La Stratégie Ender, Orson Scott Card.

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Andrew Wiggin, plus connu sous le nom de Ender, n’est pas un garçon comme les autres. Depuis sa naissance, ses faits et gestes sont épiés par l’intermédiaire d’un moniteur greffé dans son cerveau. Ce moniteur, il l’a gardé bien plus longtemps que les autres enfants observés. Car ses concepteurs ambitionnent de faire de lui le plus grand général de tous les temps, le seul à même de sauver la Terre d’une nouvelle invasion des doryphores, ces extraterrestres belliqueux.
Noyé dans la masse des autres élèves-officiers, Ender n’en reste pas moins le jouet des manipulations dangereuses de ses supérieurs, qui jouent leur va-tout en plaçant le sort de l’humanité entre les mains d’Ender. Tout en se demandant si leur choix est bon.
Car Ender n’a que six ans.  

À six ans, Ender n’a pas une vie facile : son frère est un fou furieux, il est brimé par ses camarades, et le moniteur qui surveille ses faits et gestes, dans son crâne, ne l’aide en rien. Rapidement arraché à sa famille, il est propulsé dans l’espace, vers la fameuse École de Guerre, où il apprendra son futur métier d’officier. Brillant, surdoué, il ignore toutefois être l’objet des manipulations de ses supérieurs.

Le récit alterne la narration contant les aventures d’Ender, et les dialogues des fameux supérieurs le surveillant, et concoctant son programme d’entraînement : c’est dynamique car tantôt on a de l’avance sur Ender et on sait – vaguement – ce qu’il va lui arriver, tantôt on sait ce qu’il complote contre la hiérarchie, et on attend de voir l’exécution du plan. Dans cet univers, tout le monde ment à tout le monde, et seules comptent les apparences, ce qu’Ender, malgré son jeune âge, ne tarde pas à comprendre.
L’âge d’Ender, et celui de ses camarades, est difficile à envisager : car Ender et les autres enfants de sa classe, s’ils sont âgés de seulement 6 ans, agissent et parlent comme des adultes. De temps en temps, une mention nous rappelle qu’il s’agit seulement d’enfants (et parfois, leur comportement nous le rappelle), mais c’est assez déroutant. Le traitement subi par les apprentis officiers semble d’autant plus dur et inhumain, tant le décalage entre leur âge réel et les actes est immense. Mieux : leur jeune âge décuple la dimension tragique qui est la leur depuis leur naissance : ces enfants n’ont été créés que pour arriver dans cette école où ils sont poussés dans leurs derniers retranchements, et le côté sordide de l’histoire ressort d’autant mieux.

Aucune pensée d’Ender ne nous est épargnée : on sait absolument tout de ce qu’il pense et il faut reconnaître que c’est un personnage attachant et facile à suivre, bien que certaines de ses réactions soient assez discutables. L’ambivalence de l’entraînement suivi est parfaitement exploitée : Ender devient une machine de guerre, en effet, mais c’est aussi un être humain dont les sentiments sont étouffés par l’entraînement. Malgré cela, Ender reste lui-même : on oscille donc en permanence sur le fil du rasoir, concernant sa personnalité  – en se demandant sans cesse s’il va céder ou non – , et cela rend la lecture d’autant plus prenante. Il n’y a rien à redire, Ender est un personnage extrêmement réussi.

Tout n’est que stratégies, progressions fulgurantes, apprentissages sur le tas, combats incessants, ce qui s’avère parfois un brin répétitif. Pour le néophyte en stratégie, les combats finissent par se ressembler, d’autant que l’issue en est toujours sensiblement la même, mais cette accumulation donne un effet très dynamique au récit, qui est bourré d’énergie.
Dans la mesure où tout le monde manipule tout le monde, on se pose beaucoup de questions et le suspense est à son comble : on cherche à deviner quel sera le prochain palier, ou quelle surprise nous est réservée et ce, quasiment jusqu’à la fin – même si quelques éléments sont prévisibles. L’intrigue est tout de même assez complexe, et très travaillée, puisqu’en plus de l’histoire d’Ender narrée de deux points de vue, quelques chapitres sont dévolus à la situation politique sur Terre, laquelle ressemble à s’y méprendre à un sac de nœud sur lequel se répercutent les actions d’Ender : c’est vraiment très bien mené.
Bien qu’il s’agisse du premier tome d’une série de quatre, cet opus possède une conclusion très satisfaisante, qui fait qu’on pourrait s’arrêter là. La fin est très ouverte, émouvante, et très poétique, ce qui change quelque peu des pages précédentes.

