Le Sang des papillons, Vivian Lofiego

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Argentine, 1976. Aux lendemains du coup d’état, une Junte militaire commandée par Videla, Massera et Agosti prend le pouvoir. S’installe alors un climat délétère : les opposants de gauche et leurs proches sont traqués comme des bêtes, se terrent comme ils peuvent. La méfiance entre voisins règne, les gens sont terrifiés. 
Tamara n’a que sept ans et, pour elle, la dict ature n’est qu’un lointain concept ; elle vit son époque avec un candide regard enfantin. Une nuit, Tamara assiste à l’enlèvement brutal de son père : emmené de force, il est frappé, jeté dans une voiture, disparaît en un rien de temps. Tamara ne le reverra jamais. Ana, sa mère, sombre dans le désespoir, et se coupe de tout, y compris de sa fille. Angélica, la grand-mère, tente de soutenir la famille. Mais le poids du silence est écrasant.

 

La première chose qui frappe dans Le Sang des papillons, c’est la plume extrêmement délicate et poétique de Vivian Lofiego. Plume qui offre un contraste saisissant avec le contenu, sombre et empreint d’une violence contenue.
La nuit où elle assiste à l’enlèvement de son père, Tamara prend pleinement conscience que l’ont peut disparaître en un clin d’œil, sans que personne n’y trouve rien à redire.

Peu à peu, le silence englobe Tamara, et elle vit enrobée de cette chape de plomb. Tamara ne doit pas parler de ce qu’elle a vu, de ce qu’il s’est passé, et doit bien se garder de dire les mauvaises choses aux mauvaises personnes. Parallèlement, sa mère s’enfonce dans le désespoir, et cesse peu à peu de s’intéresser à Tamara, ou même de lui parler. La fillette sombre alors dans un silence de plus en plus pesant. C’est ce silence que questionne l’auteur ; silence qui n’empêche pas Tamara  d’imaginer sans relâche, le retour de son père, et de se lancer dans une quête assidue de la vérité. Dès lors, on n’ignore rien de ses nombreux rêves, concernant l’endroit où peut bien se trouver son père – forcément ailleurs, en sécurité, dans un lieu nécessairement enchanteur.
On n’ignore rien non plus de ses brutales prises de conscience et désillusions qui, peu à peu, dessillent le regard innocent de la fillette et instillent dans son esprit de cruels doutes.

En toile de fond, donc, la dictature argentine. Mais cette Histoire n’est là vraiment que comme un décor lointain : du haut de ses sept ans, Tamara est trop jeune pour comprendre de quoi il retourne. Mais la Tamara adulte, celle qui écrit, des années plus tard, à sa grand-mère Angélica, est capable de comprendre. De comprendre, avec recul, ce qu’a vécu le peuple argentin dans le silence international. Et de s’interroger sur l’impact que cela a eu sur sa propre vie, et celle de ses concitoyens.

Malgré ce lourd questionnement, et le sujet plein d’horreur, Le Sang des papillons est loin d’être un réquisitoire. On s’attache plus au portrait d’une enfance brisée, et à celui d’une nation lourdement endeuillée. La plume délicate de Vivian Lofiego, si elle rappelle la fragilité de la jeune Tamara, dresse un portrait émouvant, et livre un roman profond. Sans acrimonie, sans blâme, mais avec une immense justesse. C’est bien ce qui fait toute la beauté et la profondeur du texte.  

 

 

Le Sang des papillons, Vivian Lofiego. Traduction de Claude Bleton. JC Lattès, 2014, 279 p.
9/10. 

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