). Du coup, je lis des livres de zombies mais les films, c’est pas pour tout de suite 😀

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  7. […] beaucoup impressionnée avec Feed, le premier tome de sa trilogie zombiesque que j’ai littéralement adoré : moi qui ne suis […]

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  8. […] comme celle de L’Homme qui a vu l’homme, Bride Stories, Gardiens des cités perdues, Feed, L’Océan au bout du chemin et Le Livre de Perle (s’il fallait ne garder que 5 romans. […]

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  9. […] (tome 1), Blog-O-Livre (tome 1, tome 2, tome 3), Café Powell (tome 1), Du Ljuva Frihet (tome 1), Encres & Calames (tome 1), Imaginelf (tome 1, tome 2, tome 3), La tête dans les livres (tome 1), Le dragon galactique (tome […]

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