Instinct #2, Vincent Villeminot.

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Institut de Lycanthropie, Alpes françaises. Huit mois se sont écoulés depuis les tragiques événements qui ont lié Shariff, Tim, et Flora.
Un initié est retrouvé mort, visiblement dévoré par un des grands prédateurs de l’Institut. Rapidement, deux camps s’affrontent au sein des métamorphes : ceux qui veulent vivre leur instinct animal à fond, jusqu’au meurtre sanguinaire, et ceux qui prônent la supranoïa, la maîtrise de leurs bas instincts. Nul compromis possible, les anthropes doivent choisir. Tim, Flora et Shariff vont plonger au plus profond de la noirceur des pulsions, humaines ou animales.

Le premier tome de la trilogie Instinct avait d’indéniables qualités : un rythme maîtrisé, des personnages complexes dont toutes les facettes étaient bien exploitées, une intéressante utilisation de lieux communs propres à ce genre de récit. Je n’en attendais donc pas moins du second tome, et je dois avouer que je suis restée  sur ma faim.

Premièrement car le style, si énergique et vivant jusque-là, m’a semblé bien plat et descriptif : les faits s’accumulent sans qu’il se dégage réellement d’émotions du texte, et c’est un peu dommage. Cela étant, il faut reconnaître que ce style très clinique correspond bien à la situation décrite dans le roman.

Les personnages, de leur côté, sont moins travaillés que précédemment : Flora prend de la consistance, certes, et s’avère moins lisse que dans l’opus précédent, mais c’est au détriment des deux autres protagonistes. Tim, qui état déjà très hésitant, tourne en boucle : qu’il exprime sa culpabilité quant aux événements du tome précédent est assez logique constructif, mais qu’il le fasse en permanence est relativement agaçant. On a l’impression de tourner en rond, la réflexion ne progresse pas, et l’absence de communication entre les personnages (qui pensent les mêmes choses chacun de leur côté) est assez pénible. De plus, Tim a l’art et la manière de se poser en «héros sacrificiel» ce qui, à la longue, s’avère tout aussi pénible : et c’est d’autant plus dommage, car l’auteur parle à plusieurs reprises du concept de «héros sacrificiel», clairement pointé du doigt par ses personnages et dénoncé comme un concept éculé et prodigieusement agaçant, aussi regrettera-t-on qu’il soit aussi présent dans le récit. Shariff, par ailleurs, tombe dans la surenchère : le jeune homme pétri de savoirs, caustique à souhait, devient une parodie de ninja élevé à la sauce samouraï. Ses maximes tombent toujours à point nommé, mais l’évolution du personnage fait froid dans le dos. Tout est trop soudain : on aurait compris cette évolution au fil du tome, car les événements que les personnages traversent sont éminemment traumatisants mais là, ils ne sont pas motivés par grand-chose et c’est bien dommage.

Du point de vue de l’intrigue, ce n’est malheureusement guère mieux : les premières pages nous plongent immédiatement dans le suspens et le thriller. L’ambiance est pesante, le malaise perceptible. On sent la trahison poindre, sans toutefois savoir d’où viendra le coup. Là où l’auteur fait assez fort, c’est en mêlant les points de vue : ceux des protagonistes, évidemment, mais aussi celui du fameux super-prédateur bien décidé à éliminer un maximum d’anthropes. On n’ignore rien de ses instincts, de ses plans, de son psychisme malade : les scènes sont très bien écrites, on s’y croirait. Le problème vient plutôt d’un sentiment de déjà-vu, tenant à la répétition du schéma narratif du premier tome. Les personnages, au gré de tumultueuses péripéties, se retrouvent empêchés de leurs mouvements, à la merci camp adverse, et leur évasion ne se fera pas sans pertes. Bien qu’on ait franchi un degré dans l’horreur et la violence, il est dommage de voir se répéter quasiment la même histoire que dans l’opus précédent. L’identité du traître est bien protégée durant la première moitié du livre : on se creuse la cervelle, on cherche, on s’interroge : l’auteur maîtrise les arcanes du thriller, et du suspense. Passée la seconde moitié, on la devine aisément et l’ampleur du complot monté contre l’Institut se révèle.
Toutefois, la fin du tome et les dernières révélations promettent d’intéressants développements dans le troisième et dernier volume : peut-être ce second tome était-il vraiment le tome de la transition, ce qui expliquerait ses quelques défauts.

Ce second tome n’aura donc pas tenu toutes les promesses que le premier m’avait faites : entre les personnages trop monolithiques, et la répétition de l’intrigue, ce second tome est globalement moins bon que le premier. Pourtant, derrière l’intrigue fantastico-policière se cachent d’intéressants thèmes de réflexion à dégager : les questions ayant trait à la violence (aux humains ou aux animaux), à la barbarie, aux crimes de guerre et, surtout,  à l’incessant combat entre maîtrise et instinct sont très bien mises en valeur. Cette dernière notamment occupe le centre du roman, et chaque point de vue a sa place, comme dans un combat rhétorique : sans se placer en moralisateur, l’auteur parvient à clairement mettre en valeur les messages qu’il souhaitait faire passer, ce qui est plutôt admirable.
De cet opus, je retiendrai les très belles descriptions de paysages, ou de la randonnée solitaire de Tim (points qui m’avaient déjà marquée dans le premier tome) plutôt que les points qui m’ont déplu.

◊ Dans la même série : Instinct, tome 1.

 

 Instinct #2, Vincent Villeminot. Nathan, 2011, 326 p.
5/10

 

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