Du sang sur Abbey Road, William Shaw.

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Londres, 1968. Le cadavre d’une jeune femme, inconnue, est retrouvé dans les ordures d’une résidence. Chargé de l’enquête, l’inspecteur Cathal Breen s’interroge : qui est cette adolescente ? Une fan des Beatles ? Pourquoi sa disparition n’a pas été signalée ?  Pourquoi personne ne réclame-t-il le corps ? Son meurtre a-t-il un rapport avec l’emménagement récent de cette famille de Biafrais exilés, luttant pour l’indépendance de leur pays, comme semble le croire la voisine ? 
Vieux garçon tentant de sauver sa carrière, Cathal Breen a bien du souci à se faire. Et les affaires ne s’arrangent pas lorsqu’on lui colle comme adjoint… la première femme inspecteur de la brigade, une grande et belle femme libérée. 
Sous les paillettes et les strass, le duo d’inspecteur pourrait bien révéler de sordides affaires… 

Quelle claque ! Du sang sur Abbey Road est un grand polar, mené de main de maître.
Dès les premières lignes, on est saisi par une ambiance parfaitement restituée. Très documenté, le contexte est saisissant de réalisme. Oubliez les strass, les paillettes, le mouvement Peace & Love, la musique pop fédératrice et la libération des mœurs. 1968 à Londres, c’est le choc des cultures et des générations : la jeune, celle qui écoute de la musique pop, ne rêve que de progrès et d’évolution, alors que la vieille garde s’offusque devant des mœurs plus libres, perçues comme un insupportable étalage de débauche.
Cathal Breen, inspecteur à la criminel, est un vieux garçon qui vient de perdre son père. Un acte de lâcheté vient, de plus, d’entacher gravement une carrière déjà fragile. Dépassé par son époque, par le comportement et les rites de ses collègues, Cathal Breen est à deux doigts du banc de touche. La cohabitation avec sa nouvelle adjointe, première et seule femme de la brigade criminelle n’arrange donc pas du tout ses affaires. D’autant que sa jeune collègue, grande, belle, au caractère affirmé, fan des Beatles et pro-évolution, va chambouler rapidement sa visions des choses, et provoquer d’intenses questionnements chez lui. Cette jupe est-elle bien honorable ? Ce maquillage, si joli sur elle au demeurant, est-il bien convenable ?
Du sang sur Abbey Road dessine donc la charnière entre deux époques, en reprenant les élans d’enthousiasme, les questionnements profonds, et les bouillonnements de cette si particulière période. L’ambiance est tout simplement magistrale.

Là-dessus vient donc se greffer une enquête particulièrement intense, aux ramifications innombrables : l’intrigue est dense, et le suspens tenu de bout en bout, ce qui fait qu’à quelques chapitres de la fin, on se demande encore comment tout cela va bien pouvoir se goupiller, et quel mystère nous réserve l’auteur. Car, au-delà de l’enquête sur la mort de cette jeune inconnue, se greffent beaucoup de thèmes : la question des fans de pop-music (Beatles en tête), ces jeunes qui ne respectent plus les voies tracées par leurs aînés, un climat social tendu empreint de sexisme, de racisme et de xénophobie (et tout un tas d’autres termes aux consonances désagréables) affirmés, et surtout, cette guerre au Biafra, incarnée par le couple venant d’emménager juste derrière la scène de crime. Tout cela crée un incroyable creuset de faits, de réflexions, ou de digressions qui alimentent aussi bien l’intrigue que l’ambiance : Du sang sur Abbey Road est un roman très complet, très dense, mais tellement bien réalisé qu’on se coule dans l’univers sans aucune difficulté, tant la restitution est bonne. C’est tout simplement époustouflant.
La galerie de personnages vaut également le détour : tous sont complexes, et tous ont une importance dans l’histoire. Le duo d’inspecteurs, notamment, est très touchant, et on les suit avec autant de plaisir que de facilité – surtout lorsqu’ils se montrent aux antipodes l’un de l’autre.

Si vous appréciez les romans noirs denses et bien construits, Du sang sur Abbey Road est fait pour vous. Portée par un style nerveux et des dialogues enlevés, l’intrigue maintient en haleine de bout en bout : jusqu’aux dernières pages, on se demande qui a fait quoi, au juste, dans cette histoire. Les personnages, de leur côté, sont intéressants et touchants, et charrient eux-mêmes leur lot d’histoires particulières et bien menées, qui viennent alimenter l’intrigue principale. Roman d’ambiance, enquête sombre, personnages complexes, tout est réuni pour faire de ce premier polar de William Shaw une réussite totale. Mettant à profit une ambiance merveilleusement restituée, l’auteur propose tant une intrigue policière qu’un portrait social d’une époque largement fantasmée. Il n’y a pas à dire, c’est du grand art !

 

Du sang sur Abbey Road, William Shaw. Escales (noires), janvier 2014, 424 p.
 9/10. 

 

4 commentaires sur “Du sang sur Abbey Road, William Shaw.

  1. Anaterya dit :

    Ce livre m’est passé entre les mains aujourd’hui, et il m’intriguait. Merci donc pour cette chronique qui me donne définitivement envie de m’y plonger ^^ (Par contre, c’est xénophobie, pas xénophobisme :p)

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