Mon père est parti à la guerre, John Boyne.

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28 juillet 1914. La guerre gronde. C’est aussi l’anniversaire d’Alfie, qui fête ses 5 ans. Georgie, son père, promet qu’il ne s’engagera pas. Et rompt la promesse dès le lendemain. 
Quatre ans plus tard, Alfie ignore toujours où son père se trouve, et n’a plus de nouvelles depuis deux ans. Sa mère prétend qu’il est en mission secrète pour le gouvernement.
Tout ce qu’Alfie veut, c’est retrouver son père. 

Vous n’ignorez sans doute pas que, en cette année 2014, nous célébrons le centenaire du lancement de la Grande Guerre, la «der des der», comme on l’a souvent appelée. Les éditeurs ont donc accordé leurs programmes avec cette commémoration et, sur le blog, c’est avec Mon père est parti à la guerre de John Boyne, qui vient de paraître chez Gallimard Jeunesse, qu’on ouvre le bal. L’auteur avait déjà écrit le très remarqué Le garçon en pyjama rayé.

Mon père est parti à la guerre est donc l’histoire d’Alfie, 5 ans au tout début de l’histoire, et qui voit partir son père au front. Le jour de son anniversaire. De quoi se forger de super souvenirs ! Quatre ans plus tard, il est sans nouvelles et plus déterminé que jamais. À 9 ans, Alfie est un jeune garçon très courageux, et travailleur pour deux. Débrouillard, il est entêté, et c’est son opiniâtreté qui va le servir.
Le sujet central de son roman, c’est donc la vie à l’arrière, dans toutes ses acceptions et quoique le titre et le début du roman puissent le laisser penser, Alfie ne sera pas le seul héros de cette histoire.

Il va bien sûr être question du travail des femmes : la propre mère d’Alfie se voit obligée de faire des gardes à l’hôpital en plus des lessives qu’elle fait déjà. Côté travail, Alfie n’est pas en reste. Mais la guerre, ce n’est pas que les femmes mises dans les usines et à des postes clefs : c’est aussi l’expulsion de tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un étranger ; c’est aussi le travail des enfants ; c’est également le retour de méthodes d’enseignement barbares et archaïques ; c’est encore les terribles comportements des gens vivant à l’arrière : l’intolérance envers les objecteurs de conscience, le mépris envers les hommes jeunes ne portant pas l’uniforme. On découvre un peuple uni par l’effort de guerre, et intolérant envers quiconque semble bafouer cet effort. On découvre surtout des sujets peu traités, et globalement pas trop ébruités à l’époque des faits.

La vie à l’arrière est admirablement rendue ; la plume de John Boyne déroule les scènes, analysant les sentiments d’Alfie, qui conduit l’histoire avec une grande finesse. Alfie est consciencieux, courageux, et travailleur, certes. Mais il reste un petit garçon. Certaines scènes sont remplies d’émotion, et on a du mal à imaginer nos propres réactions dans les mêmes situations, tant le sujet est dur. Dur, mais admirablement traité. Toutes les problématiques sont perçues en un clin d’œil, et l’auteur rend merveilleusement hommage aux soldats victimes de profonds traumatismes psychiques : un autre sujet tabou (quasiment sacrilège) à l’époque, et qui a dû attendre de longues années avant d’être reconnu à juste titre.

L’auteur ne censure pas l’horreur de la guerre, et en étudie les conséquences tant sur les soldats que sur les civils. Et ce qui est intéressant, c’est que bien que son protagoniste soit un enfant, l’auteur évite de raconter cette histoire de façon enfantine ou trop légère. Alfie ne comprend pas toujours immédiatement de quoi il est question, ou les enjeux des situations qui se proposent à lui. Mais il parvient toujours à comprendre, et c’est tant le cheminement que les découvertes qui sont passionnantes. Ses réflexions sont pleines de bon sens. Tous les personnages sont bien choisis, bien construits et très représentatifs du panorama que dresse l’auteur. Le style est fluide, la narration merveilleusement menée, le récit pudique, subtil, percutant et émouvant. C’est du grand art ! Si la fin est tout à fait satisfaisante, on ne peut toutefois se départir d’un sentiment de tristesse : si Alfie a neuf ans en 1918, cela signifie qu’il en aura trente en 39… 
En bref, John Boyne signe là un excellent roman !

Mon père est parti à la guerre, John Boyne. Gallimard, 25/04/2014.
9/10

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12 commentaires sur “Mon père est parti à la guerre, John Boyne.

  1. Belledenuit dit :

    Voilà qui me tente beaucoup. Je ntoe

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  2. Escrocgriffe dit :

    « si Alfie a neuf ans en 1918, cela signifie qu’il en aura trente en 39…  » C’est là où on se rend compte que ce XXe siècle a été d’une horreur sans nom… 😦

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    • Sia dit :

      Oui, c’est vraiment affreux. D’autant que le roman finit sur une belle note d’espoir, mais ça m’a juste filé le cafard pendant que je faisais mes petits calculs.

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  3. faelys dit :

    sur ma table de chevet ce roman attend sagement que je digère tous ces titres qui déferlent sur le sujet 14-18 et qui me font (déjà) frôler l’overdose, aussi bons soient-ils…

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  4. Manon S.R dit :

    Un livre que j’ai vraiment envie de lire ! Si tu aimes bien ce genre de thème avec de la romance, je te conseille Le serment du Titanic qui a été un coup de coeur !

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  5. Anne59 dit :

    il me plait bien celui-ci!

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  6. Manon Marie dit :

    Je trouve que la couverture est très belle. Merci pour cette chronique qui donne envie de découvrir ce livre 🙂

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