Une guitare pour deux, Mary Amato.

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C’est la fin de l’été, et la rentrée s’annonce assez morose pour Tripp. Sa mère lui a confisqué sa guitare, lui extorquant la promesse d’améliorer ses notes et de faire des efforts de sociabilisation au lycée. S’il remplit son contrat, il pourra récupérer son instrument. La rentrée ne débute pas mieux pour Lyla : excellente élève, violoncelliste hors pair, elle a besoin de s’entraîner encore et encore pour ses concerts, et pour s’assurer une place dans une grande école de musique.
C’est comme ça que Tripp et Lyla vont se partager la salle de répétition du lycée. Chacun ayant des choses à reprocher à l’autre, ils nouent une relation par pupitres et petits messages acides interposés. Mais leur passion commune fait changer peu à peu le ton des messages…

 

Une guitare pour deux. Une seule et unique guitare pour deux adolescents passionnés de musique. L’un est enfermé dans une solitude profonde, l’autre prisonnière du carcan de ses obligations. Tripp et Lyla pourraient fonctionner comme des négatifs : elle est studieuse, respectueuse des règlements, et essaie de toujours faire ce qu’on attend d’elle. Lui est plus bohème, parfois rebelle, et se contrefiche plutôt de l’opinion – toujours négative – que l’on porte sur lui. Ils ont pourtant quelques points communs : l’extrême solitude dans laquelle ils vivent, pour commencer, et leur passion commune pour la musique, qu’ils vont finir par partager grâce à la fameuse guitare.

Dès le départ, ce roman se place avec un choix original : avant de partager la guitare, Tripp et Lyla nouent une relation épistolaire, en se laissant des petits mots dans la caisse de l’instrument. D’abord acides (Lyla reproche à Tripp son je-m’en-foutisme assumé), ils deviennent plus complices et familiers, au fur et à mesure que passent les semaines et que les deux jeunes gens apprennent à se connaître. Les deux adolescents jouent alors à un petit jeu de cache-cache : ils se voient, ne se parlent pas, et ne correspondent que grâce à ces petits mots. La première partie du roman est donc assez rafraîchissante et joue très bien avec les codes de la relation épistolaire : l’époque étant ce qu’elle est, Tripp et Lyla correspondent aussi par messages électroniques de toutes sortes.
L’autre idée originale, c’est que le texte est truffé de partitions, petits airs, et des paroles des chansons jouées par les personnages. Pour peu que l’on dispose des bases les plus classiques en musique, on peut siffloter en chœur avec les personnages, et cela permet de mieux entrer dans l’univers.

Le style de l’auteur est très fluide et le roman se lit vraiment tout seul, le vocabulaire ou l’intrigue ne posant aucune difficulté. Malheureusement, il faut reconnaître que l’on reste un peu sur sa faim : si le style est clair et efficace, il manque un peu de force pour retranscrire les puissantes émotions liées à la découverte, à la pratique de la musiqueet aux émois de ces deux adolescents qui apprennent à communiquer à travers elle. On sent qu’il y en a, mais on reste toujours un peu trop en surface, et c’est dommage.

De même, il est fort regrettable que les meilleurs passages du livre soient victimes d’ellipses. Rien sur l’évolution des relations des adolescents avec leurs parents, rien non plus sur l’acceptation des dits-parents sur la personnalité de leur progéniture. L’auteur a tenté de retranscrire ces passages centraux en scènes courtes chargées d’émotions mais, comme pour la musique, cela reste un peu faible pour réellement émouvoir et embarquer le lecteur. Du coup, on passe très régulièrement d’un point à un autre sans trop savoir comment, et certains passages semblent un peu hachés, en raison de ces changements de situation intempestifs. Pourtant, sous couvert d’une sympathique histoire d’amitié, Une guitare pour deux propose des développements inattendus qui rendent le livre bien plus percutant que ce l’on pourrait imaginer en commençant la lecture. Mary Amato sait ménager suspens, tension et situations aussi réalistes que cruelles, aux côtés de passages plus doux et poétiques.

Une guitare pour deux, c’est donc avant tout une belle histoire d’amitié par la musique, qui devrait plaire tant aux habitués des conservatoires qu’aux musiciens autodidactes plus libres. Une histoire qui fait un peu rêver, et qui est  heureusement dépourvue de toute mièvrerie – quoique les personnages soient un peu fleur bleue, chacun à leur manière. Le style est fluide, le propos très clair ; l’histoire est très mignonne, à la fois sensible et tendre, mais aussi dure et impitoyable. Pourtant, cela manque encore un peu de profondeur, et l’on sort malheureusement de la lecture avec un goût de trop-peu, malgré un concept original, et un sujet traité tout en douceur.

Le petit plus : la version V.O. des chansons est disponible ici.

 

Une guitare pour deux, Mary Amato. Nathan, 2013, 288 p.
7/10.

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