Prodigy, Legend #2, Marie Lu.

prodigy-legend-2-marie-lu

Réfugiés à Vegas, June et Day rencontrent les Patriotes, ces rebelles rêvant de reformer les États-Unis d’Amérique, qui acceptent de les aider à s’enfuir. 
À une condition. 
Prêts à tout, conscients de leurs options limitées, les deux fugitifs acceptent. D’autant que l’objectif de la mission leur plaît. 
Mais June doute : font-ils le bon choix ? Déchirée entre son instinct, son sens du devoir et son cœur, June se prépare des choix difficiles. Et rien ne dit que Day sera encore de son côté… 

Legend était déjà un très bon cru : avec Prodigy, Marie Lu transforme l’essai.
Le tome commence quelques jours après les événements de la fin du volume précédent : on se replonge sans peine dans l’ambiance. Laquelle est nettement plus sombre que dans le tome 1, ce qui colle tout à fait au caractère nettement plus mature des personnages.

Ceux-ci sont en proie à d’intenses tiraillements : Day, car il a vu mourir sa famille et que, finalement, c’est quand même à cause de June. June, parce qu’elle ne sait plus si elle doit suivre son cœur ou sa raison. Chacun se perd donc dans les méandres de ses questionnements : les deux adolescents sont nettement plus fouillés que dans le premier volume. Marie Lu explore très finement leurs sentiments, leurs souhaits, leur psychologie. S’ils semblaient un peu monolithiques dans le tome 1, ils se dessinent ici tout en nuances. June et Day se montrent très humains dans ce tome, et on est loin du cliché des héros tout-puissants et à qui tout réussit en un clin d’œil – ou après quelques efforts.

L’intrigue est à l’avenant. Si l’on pouvait reprocher au premier opus des facilités de scénario, ce volume comble les lacunes ; l’intrigue se complexifie, de nouvelles données entrent dans l’équation et le roman est riche en rebondissements. Bien sûr, passé un certain point, on devine aisément certains développements, mais cela ne gâche en rien le plaisir de lecture. Le style est aussi vif et direct que dans Legend ; Marie Lu a conservé sa narration alternant les points de vue de June et de Day, ce qui rend le récit très dynamique et prenant.
Prodigy se démarque des autres dystopies car Marie Lu n’y propose pas un point de vue unilatéral. Dans de nombreuses dystopies, l’action se déroule dans un pays où il ne fait pas bon vivre, les habitants rêvent d’un mieux, et l’imaginent par leurs propres moyens. Généralement, ce pays est fermé ; soit physiquement, soit parce qu’on ne nous parle pas le moins du monde des pays limitrophes (comme dans Hunger Games, par exemple). Ici, on nous parle depuis le début des fameuses et merveilleuses Colonies, en guerre contre la République dans laquelle vivent June et Day. Mais dans le premier volume, l’une est conditionnée par la propagande d’État, et l’autre vit dans la rue, donc c’est assez limité côté connaissance du contexte. Ici, on finit par découvrir ce merveilleux voisin, remarquant par la même occasion que la situation n’y est pas plus brillante, malgré l’intense propagande menée depuis le début. C’est intéressant, car on voit la République d’un autre point de vue (celui des Colons), et la découverte de ce nouveau système offre un grand recul aux personnages sur les systèmes politiques en général, et sur le leur en particulier, ce qui leur permet de moins se comporter en têtes-brûlées, et plus en personnes réfléchies (et ça ne fait franchement pas de mal). Le contexte, seulement esquissé jusque-là, s’avère complexe et bien pensé. De plus, il est agréable de tomber sur une dystopie pensée à l’échelle mondiale (car on imagine bien, dès lors, que les autres pays présentent eux aussi des régimes sinon totalitaires, du moins peu propices au bonheur personnel), et pas seulement nationale : cela donne plus de profondeur à l’ensemble du roman! Par ailleurs, l’auteur détourne le triangle amoureux qui semble de plus en plus inhérent (malheureusement) aux romans adolescents : triangle amoureux il y a, certes, mais intelligemment tourné et mis en scène. Plutôt que d’apporter d’artificiels frissons et un faux suspens, il sert le questionnement des personnages, et – finalement – leur évolution. C’est très bien vu, et l’auteur prouve à nouveau son talent d’analyse des personnages.

Si l’on ajoute à tout cela le très bon scénario de ce second tome, bien équilibré entre actions, pauses,  truffé de rebondissements audacieux, et plus tenu que celui du premier tome, on sait qu’on tient là une excellente suite.

Prodigy est donc une suite très mature de Legend : plus complexe, plus dense, plus sombre, ce second opus relève haut la main le défi posé par le premier, et s’avère même meilleur. Les personnages se dessinent en nuances, sont très humains, et l’auteur analyse finement leur psychologie. Le style est vif, l’intrigue bien menée, et Marie Lu se démarque des autres dystopies en proposant des points de vues originaux, ainsi qu’un détournement des clichés du genre. En somme, Prodigy est une réussite. Si vous avez aimé le tome 1, celui-ci devrait vous plaire ; si, au contraire, le premier tome vous avait semblé trop facile ou trop léger, lisez ce second tome qui devrait vous convaincre !

Et merci aux éditions Castelmore & à Livraddict pour ce partenariat !

 

◊ Dans la même série : Legend (1), Champion (3).

 

Legend #2, Prodigy, Marie Lu. Castelmore, 2013, 438 p.
8,5/10

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

dualed-elsie-chapman

Publicités

Mettre son grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s