In the after, Demitria Lunetta.

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Amy est devant sa télévision quand le pire se produit, quand ILS attaquent. New York, Paris, Tokyo… Des créatures verdâtres et sans pitié déferlent, et dévorent les humains. Personne ne sait d’où ils viennent mais une chose est sûre : la population de la planète décroît dramatiquement en quelques jours à peine. À l’abri de la grille électrifiée de sa maison, Amy parvient à leur échapper…
Elle qui a perdu tous les siens parvient tout de même à recueillir Baby, une petite fille qui a miraculeusement survécu aux crocs acérés des nouveaux maîtres du monde. Trois ans qu’elles survivent en autarcie, quand d’autres survivants commencent à se manifester. Elles pensent alors que leur enfer est terminé… 

Pour une première lecture à base de zombies, on peut dire qu’In the After a fait très fort. L’«Après», c’est ce qu’est devenu la planète depuis que des créatures toutes vertes appréciant de croquer des humains ont débarqué d’un gigantesque astronef. Aliens, zombies ? On ne sait pas trop, mais une chose est sûre : le régime alimentaire des petits bonshommes verts a causé d’irrémédiables dommages dans la population humaine.
Amy a survécu. Grâce à ses parents, qu’elle trouvait naguère ringards, mais qui avaient eu le bon goût de rendre la maison autosuffisante (merci papa hippie), et parfaitement sécurisée (merci maman parano). Une maison dans laquelle elle recueille Baby, une enfant perdue, comme elle, qu’elle rencontre un peu par hasard,  et à qui elle s’accroche comme à une bouée de sauvetage.

Ensemble, les deux filles mettent au point des stratégies de survie : comment se ravitailler dans le silence le plus complet (car les créatures réagissent au bruit), comment économiser leurs maigres ressources, comment se protéger l’une l’autre. Et surtout comment communiquer. Baby est mutique et, de toute façon, la voix est proscrite. Les filles utilisent alors une langue des signes qui leur est propre, adaptant l’existante, inventant de nouveaux gestes. Du coup, la première partie du livre ne contient aucun dialogue, toutes les paroles étant narrativisées. Ce qui rend le texte d’une fluidité extrême, puisqu’il n’est jamais perturbé par les multiples incises nécessaires au bon déroulement d’un dialogue, et tout à la fois captivant et oppressant, car on imagine sans peine le silence assourdissant qui doit régner sur leur existence, et que l’on se met à sursauter au moindre frôlement. Et si, sur les premières pages, on peut trouver le système narratif perturbant, on s’y habitue très vite, et c’est avec plaisir que l’on adopte cette communication silencieuse.
Le silence est, de fait, un thème central dans ce roman : d’une part parce que c’est le mode de communication privilégié des deux filles ; d’autre part parce qu’entre (rares) survivants, on ne se dit pas tout. La méfiance est reine, les non-dits pullulent, et les secrets sont légion, empoisonnant l’existence avec à peu près autant d’efficacité que les créatures qui attendent dehors – voire plus, pour certains.
On se rend compte assez vite qu’une société en perdition n’a pas moins de secrets qu’une société bien portante.

L’intrigue joue sur l’aspect survie, décliné tout au long des trois parties qui le composent : des expéditions pour trouver de quoi manger aux brèves rencontres avec d’autres (rares) survivants, tout y est. Et le roman pose à nouveau de judicieuses questions : que devient l’être humain lorsqu’aucun cadre ne régit plus ses interactions ? Vu ce qui est présenté dans In the After, rien de très enviable… La survie implique-t-elle des systèmes aux lois drastiques, effaçant l’individu au profit du collectif ? Ce qui est intéressant, c’est qu’on retrouve vraiment le thème de la survie de l’humain dans chaque partie, quoique sous différentes formes, avec des passages tantôt révoltants, et d’autres bien plus émouvants. Finalement, ce n’est pas parce que les personnages semblent être en sécurité que c’est réellement le cas, et l’auteur revient toujours aux thèmes centraux, par des moyens détournés.
Le roman passe par des genres variés, tout du long des trois parties. Si la première est particulièrement axée sur la survie et distille l’horreur au gré des pages, les deux suivantes flirtent allègrement avec la dystopie, en traitant des questions d’ordre plus politique. La narration, elle aussi, est variée, mêlant récit de l’instant et incursions dans le passé et le présent, qui dynamisent une histoire déjà sous tension. Des trois parties, c’est très certainement la première qui est la plus oppressante, à cause du silence qui règne, et de la menace permanente des créatures. La fin du livre est oppressante pour d’autres raisons, mais  de façon nettement moins intense que la première partie. Ceci étant, le récit conserve sa nervosité tout du long, ménageant suspense et ambiance glaçante, et il se dévore sans façons !