La Stratégie Ender propose donc un beau roman d’apprentissage doublé d’une bonne histoire de science-fiction militaire : il est question d’invasions, d’ennemis extraterrestres, de stratégie militaire, mais surtout d’humanité. Le roman en est empreint, et Ender est le parfait représentant du personnage endurci, mais conservant tout de même un bon fond d’humanité, quel que soit le traitement – odieux – qu’il a subi. Le style est fluide, le récit dynamique, les rebondissements fréquents, et la part de questionnement bien intégrée. La Stratégie Ender est une très bonne surprise, qui devrait plaire aux aficionados de science-fiction, comme aux néophytes. Expérience à tenter – d’autant que l’adaptation cinématographique approche à grands pas !

 

 Le Cycle d’Ender #1, La Stratégie Ender, Orson Scott Card. Trad. de Sébastien Guillot. J’ai Lu, 2013 (1ère édition 1989), 380 p.
8/10.

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15 commentaires sur “La Stratégie Ender, Orson Scott Card.

  1. nanet dit :

    Ce livre n’était pas ma première lecture de cet auteur, et il a su me charmer avec un texte très SF, alors qu’il l’avait déjà fait avec un roman fantasy. Presque fan, j’avoue pourtant que je ne lirais pas la suite de cet opus, car je la sais encore plus space opéra.  Ce sont ces scènes qui m’ont le plus dérangées, alors que celles de « stratègies » et sur l’évolution d’Ender sont convaincantes. J’ai moins aimé, aussi, les histoires relatives au frère et soeur d’Ender.  biz, nanet  

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    • Sia dit :

      Ah c’est marrant, car j’ai trouvé que les scènes avec Peter et Valentine donnaient une bonne idée de la psychologie d’Ender et de la situation politique, ça apportait une sorte de cadre au reste du roman. Je pense que je lirai la suite à l’occasion, j’aime bien le space-opéra. Et j’aimerais beaucoup lire Enchantement, c’est celui-là que tu avais lu ou bien un autre titre ?

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  2. nanet dit :

    Oui, mais Enchantement ne m’a pas enchanté ^^ cette réécriture d’un conte de fée m’a laissé pantoise par certains côté. Bon, l’écriture de Card y est, comme dans ces autres livres, convaincante, mais le fait que le livre se passe de nos jours, sans réutiliser réellement le conte de la Belle m’avait donné la sensation d’un manque, d’une sorte de « ratage ». Tu peux trouver l’article sur mon blog, Je me souviens, je l’avais lu lors de mes congés à la Réunion ! donc en 2010… aux alentours de juillet-août Biz

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  3. solessor dit :

    Finalement tu l’as plus apprécié que ce à quoi je m’attendais au cours de ta lecture ! 🙂 J’ai moi aussi beaucoup aimé ce premier opus, et je compte lire la suite, même si elle s’annonce effectivement plus space opera, ce que je crains un peu. L’histoire familiale parallèle m’avait plu aussi, ça replace bien les choses dans un contexte précis, et donne du poids à l’histoire ! Bientôt l’adaptation ! ^^

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  4. Camille dit :

    Je ne m’y intéressais pas mais ça a l’air sympa! ^^ Je suis curieuse maintenant! 😀

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  5. Escrocgriffe dit :

    Argh, j’espère que j’aurai le temps de le lire avant la sortie du film ! Je vais me dépêcher…

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  6. Camille dit :

    Je ne comptais même pas voir le film parce que j’étais passée complètement à côté de ça! C’est fou!

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    • Sia dit :

      Ah, ben en parlant du film, première surprise à la lecture du résumé ! Les humains se battent contre les… Formics. Je m’attendais à ce que ce soit traduit comme le reste, en fait. (Mais peut-être que les traducteurs ont trouvé politiquement incorrect de garder « doryphores » et ont choisi de ne pas traduire…)

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  7. Camille dit :

    ça ne me gêne pas parce que les Doryphores je les chassais et les brûlais quand j’étais petite XD Du coup ça m’évoque plutôt des bestioles énervantes qui bouffent les patates!

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  8. totorotsukino dit :

    j’ai beaucoup aimé cette lecture! j’ai trouvé l’intrigue très fine!

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