Dans la nuit blanche et rouge, Jean-Michel Payet.

dans-la-nuit-blanche-et-rouge-jean-michel-payet

Pétrograd, février 1917. La comtesse Tsvetana Kolipova, 17 ans à peine, s’apprête à monter sur la scène du théâtre Mariinsky, dans une interprétation de Giselle, avec les autres élèves de l’école de danse. Pourtant, elle pense à la guerre qui épuise le pays, et affame les habitants. Elle rêve d’un monde plus juste, moins arbitraire, et collabore à une revue clandestine de poésie. En cherchant le message qu’elle doit réceptionner, elle met brutalement au jour un lourd secret de famille qu’elle était loin de soupçonner, et qui chamboule tous ses repères : quelque part, elle a une demi-sœur cachée, et celle-ci est dans les ennuis jusqu’au cou.
Tsvetana se lance alors à sa recherche, à celle d’une mystérieuse bague aux pouvoirs surnaturels et que beaucoup de personnes convoitent avec, sur ces traces, le non-moins énigmatique Roman Vrabec, jeune homme qui semble avoir traversé les époques, et dont le destin semble coller à celui de Tsvetana.
Des premières émeutes populaires à l’exécution sommaire des Romanov, des contreforts de l’Oural au froid de la Sibérie Occidentale, c’est un long voyage qui attend la jeune comtesse.

Révolution russe, lutte des classes, légende intemporelle, pouvoirs surnaturels : Dans la nuit blanche et rouge surprend par le mélange des thèmes et contient du bon et du moins bon.
Au premier titre des points qui fâchent, il y a ce mélange assez improbable entre roman historique et fiction fantastique, cette dernière arrivant un peu comme par hasard, presque comme un cheveu sur la soupe, alors que l’intrigue historique et la quête de Tsvetana sont bien lancées. En plus de chercher sa sœur cachée, la jeune comtesse se retrouve sur les traces d’un bijou permettant d’accéder à l’immortalité et, par la même occasion, sur les traces d’un mystérieux (mais beau) jeune homme, légitime propriétaire de l’anneau, et lui-même à sa recherche.
Du coup, on ne sait pas trop sur quel pied danser dans un premier temps : est-ce un roman fantastique ? Est-ce un roman historique ? Ni l’un ni l’autre ? Difficile de trancher.

Les deux intrigues sont pourtant bien entremêlées : la révolution russe est là en toile de fond, mais c’est une toile bien documentée, et bien exploitée. Honnêtement, on s’y croirait. Si la révolution russe vous semble extrêmement dense et compliquée à assimiler, ce roman pourrait bien vous sauver la mise : en tant que russe blanche (les russes monarchistes, souvent les nobles aristocrates) aux idées plutôt rouges (révolutionnaires, traditionnellement le prolétariat), et trouvant des choses à redire aux idéaux et méthodes des deux camps, Tsvetana nous permet d’englober tout le conflit, et d’en comprendre les tenants et aboutissants. De même, par sa naissance, son éducation, et ses idéaux, Tsvetana est amenée à côtoyer toutes les couches de la société : ballets russes, soirées huppées chez les aristocrates, académies militaires, usines, armées, tout y passe.
Ceci étant dit, le choix de la protagoniste peut laisser dubitatif : Tsvetana est très jeune (17 ans) et pose sur le monde un regard un peu trop adulte. De plus, si son absence de choix de camp est admirable et très noble, cela semble assez difficile à mettre réellement en pratique : Tsvetana a l’art et la manière de se sortir inopinément de toutes les situations, souvent grâce à l’arrivée (à point nommé) d’un autre personnage qui lui sauve la mise, ce qui n’est certainement jamais arrivé dans la réalité.

La narration alterne les points de vue : celui de Tsvetana ; celui de Grigori Tarakhan, un policier de l’Okhrana, la police secrète, aux motivations plutôt troubles ; et celui d’un certain Yéchoua, qui écrit à sa femme et à sa fille décédées, et qui ne semble motivé que par une mission de vengeance, liée à son passé douloureux. Ce dernier personnage semble un peu superflu : moins travaillé, il répète souvent la même chose, coupe systématiquement le récit, et sert artificiellement sur la fin. On aurait facilement pu se passer de cet épisode – quoique l’histoire du personnage éclaire certains aspects méconnus de l’histoire russe et mondiale.
Les deux autres, de leur côté, poursuivent finalement le même but : la bague aux pouvoirs démentiels – mais pas pour en faire le même usage, évidemment, et sans employer les mêmes méthodes – l’une étant plus délicate que l’autre. Il est dommage que beaucoup de personnages quittent brutalement l’histoire sans que l’on sache exactement ce qui leur est arrivé : cela donne une sensation d’histoire pas totalement aboutie, c’est un peu dommage.
La romance surnage entre l’Histoire et la quête, passant outre les affres de la guerre : là encore, c’est admirable, mais peu réaliste. D’autant que les protagonistes sont maintes fois séparés, mais se retrouvent toujours. Le procédé est un tout petit peu trop répété pour être vraiment efficace, et c’est dommage.
L’aventure vient se greffer à cette toile de fond historique, et se nourrit des nombreux rebondissements qui ont secoué cette sombre période de l’histoire russe. C’est donc très prenant, plein de suspens quant à l’avenir des personnages, et souvent haletant, malgré un style parfois un peu inégal.

Malgré un mélange peu probable entre fictions historique, fantastique et romance, et des personnages pas toujours crédibles, Dans la nuit blanche et rouge tient en haleine, et séduit avec une aventure rondement menée sur fond de révolution russe ; l’intrigue est dense, et on passe un bon moment !

Dans la nuit blanche et rouge, Jean-Michel Payet. Les Grandes Personnes, 2012, 512 p.
7 / 10.

14-18-sélection-lectures-encres-et-calames 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

Une excellente histoire dans les neiges éternelles de la Russie impériale !

5 commentaires sur “Dans la nuit blanche et rouge, Jean-Michel Payet.

  1. célia dit :

    Bonjour, Je travail actuellement à la réalisation d’un quizz sur ce livre. Cependant, j’ai des questions en tête et leurs réponses mais je voudrais en être sure. Mais je n’ai plus à ma disposition le livre de Jean-Michel Payet et impossible de le reserver à la bib. Il est pris d’assaut pour un concours. Pourrais-tu m’aider à éclaircir mes réponses ? Les voici : – quel est le nom complet de l’héroine ? Tsvetana victorovitch ?? kolipova … quel est le nom de la fille du Tsar qui est éprise du frère ainé de Tsvetana ? Tatiana ??? – quel est le nom des frères et de la soeur de Tsvetana ? micha … ????   Peut-tu m’aider ? Tu me rendrais un grand service !   Merci d’avance   Célia  

    J'aime

    • Sia dit :

      Je n’ai pas le roman sous la main, donc je ne m’avancerai pas sur les détails. Tu dois pouvoir trouver toutes ces infos sur internet, dans des chroniques ou avis. En revanche, je peux t’assurer que ce n’est pas Tsvetlana Viktorovitch Kolipova, mais Tsvetlana Vikotorovna Kolipova, qu’elle s’appelle… vu que c’est une fille. 

      J'aime

  2. célia dit :

    Merci 🙂 Je vais continuer mes recherches

    J'aime

  3. Elisha dit :

    Un de mes coups de coeur. Cette maison d’édition, qu’est-ce que j’l’adore !

    J'aime

Mettre son grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s