L’intrigue est donc haletante et, si les révélations ne s’avèrent pas toujours surprenantes (notamment les dernières), c’est avec autant de curiosité que d’angoisse que l’on découvre l’aventure. La palette de personnages est vraiment excellente : les tenantes de l’affiche, Amy et Baby, sont furieusement attachantes. Amy, courageuse, impulsive, et ne sachant pas toujours faire au mieux pour son bien est une excellente héroïne pour un roman post-apo : le personnage est fouillé, ses choix motivés, et on comprend parfaitement ses raisonnements. Baby, muette, discrète, suivant Amy comme son ombre, est le parfait pendant de l’adolescente qui la prend en charge : c’est un duo extrêmement efficace, original dans sa distribution et qu’on a du mal à lâcher.

In the after est donc un gros coup de cœur : pour les personnages, bien entendu, pour l’ambiance si particulière et au silence tellement angoissant, pour l’intrigue bien menée, et pour les questions que pose le roman. Bien que la fin du premier tome ait permis de résoudre un certain nombre de points (l’opus étant riche en révélations fracassantes), la fin est très surprenante et laisse le lecteur avec une conclusion particulièrement intéressante. In the after est un roman adolescent, post-apocalyptique, avec des zombies, mais c’est bien plus que cela : c’est un roman de survie, avec son lot de trahisons, de déconvenues et de petites joies du quotidien. Un roman sombre et prenant à souhait, émouvant quand il le faut, porté par une palette de personnages très réussis et une intrigue parfaitement ficelée, malgré quelques développements que l’on voit venir, mêlant avec brio l’ambiance post-apocalyptique, le désir de survie, et les interrogations existentielles. En somme, une réussite, et on a hâte de lire le second tome !

 

In the after, premier volume, Demitria Lunetta. Traduction de l’anglais par Maud Ortalda. Lumen, 2014, 409 p.

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25 commentaires sur “In the after, Demitria Lunetta.

  1. Cornwall dit :

    C’est bien que le premier roman « zombies » que tu lises tu ressortes avec une bonne opinion. Tu aurais commencé par un mauvais, ça aurait difficile d’y prendre goût ^^

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    • Sia dit :

      Oh oui ! Déjà que j’étais un poil réticente à l’idée des zombies, je suis contente d’être tombée sur un titre qui m’a vraiment plu. Je n’avais pas réussi à me décider à lire Vivants d’Isaac Marion, parce que la romance me tentait pas des masses. Là, Amy se contente de les trucider, les zombies, donc c’était parfait – et si c’était prenant et oppressant, ce n’était pas flippant à mort !

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  2. Ce n’est pas mon genre d’habitude, mais là il me tente bien 🙂

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  3. Flora dit :

    Ce roman est une petite bombe ! Je retrouve tout à fait mon ressenti dans la chronique, avec un coup de coeur pour la première partie (comme beaucoup d’autres lecteurs)… Amy et Baby forment un duo de la mort, l’atmosphère post-apo est super réussie, bref, vivement la suite parce que la fin pose pleiiiin de nouvelles questions. 😉

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  4. Milo dit :

    Je le lirais probablement en VO ^^

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  5. Une excellente dystopie, ta chronique est excellente 🙂 !

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  6. Ce livre fait partie de ma sélection pour le Hallowctober !! Du coup, ton avis me donne encore plus envie de me plonger dedans très vite 😀 J’ai hâte !! J’espère être aussi emballée que toi !

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  7. plumedecajou dit :

    Comme toi, j’ai bcp bcp bcp aimé ce silence très angoissant et je me suis dit plusieurs fois que ce serait sympa au ciné, tout ce silence, entrecoupé de sons effrayants comme l’alarme de son sac ou la clôture électrique 😀
    Un roman que je conseillerai autour de moi car il est vraiment bien ficelé et haletant !
    Cajou

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  8. Escrocgriffe dit :

    Encore une belle critique qui donne envie, décidément ce roman semble incontournable ! Je note…

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  9. totorotsukino dit :

    sans que ça soit un coup de coeur comme toi c’est vrai que j’ai beaucoup aimé 🙂

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  10. […] Si le duo se montre parfois attachant, ils sont loin d’avoir le charisme de la paire Amy-Baby… Décidé à survivre, Jules intègre avec la fillette (la seule fillette à avoir survécu, […]

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