Saba, ange de la mort, Moira Young.

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Dans un univers futuriste, Saba vit avec son père, son frère jumeau Lugh et sa petite soeur Emmi près d’un lac, dont le niveau baisse sans cesse. La terre est craquelée, l’eau manque cruellement, et l’ambiance familiale est explosive. Un jour chaud et sec commes les autres, qui n’annonçait rien de particulier, sa vie bascule irrémédiablement. Des inconnus à cheval assassinent son père et enlèvent son frère. 

Saba se retrouve flanquée d’Emmi, jeune, fragile, désobéissante et qu’elle n’apprécie guère. Elle n’a qu’une idée en tête : retrouver son frère, coûte que coûte et elle se lance sur ses traces.     

À tout juste 18 ans, Saba se retrouve promulguée au statut de chef de famille, responsable de sa survie et de celle de sa sœur et tout ça ne s’annonce pas gagné dès le départ.
N’étant pour ainsi dire jamais sortie de chez elle, Saba n’a qu’une vague idée du monde dans lequel elle évolue. La jeune fille est fruste, illettrée, et brute de décoffrage. Il faut s’accrocher aux premières pages, parce que son égoïsme semble sans limites, et son mépris envers sa petite sœur est à la limite du tolérable. À l’inverse, elle voue une adoration sans faille à Lugh, le jumeau solaire, à la fois son idole, son protecteur et sa raison de vivre. Comme beaucoup de jumeaux, les deux jeunes gens ont une relation quasi-fusionnelle. Toutefois, on sent cette fusion beaucoup plus forte dans le sens Saba-Lugh que dans l’autre, ce qui nous fait nous demander si Saba ne place pas son frère sur un piédestal un peu trop grand. Cet amour fraternel immodéré n’empêche d’ailleurs pas Saba d’être odieuse avec la pauvre Emmi, qui s’avère pourtant bien plus résistante et courageuse que ce à quoi l’on pouvait s’attendre, au vu du portrait esquissé par son adorable grande sœur, et vu les circonstances dans lesquelles elle a été élevée.
On l’aura compris, ce sont les relations familiales en général, fraternelles en particulier, qui sont à l’honneur ici, beaucoup plus que la visite d’un univers pauvre et dévasté, d’autant que les épreuves traversées ne vont pas manquer de faire évoluer les personnages.

Le premier tome de ces Chemins de poussière se démarque pourtant par un aspect très original : sa narration atypique. Saba a grandi coupée du monde, dans un univers en pleine déliquescence et cela se sent dans sa narration (puisque c’est elle qui raconte l’histoire) : le style est très familier, la syntaxe relâchée, et les négations absolument absentes. On trouve des mots inventés, comme les « vue-melles » désignant une paire de jumelles (ou une longue-vue binoculaire, on ne sait pas), « mouchenoir » pour désigner le mouchoir noir que l’on agite dans l’arène, ou encore « effareyé » pour « effrayé ». De plus, il n’y a aucun dialogue. Tout le récit est narrativisé, à grands renforts d’incises, précisions, ou désignations du locuteur. Passées les premières pages, quelque peu déstabilisantes, on se fait à ce style très particulier qui, loin d’alourdir le récit, le rend très fluide, facile à suivre et, il faut l’avouer, agréable à lire. On s’habitue aussi très vite à ce langage totalement déstructuré, mimétique de cet univers décadent et en pleine dégénérescence.

Malgré tous ces atouts, il y a tout de même un point de déception dans ce roman. Au cours des épreuves, Saba fait l’expérience de la sociabilisation – ce qui ne peut pas lui faire de mal, entre nous. Entre autres personnes, elle rencontre un jeune homme. Jusque-là, tout va très bien. Malheureusement, cela dégénère très vite en romance entre les deux protagonistes, ce qui est bien dommage, surtout après avoir dépeint la jeune femme en long, en large, et en travers comme une dure à cuire endurcie. Tout était parfait, jusqu’à ce que cet élément (qui n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, en plus, si ce n’est qu’il satisfait au cliché actuel de la littérature post-apo destinée aux ados) débarque dans la fiction sans crier gare. C’est maladroit, plaqué au récit, et sans grand intérêt narratif, et cela ralentit considérablement le rythme, augmentant l’impression que ce n’est que du remplissage, et que l’on perd du temps pour pas grand-chose. Vraiment dommage. Ajoutons à cela qu’on en sait trop peu sur l’univers, qui reste dans une sorte de flou brumeux, et vous comprendrez qu’on trouve tout ça un peu trop artificiel, malheureusement.

Saba, Ange de la mort, premier tome des Chemins de poussière, présente donc un contenu assez classique, mais se démarque par sa forme originale et audacieuse. S’il est dommage que l’auteur se conforme aux clichés en vogue dans la littérature contemporaine adressée aux adolescents, on saluera son talent narratif et le thème des relations familiales très justement traité, quoiqu’en toile de fond. La fin, totalement ouverte, fait que l’on peut lire le roman comme un singleton, et que l’on ne meurt pas d’impatience à la fin du tome. Découverte en demi-teinte, donc : certains aspects du fond sont assez décevants, alors que la forme est tout simplement géniale.

Saba, Ange de la mort, Les Chemins de poussière #1, Moira Young. Gallimard Jeunesse, 2011, 382 p.
7,5 / 10.

 

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4 commentaires sur “Saba, ange de la mort, Moira Young.

  1. Walpurgis dit :

    Et bien je peux te le dire maintenant que j’ai terminé que le style narratif m’a un gêné assez longtemps mis pas de quoi beaucoup gâcher ma lecture. J’ai bien aimé l’histoire mais c’est vrai que la romance est de trop. L’évolution de Saba est intéressante à suivre ainsi que sa relation avec Emmie. Cela reste un livre sympathique ^^

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  2. BlackWolf dit :

    Je ne sais pas trop quoi penser de ce livre, il me tente un peu mais j’ai peur d’être déçu. De plus ton avis, intéressant, me donne encore moins envie de le lire, je crois pas que ce livre soit pour moi.

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    • Sia dit :

      Le parti-pris narratif est vraiment super, et l’histoire n’est pas mal du tout, jusqu’à ce que, patatras, il y ait une romance. Sans ça, il aurait certainement été top ! Donc si tu n’es pas trop « histoire de midinettes » (et je n’ai pas l’impression que ce soit le cas), je pense que ce n’est effectivement pas fait pour toi ! Cela dit, tu peux toujours l’emprunter et voir ce que ça donne. Mais cette romance est vraiment bien dommage 😦

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