Le Baiser du rasoir, Daniel Polansky

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Il y a eu la vie dans la rue. Il y a eu la peste. Il y a eu la guerre. Il y a eu la magie… Prévôt a tout vu, et parfois pire encore. Il a survécu. 
Désormais, il règne sur le sordide quartier de Basse-Fosse, où les hors-la-loi sont rois, et les femmes souvent fatales. Après avoir été guerrier, puis agent de la Couronne, Prévôt est devenu dealer. Un des meilleurs. Les faibles et les puissants se l’arrachent. Le reste du temps, Prévôt fait régner la loi sur son territoire. C’est un dur, et personne n’en doute. 
Et puis il y a cette petite fille qui disparaît, et dont on retrouve le corps sans vie. Puis une autre. Et encore un autre enfant. Les agents de la Couronne ne semblent pas bien pressés de résoudre une affaire qui s’annonce longue et difficile. Mais Prévôt n’a pas l’intention de laisser ces crimes impunis, et ré-endosse son rôle d’enquêteur. S’engage alors un dangereux jeu de piste… où le chasseur pourrait bien servir de proie. 

Basse-Fosse. Merveilleux quartier d’une non moins plaisante cité. Après avoir été capitaine dans l’armée, Prévôt fait régner sa loi dans le quartier. Mais pas en tant que représentant de la maréchaussée, non. Prévôt deale, pour les riches et les moins riches, les substances illicites en vogue à Rigus : souffle de farfadet, cep de rêve, et autres herbes hallucinogènes font partie de son fond de commerce. Fort en gueule, cynique et désabusé, Prévôt est un dealer respecté.
On l’aura compris, le personnage tient plus de l’anti-héros que du glorieux protagoniste, mais c’est ce qui fait tout son charme. Jamais à court de traits d’esprits marqués d’humour noir, il porte sur son univers et sa condition un regard sans complaisance et désenchanté.

Cet univers, justement, est extrêmement riche, tant du point de vue historique que du point de vue des personnages. L’ennui, c’est que tout cela manque un peu d’explications : d’innombrables races et créatures se côtoient, sans qu’il y ait suffisamment de descriptions pour qu’on sache exactement qui ressemble à quoi, d’où viennent les différents protagonistes, et pourquoi autant d’ethnies aux mœurs, croyances et cultures si différentes se côtoient dans le mouchoir de poche qu’est réellement Basse-Fosse. Du coup, on manque un peu de perspective. On aimerait savoir, par exemple, pourquoi les hérétiques – dont les noms ont de fortes consonances asiatiques – sont immédiatement soupçonnés des meurtres qui entachent Basse-Fosse, sans avoir à se contenter de leur statut d’hérétiques.

Cela mis à part, on se régale d’une galerie de personnages variés : entre le dealer blasé, l’ex-soldat reconverti en tavernier débonnaire, le gamin des rues débrouillard, la jeune magicienne ambitieuse, ou le chef des triades hérétiques, le choix est vaste.  Et les ambiances sont à l’avenant : quartier défavorisé, arrière-boutiques des chefs de la pègre ou soirées décadentes de nobles en mal de sensations fortes, tout y est. Là-dessus se greffe l’enquête sur les assassinats d’enfants, menée tambour battant de rebondissements en trahisons. Si le contexte, les personnages, l’univers et les ambiances sont riches et travaillés, l’enquête laissera peut-être les amateurs de thriller sur leur faim, son déroulement étant un peu classique. Quoi qu’il en soit, l’univers, les personnages et les histoires entretissées valent largement le coup.

Porté par un personnage atypique, cynique et désabusé, Le Baiser du rasoir est un roman dense, à la narration nerveuse et acide. Mêlant fantasy et thriller haletant, Daniel Polansky propose un premier roman enthousiaste et bien mené, même si la révélation finale pourra être devinée à l’avance par les amateurs de thriller. Basse-Fosse présente un univers minutieusement pensé, dans lequel on ne peut s’empêcher de voir une critique implicite de notre société, pour ne pas citer nommément certaines grandes cités.  En somme, voilà un roman qu’on lit avec plaisir, tant le personnage principal est charismatique et porte merveilleusement ce récit. Voilà un auteur à suivre !

À ne pas rater : la chronique de Licorne, partenaire de lecture !

Titre lu en partenariat avec Livraddict et les éditions Folio : merci à tous!

 

Basse-Fosse #1, Le Baiser du rasoir, Daniel Polansky. Traduction : Patrick Marcel.Folio SF, 2014 (VO 2011), 465 p.
7,5/10

 

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8 commentaires sur “Le Baiser du rasoir, Daniel Polansky

  1. licorne dit :

    Je suis contente de voir que nous avons eu un ressenti assez identique, je regrette un peu ce manque de profondeur moi aussi, autour de l’intrigue et de certains personnages secondaires … Mais cela s’étoffera peut-être dans les tomes suivants.. Je ne sais pas si je continuerai l’aventure, j’ai d’autres héros taciturnes à suivre qui me « bottent » plus ! A suivre !

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    • Sia dit :

      Quand je l’ai lu, je me suis laissée avoir (mais je dormais à moitié), et quand j’ai vu la résolution, je me suis dit « Ah bah oui, forcément ! ».  Mais j’ai vraiment aimé le personnage, la cité, l’univers, même s’il manque un peu d’explications. Je pense que je continuerai l’aventure =)  

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  2. Escrocgriffe dit :

    Les personnages ont l’air d’être des anti-héros vraiment intéressants ! Je note 😉

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    • Sia dit :

      Oh oui, côté personnages, c’est vraiment intéressant, notamment Prévôt, qui est l’anti-héros par excellence. Son assistant a un petit côté Oliver Twist.

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  3. BlackWolf dit :

    Un livre avec pas mal d’aspects intéressants, même si l’univers se révèle très vaste et trop peu expliqué, mais voila l’histoire se révèle clairement sans surprise et la fin m’a paru assez improbable comme si l’auteur voulait trop en faire. Ca reste un bon divertissement.

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    • Sia dit :

      Oui, et la fin est un peu abrupte, en fait. On cherche pendant des chapitres, et la situation est résolue en deux coup de cuiller à pot, c’est un peu frustrant. Mais, comme tu le dis, c’est un bon divertissement : en dehors de ces quelques récriminations, j’ai vraiment passé un bon moment avec ce titre, et je poursuivrai volontiers la série. 

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  4. Je te rejoins sur 2 choses : – L’univers est fouillis et on pourrait s’y perdre par manque d’attention. J’attends vraiment du second tome plus de précisions. Mais c’est un univers qui est par ailleurs super intéressant de part sa variété. – Le personnage (anti héros oui!) de Prévôt est extrêmement plaisant. C’est tout à fait vrai qu’il porte (quasiment) à lui tout seul l’histoire. J’ai aimé sa personnalité, ses réparties. J’ai aussi bien apprécié les personnages secondaires tels que son ami l’aubergiste et le gamin qui lui colle les basques ^^ Peut-être que ce titre n’est pas parfait pour les amateurs du genre mais pour moi qui lis peu de fantasy, je l’ai trouvé bon et distrayant. Je lirai la suite 🙂

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    • Sia dit :

      Alors moi c’est l’inverse, c’est parce que je lis peu de polars que j’ai apprécié ! Comme quoi… x) Ma chronique paraît peut-être négative, mais j’ai vraiment apprécié cet univers hyper fouillé (quoiqu’un peu fouillis), et j’ai aussi apprécié les personnages. Je pense également lire la suite parce que, vu comment a tourné cette enquête, la suivante s’annonce compliquée ! 

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