Les Damnés de l’asphalte, Laurent Whale.

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Quinze ans ont passé depuis l’invasion venue du Nord… mais le monde ne s’est franchement pas amélioré. La misère et la famine règnent sur un pays ravagé. Villes fantômes, bandes organisées, soldats de fortune et sectes d’illuminés en tout genre se partagent la route du Sud. Il faudrait être fou pour l’emprunter. Fou… ou déterminé.
Lorsque son frère est officiellement porté disparu, Miki, le jeune mécano, se met en tête de rallier la péninsule ibérique. A ses côtés, Toni, le pilote, et Cheyenne, le hors-mur, des alliés de taille !
Commence alors pour eux un périple à travers un pays en proie aux flammes et au chaos. Et, alors que les survivants se disputent les miettes de la civilisation, une menace resurgit des abysses du monde d’avant. Un cauchemar sans nom qui pourrait bien barrer la route aux damnés de l’asphalte…

Les Damnés de l’asphalte se déroule dans le même univers que Les Étoiles s’en balancent, mais 15 ans plus tard, et peut être lu totalement indépendamment – comme je viens de le faire. L’histoire commence lorsque Miki Costa décide de partir à nouveau à la recherche de ses frères disparus. Cette fois, c’est vraiment l’expédition de la dernière chance, la première s’étant soldée par un échec.

Le corps expéditionnaire – Toni le pilote, Cheyenne l’ex-hors-mur, et Vincent le jeune neveu plein de fougue – est prêt à affronter le chaos dans lequel est plongé le pays et qui sévit dès que l’on franchit les portes de Port-Leucate. La première chose que l’on peut dire sur Les Damnés de l’asphalte, c’est que l’ambiance post-apocalyptique est merveilleusement soignée. L’expédition partira à cheval (des Pyrénéens, un excellent choix, soit dit en passant) car le carburant a tout simplement disparu, et que la communauté a besoin de l’hélicoptère solaire. Les balles pour les nombreuses armes à feu sont issues du recyclage (qui nécessite donc de ramasser ses douilles), la nourriture est économisée (et de nombreux mets ne sont désormais plus qu’un lointain souvenir…) et le gîte n’est bien souvent qu’un petit bivouac forestier… Le récit fourmille de ce genre de petits détails qui, en passant, n’ont l’air de rien, mais contribuent à créer un panorama particulièrement riche et dense.
Les humains restants sont organisés en communautés, dans des cités souvent barricadées, où les étrangers ne sont pas les bienvenus. Si ce n’étaient les armes et la façon de parler, on pourrait penser qu’on est revenus au Moyen-Âge !

Et, malheureusement, force est de constater que l’Humanité n’a pas vraiment évolué : comportements bas-du-front, intolérance, bêtise profonde sont la loi commune. Il y a même quelques relents d’Inquisition, c’est dire ! On lit évidemment entre les lignes un portrait de notre propre société, dépeint au vitriol, mais malheureusement assez juste !
On l’a dit, le panorama est vraiment aussi soigné que fouillé, ce qui se lit aussi dans les dialogues :  la majeure partie de l’histoire se déroulant en Espagne, Miki et ses camarades vont avoir l’honneur de pratiquer la langue de Cervantès – mais tout est traduit, pas de panique. D’ailleurs, ce point m’a parfois perturbée, car les passages en espagnol… ne sont pas tous très académiques, qu’ils soient de Miki (qui baragouine, on lui pardonne) ou des locaux. Un reflet de la déconstruction avancée de l’univers ?

