Les Déconnectés, Les Fragmentés #2, Neal Shusterman.

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Connor, Risa, et Lev continuent, encore et toujours, de lutter contre la Fragmentation, les lois iniques de leur système. Comme eux, les autres fragmentés en fuite tentent de s’en sortir. La résistance s’organise peu à peu, bien difficilement. Mais c’est sans compter les innovations technologiques, ou les améliorations possibles grâce à la fragmentation, comme… la création d’un être d’un genre encore jamais vu. La survie des déserteurs s’annonce difficile.
Une vie vaut-elle vraiment davantage que la somme de toutes ses parties ?

Suite directe des Fragmentés, Les Déconnectés débute sur les chapeaux de roues : pas de temps mort, pas d’hésitation, on replonge immédiatement dans ce monde qui interdit formellement l’avortement (la vie étant sacrée) mais permet de résilier rétrospectivement un adolescent, faisant de lui une banque d’organes.
Comme dans le premier tome, les scènes sont proprement révoltantes (chacun ayant, évidemment, de fausses bonnes raisons de fragmenter les adolescents). Le corps est marchandisé, et on s’aperçoit que la vie vaut moins que la somme des parties du corps : c’est écœurant, et démoralisant à souhait.

Et pourtant, le livre est très prenant. Reprenant la même formule que dans le tome précédent, l’auteur nous fait suivre les aventures des différents protagonistes, disséminés. Aux personnages phares du tome 1 s’ajoutent d’autres personnages centraux, chacun ayant un but et une histoire particuliers. Point important : l’auteur donne différents points de vue. On ne suit donc pas uniquement le camp des « gentils » (les ados persécutés, ici), on a également quelques points de vues du camp adverse. L’alternance des points de vue rend donc le roman très dynamique, et très prenant, puisqu’à peine un personnage abandonné, on meurt d’envie de le retrouver pour savoir ce qu’il lui arrive.
D’autant que, comme dans le premier tome, l’auteur semble fuir les solutions de facilité : les personnages sont rarement en sécurité avec lui, et le lecteur se sent pris d’angoisse à l’idée de ce qu’il pourrait encore survenir. L’auteur ne fait aucune concession, et les rebondissements sont souvent surprenants. La tension monte peu à peu, on baigne dans une ambiance de thriller très maîtrisée. Les courts chapitres contribuent à cet effet de suspens permanent.

Les questions abordées précédemment sont reprises ici : responsabilité parentale, droit des enfants, passage de l’adolescence à l’âge adulte, quête identitaire… Il est également question de libre-arbitre, bien sûr, et d’indépendance. À tout cela s’ajoute la question des convictions religieuses, et des extrémismes qui peuvent en découler… autant de sujets profonds, que l’auteur ne traite pas à la légère. Les Déconnectés diffère des dystopies destinées aux jeunes-adultes habituelles au sens où, ici, il n’est pas question de révolution : les adolescents ont parfaitement conscience de leurs limites, et font la différence entre un plan stratégique et un suicide collectif mal organisé. C’est certainement ce qui rend le roman si prenant, et si agréable à lire – en dépit de l’histoire parfois peu ragoutante.

Les personnages sont également dans la lignée du premier tome : ils ont tous des parcours assez différents, ce qui donne au lecteur un sentiment d’exhaustivité des points de vue. À leur façon, tous sont très attachants, y compris les petits pénibles qui empêchent les protagonistes de tourner en rond. On comprend leur façon de voir les choses, on voit comment ils en arrivent aux actes extrêmes qu’ils commettent et, même si on ne cautionne pas nécessairement leur comportement, on peut les comprendre. Difficile, donc, de les détester complètement, car Neal Shusterman les présente dans toute leur complexité, et les rend extrêmement humains.

Le premier tome était une réussite ; celui-ci est encore mieux. Prenant, complexe, puissant, dynamique, c’est un roman qui vous fera passer par différents états d’esprit, vous fera frémir, angoisser, espérer, tout en présentant des thèses dignes d’intérêt, traitées avec le plus grand soin.
Si vous aviez aimé le tome 1, ce second tome ne pourra que vous plaire ; si vous ne vous êtes pas encore lancé, la perspective de ce tome 2 devrait vous encourager à ouvrir le premier !
Dans toute cette mouvance des dystopies young-adult, Les Fragmentés est sans doute aucun une des meilleurs saga, qu’il serait dommage de rater.

◊ Dans la même série : Les Fragmentés (1) ; Les Éclairés (3).

 

Les Fragmentés #2, Les Déconnectés, Neal Shusterman. Éditions du Masque (MsK), septembre 2013, 503 p.
9, 5 /10.

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6 commentaires sur “Les Déconnectés, Les Fragmentés #2, Neal Shusterman.

  1. Cerise Timide dit :

    Hé hé, avec tout ce que tu en as dis, je vais essayer de me procurer le tome 1!

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  2. solessor dit :

    En une seule phrase sur ton suivi, tu avais réussi à susciter mon intérêt, et cela se confirme parfaitement avec ta chronique ! De la littérature ado bien écrite, bien ficelée, c’est toujours agréable ! Je signe !

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  3. solessor dit :

    J’ai peu de doutes ! 😉

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