Alera, Cayla Kluver.

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À la perspective d’épouser l’homme que son père a choisi pour lui succéder à la tête du royaume d’Hytanica, la princesse Alera a la désagréable impression qu’on lui impose un destin dont elle ne veut pas. À quelques mois de la date fatidique, le cœur d’Alera balance entre deux prétendants, dont un seul a la faveur de son père, le roi, à qui reviendra le choix final. Prise au piège de son cœur, ballottée entre passion et raison, empêtrée dans les secrets d’état qu’elle détient malgré elle, et terrifiée à l’idée d’une funeste guerre avec le dangereux pays voisin, Cokyri, Alera hésite entre l’honneur du royaume et son devoir, et ses désirs profonds.

Alera est le premier roman de Cayla Kluver, et a été écrit alors qu’elle n’avait que 16 ans, ce qui explique l’aspect quelque peu immature de ce début de saga.
Alera est donc la princesse du royaume d’Hytanica, un royaume de type féodal tout ce qu’il y a de plus classique, manifestement dépourvu de magie ou de créatures exotiques, gouverné par les hommes, et au sein duquel les femmes sont quantité négligeable. Ce qui explique peut-être pourquoi la princesse Alera se comporte fréquemment comme une godiche et ne fait preuve d’aucun sens critique. Bourrée de préjugés, elle est tout simplement bornée et plaque ses jugements à l’emporte-pièce sur ses concitoyens, et fait preuve d’une incroyable (et souvent insupportable) naïveté tant dans ses pensées que dans ses actes.
Son prétendant, Steldor est, de son côté, un insupportable macho : avec un environnement comme celui dans lequel ils ont grandi, il fallait s’y attendre. Heureusement, l’auteur nuance agréablement le jeune homme sur la fin du roman ; il eût été extrêmement dommage que l’on reste avec un Steldor aussi monolithique qu’au début, et la fin nous donne à penser que c’est un personnage nettement plus complexe que ce qu’il semble être. Alera, de son côté, manque un peu de nuances, et c’est dommage : trop effacée, puis trop prompte à s’emporter, elle n’écoute que ses émotions et c’est assez agaçant car elle manque totalement de discernement. Le troisième personnage central, Narian, souffre lui aussi d’un cruel manque de nuances, et s’avère tout aussi agaçant que son rival, le suffisant Steldor.
La galerie des personnages est assez fouillée, même si l’on croise de-ci de-là quelques clichés. L’auteur s’attache à bien définir chaque personnage, et à les doter d’un minimum de consistance, ce qui fait la richesse du roman : loin d’évoluer devant des figures de carton-pâte, nos trois protagonistes sont entourés de figures riches et complexes – quoique pas toujours nuancées.

L’histoire, autour du choix du mari d’Alera, repose essentiellement sur l’intrigue amoureuse : sans surprises, Alera passe d’hésitations en hésitations. De plus, les femmes étant quantité négligeable, elles n’ont accès à aucun poste-clef, ce qui limite clairement ce que l’on voit et perçoit de cet univers. Alera tâche donc de capter des informations : courses, thés mondains, soirées, tout est bon à prendre. Un autre stratagème, plutôt bien vu, nous permettra d’en savoir un peu plus sur ce qu’il se déroule à l’extérieur, et sur l’intrigue politique. Néanmoins, il faut reconnaître que le roman souffre de quelques moments de creux : c’est assez long, parfois quelque peu ennuyeux, d’autant que l’on perçoit que l’intrigue politique est nettement plus intéressante que le choix du prétendant d’Alera, ce qui est parfois frustrant. On sent qu’il y a matière à développer : Hytanica est un royaume gouverné par les hommes tandis que Cokyri, le dangereux voisin, ressemble à s’y méprendre à un matriarcat ; peut-être en saura-t-on plus dans la suite car ce qu’on a là nous laisse un peu sur notre faim.
L’univers reste extrêmement classique, et un peu trop calqué sur la réalité : la religion pratiquée ressemble à s’y méprendre au catholicisme, et le calendrier tout ce qu’il y a de plus réel, sans aucune invention, ce qui est assez déroutant : on aurait apprécié un peu plus de fantaisie, d’autant que l’univers rappelle fortement celui des contes de fée.

Malgré tout, l’histoire se lit sans difficultés, et avec même un certain entrain, car on a envie de savoir ce que choisira de faire l’infortunée princesse, et comment va tourner le conflit politique. Le style, pas toujours maîtrisé, est cependant fluide, et la lecture est assez prenante.
L’univers est de facture très classique, le récit un peu convenu, mais la galerie de personnages fouillés fait toute la richesse du roman. Si la romance peut laisser de marbre, les quelques nuances introduites à la fin du volume corrigent le tir. Malgré ses petits défauts (dus à la jeunesse de l’auteur ?), Alera est un roman divertissant, facile à lire, et qui intrigue suffisamment pour donner envie d’en savoir plus tant sur l’histoire des personnages que sur cet univers !

Alera #1, Cayla Kluver. Éditions du Masque (MsK), 2010, 454 p.
6,5 /10. 

 

2 commentaires sur “Alera, Cayla Kluver.

  1. Anne dit :

    Je l’ai lu il y a qqch comme 2 ans à peu près, et le 2 dans la foulée, et j’avais plutôt bien aimé (même si je dois dire que je m’en rappelle peu :s ). Un peu le même avis que toi ds l’ensemble. Ah, et j’ai le 2 si tu veux que je te le prête 😉 

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