Quelques minutes après minuit, Patrick Ness.

 

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Depuis que sa mère a commencé son traitement, Conor, treize ans, redoute la nuit et ses cauchemars. A minuit sept, un monstre vient le voir, qui a l’apparence d’un if gigantesque, quelque chose de très ancien et de sauvage. Mais pour Conor, le vrai cauchemar recommence chaque jour: sa mère lutte en vain contre un cancer, son père est devenu un étranger, et il est harcelé à l’école. Au fil des visites du monstre, l’adolescent comprend que son vrai démon est la vérité, une vérité qui se cache au plus profond de lui, terrifiante.

Quelques minutes après minuit. C’est l’heure précise à laquelle arrive le monstre. Celui qui terrorise Conor, 13 ans, victime de violents cauchemars, depuis que sa mère souffre d’une maladie grave. Le monstre prend la forme de l’if planté sur la colline que l’on voit depuis la fenêtre de Conor et s’invite dans la vie du jeune garçon, de préférence sans lui laisser le choix.
Dès lors, le monstre raconte des histoires à Conor : des histoires sombres, mais édifiantes, dont Conor devra tirer une leçon, avant de donner satisfaction au monstre, en lui racontant la quatrième et dernière histoire.

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L’if qui, à minuit sept, investit la chambre et l’esprit de Conor est, à n’en pas douter, une créature fantastique (terrifiante, qui plus est). Pourtant, les problèmes de Conor sont très terre-à-terre. Alors, quoi ? Délire d’un enfant qui souhaite fuir le réel ? Surgissement d’une peur viscérale matérialisée par cet if ?  Un peu des deux, peut-être. Le passage à la dimension fantastique, subtil, permet de mettre en lumière toutes les choses que Conor cache à son entourage, et se cache à lui-même – ainsi que toutes les choses qu’on lui cache. Loin de nous embarquer dans un monde parallèle merveilleux où tout est bien qui finit bien, le fantastique tire du réel l’essence vitale de cette histoire. Fantasque, violente, cruelle, fantastique au sens le plus pur du terme, la dimension surnaturelle est celle qui permet de mettre à jour toutes les puissantes émotions de ce texte, si variées et si furieuses.

Conor est, à lui seul, un véritable concentré d’émotions : frustration, rage, peur, colère insondable se mêlent et s’entremêlent dans l’esprit du jeune garçon. Malgré son jeune âge, c’est un personnage très mature, confronté à des choses terribles, et qui fait preuve d’un grand sens des responsabilités (admirable chez un si jeune garçon). L’injustice qui le frappe lui fait avoir, de temps en temps, des réactions extrêmes à son entourage, et il ne se défoule pas toujours sur les bonnes personnes.
Le lecteur est spectateur de ce désespoir ravageur, et c’est très perturbant. On voudrait pouvoir faire quelque chose, bien que Conor soit un être de papier ; comme lui, le lecteur est impuissant, et prisonnier des événements, ce qui rend leur dimension dramatique d’autant plus terrible.
À travers lui et tous les autres personnages, l’auteur explore une palette d’émotions extrêmement complète, qui laisse rarement le lecteur indemne. Sous des dehors de conte pour enfants, Patrick Ness livre le terrible combat intérieur d’un enfant dont le monde s’écroule.

Et c’est d’autant plus terrible que l’écriture est très simple : peu de fioritures, pas d’effets de styles ostentatoires. Précise, acérée, elle va droit au but, et lamine le lecteur avec une redoutable efficacité. Mais attention : ce n’est pas larmoyant. C’est dur, c’est fort, c’est très beau ; c’est tout sauf mélodramatique. Et c’est ce qui fait de ce roman un texte aussi percutant.
Le récit est souligné par les sublimes illustrations de Jim Kay. Tout en jeux d’ombres et de lumières, elles sont tour à tour poétiques, oppressantes, émouvantes. Elles s’adaptent à la perfection au récit, et aux émotions qui s’en dégagent.

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Avec un ton simple, très adapté aux jeunes lecteurs (sans être enfantin ou bêtifiant), Patrick Ness livre ici un superbe ouvrage, véritable roman initiatique, aux accents oniriques et dramatiques. Faire l’apprentissage de la perte passe nécessairement par des émotions puissantes, contradictoires, et douloureuses. Malgré cela, l’alliance du texte vif, fort, subtil de Patrick Ness aux illustrations sombres, délicates et sublimes de Jim Kay donne un roman étonnement doux, au pouvoir cathartique surprenant.  Un roman bouleversant certes, mais à découvrir de toute urgence.

Quelques minutes après minuit, Patrick Ness ; illustrations de Jim Kay. Sur une idée de Siobhan Dowd. Trad. de Bruno Krebs. Gallimard jeunesse, 2012, 215 p.
10/10.

 

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7 commentaires sur “Quelques minutes après minuit, Patrick Ness.

  1. Pauline dit :

    Déjà qu’il me tentait celui là !!! uhu merci!

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  2. Flora dit :

    Belle chronique, j’irai certainement le feuilleter en librairie car j’aime beaucoup les illustrations façon gravures !

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  3. Mariejuliet dit :

    J’aurais souhaiter trouver d’aussi beau mot pour en parler. Bravo!

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  4. […] sortie de l’adaptation du très beau roman de Patrick Ness, réalisée par Juan Antonio Bayona, est prévue pour cet automne. Au casting : Liam Neeson, Lewis […]

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