Nos personnages, sur la route de Tortosa, vont rencontrer de multiples embûches et, si le schéma de l’histoire est parfois répétitif (voyage, problème/rencontre, résolution -parfois musclée -, reprise de la route, voyage, etc.), on lit tout de même l’histoire avec autant de plaisir que de curiosité, avides que nous sommes de savoir comment la suite va tourner. Car Laurent Whale sait s’y prendre pour rendre un récit addictif : la plume est maîtrisée, le style soigné (et toujours adapté aux différents locuteurs et moments), c’est fluide ; vraiment, on lit Les Damnés de l’asphalte quasiment sans s’en rendre compte, tant c’est bien écrit ! Les paysages espagnols sont extrêmement bien rendus, et on visualise aisément les endroits traversés par nos aventuriers, à tel point qu’on a l’impression de chevaucher avec eux. Encore une fois, tout cela est vraiment vraiment soigné !
Chaque chapitre s’ouvre sur un extrait issu des média du futur : vidéos, journaux, conférences… les papiers sont signés de noms qui ne nous sont pas totalement inconnus, l’auteur ayant repris certains patronymes politiques ou journalistiques ! Chaque extrait touche un point particulier : économie, géopolitique, environnement et vient enrichir l’univers esquissé par Laurent Whale et, parfois, expliquer comment on en est arrivé à un tel point… Si l’univers des Damnés de l’asphalte est particulièrement soigné (y compris dans la critique des comportements humains), c’est probablement avec ces extraits que l’on atteint le point le plus fort de l’anticipation. Difficile de ne pas y voir quelques avertissements… et la proximité que l’on perçoit avec notre propre univers fait vraiment froid dans le dos (ce qui signale, à mon sens, combien le roman est réussi).

L’aventure est rondement menée, et le style y est probablement pour beaucoup. On n’a pas le temps de s’ennuyer, c’est vif, nerveux, et nos aventuriers n’y vont pas par quatre chemins : l’action est omniprésente, c’est plein d’adrénaline, du sueur, de coups de feu à tout va (un peu trop parfois d’ailleurs, surtout lorsqu’on sait combien les munitions sont comptées…), de rebondissements et d’émotions. Finalement, on en arrive à regretter, après la dernière page, que ce soit déjà fini : on en lirait bien un peu plus, d’autant que la fin semble assez rapide par rapport au fabuleux périple que l’on vient de suivre ! Mais ce n’est rien comparé à la qualité d’ensemble. Bref : ce road-trip est aussi convaincant qu’efficace !
En outre, les personnages sont plutôt bien campés ! On ne tombe pas dans les stéréotypes, ni dans des personnages fades. Les caractères sont fouillés et, tour à tour, on les trouve agaçants (quand Miki prend trop souvent les rênes des opérations), drôles, émouvants, ou angoissants (Cheyenne, par exemple) ! Leurs relations sont également bien travaillées : le roman, en plus d’être une aventure trépidante, est aussi une solide histoire d’amitié, ce qui n’est pas désagréable ! Cerise sur le gâteau : ce n’est pas qu’une aventure de mecs. Il y a des personnages féminins dans l’aventure et on ne tombe pas non plus dans le cliché de la faible femme qu’il faut protéger, bien au contraire. Et ça, franchement, ça mérite d’être souligné !

En somme, Les Damnés de l’asphalte est un excellent roman d’anticipation, nerveux à souhait, et extrêmement bien mené. C’est un road-trip bourré d’adrénaline et d’action, servi dans un décor post-apocalyptique particulièrement soigné et très visuel – cela ferait d’ailleurs un excellent film. Si l’intrigue est parfois un peu linéaire, on dévore tout de même l’aventure avec plaisir. Donc, si vous voulez lire un très bon post-apo, avec de l’action, des personnages fouillés, un portrait de la société sans concession, notez ce titre !

 

◊ Dans la même série : Les étoiles s’en balancent (1) ;

 

Les Damnés de l’asphalte, Laurent Whale. Illustration de Ronan Toulhoat. Critic, 2013, 483 p.

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Merci Bookenstock ! Si vous voulez en savoir plus sur ce roman, l’auteur répond actuellement aux questions des lecteurs chez Dup & Phooka !

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9 commentaires sur “Les Damnés de l’asphalte, Laurent Whale.

  1. Anaterya dit :

    Je découvre ce livre grâce à toi et ta chronique me donne envie.

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  2. Ça a l’air sympa, en plus la couverture de ce « tome » m’attire plus que le premier. Allez dans la wish-list. 🙂

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  3. […] captivée avec son road-trip post-apocalyptique sur les routes catalanes, Les Damnés de l’asphalte, que j’ai littéralement englouti, et au cours de son Mois de (toujours sur Bookenstock, on […]

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  4. […] le monde pour la catégorie SF-tout-court) : Feed, Mira Grant. Les Éclairés, Neal Shusterman. Les Damnés de l’asphalte, Laurent […]

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  5. […] débrouillard, dont la gouaille n’est pas sans rappeler les personnages croisés dans Les Damnés de l’asphalte ! Au gré des chapitres, on croise d’autres figures, mais c’est vraiment Karban qui […]

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