I Hunt killers, Barry Lyga.

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« Je l’ai toujours appelé Papa. Vous le connaissez sans doute sous d’autres noms : l’Artiste, la Main de velours, l’Oeil de Satan, Green Jack. Il connaissait bien son métier, et m’a tout appris ».
Jazz est le fils d’un serial killer.
Après l’arrestation de son père, il tente de reprendre une vie normale dans la petite ville de Lobo’s Nod. Jusqu’à ce qu’on retrouve un corps. Puis deux. Un meurtrier sévit à nouveau dans la région. Quel meilleur coupable que le fils du monstre ? Pour prouver son innocence, Jazz décide d’aider la police à traquer le coupable. Mais est-ce si facile quand on a reçu le goût du sang en héritage ?

Les premières lignes du roman nous plongent dans la pensée de Jasper – dit Jazz – Dent, fils d’un des plus grands tueurs en série qu’ait connu l’Amérique et occupé, pour l’heure, à espionner les forces de police.
Jasper est un adolescent plutôt tranquille, quoique torturé par le passé et les actes de son père, bien qu’il n’y soit pas pour grand chose. Quatre ans après la glorieuse arrestation de son sanglant Paternel, il tente de reconstruire sa vie, et sa réputation. Alors, forcément, quand les cadavres commencent à s’empiler, les regards ne tardent pas à se tourner vers le jeune homme…Forcé d’assurer ses arrières, il ne trouve pas de meilleure idée que proposer son expertise  à la police.

Évidemment, ce n’est pas facile, car les policiers ne sont pas hyper ravis  de l’insistance de Jazz qui, de son côté, semble habité par de bien sombres pulsions qu’il tente de dissimuler. Ses élans psychopathes donnent une dimension éminemment dramatique et sordide au roman. Très régulièrement, Jazz est assailli par ses souvenirs, et les leçons d’assassinat dispensées par son cher papa nous sont retransmises dans toute leur horreur : c’est glauque à souhait, mais on en redemande.
En ce sens, le roman dispose d’un paysage et d’une ambiance admirables : c’est lugubre, sinistre et angoissant juste comme il faut. Jazz est doté d’un humour noir assez redoutable, et ses petites piques s’intègrent parfaitement au cadre romanesque. Si on y ajoute ses idées noires, cela donne au personnage une personnalité délicieusement ambivalente.
Pourtant, si son côté psychotique donne un ton décalé au roman et le rend si prenant, j’ai trouvé que ses atermoiements et introspections prenaient un tout petit trop de place. Ils sont très fréquents, et on s’apesantit un peu trop dessus. Certes, ils participent de la bonne construction du personnage, mais un peu moins eût été parfait.
Aux côtés de Jasper, on trouve les acolytes parfaits : une petite amie et un meilleur ami. Chacun à leur manière, ils détournent les codes du roman noir et renforcent parfaitement le ton décalé de l’ensemble du roman. Petit regret : ils apparaissent essentiellement pour relancer l’intrigue et il est vrai que l’on aurait volontiers fait un petit bout de chemin supplémentaire avec eux.

L’intrigue tient quasiment du huis-clos, car tout se déroule dans la petite ville de Lobo’s Nod. Cela renforce l’ambiance très particulière du roman, et l’atmosphère étouffante qui se dégage des lignes.

Car enfin, on se demande sans cesse qui, comment et pourquoi. Ces trois questions reviennent sans cesse, et c’est bien ce qui alourdit l’ambiance et la rend si prenante. Les indices et les découvertes sont distillés au compte-goutte. Même si l’on tourne en quasi huis-clos, on se laisse très facilement prendre au jeu et surprendre par les révélations. Alors, après cette extrême construction et cette intrigue si bien maîtrisée, j’ai été un peu déçue par la fin qui, en comparaison, semble brouillonne. Il y a trop d’informations d’un coup, et le flou artistique savamment maintenant jusque-là semble s’évaporer d’un coup. Les romans que l’on délaye sont insupportable mais, pour une fois, il faut reconnaître qu’un ou deux chapitres supplémentaires n’auraient pas été de trop.

En somme, I Hunt killers, c’est un thriller maîtrisé quasiment de bout en bout, porté par un personnage central fort. Le point de vue est atypique, et l’intrique bien menée. Le gros point fort de ce roman, c’est tout de même l’ambiance, aussi glauque et sordide que possible. Sans sombrer dans le gore, l’auteur se maintient sur la corde raide, et propose un récit décalé, fluide, et très agréable à lire. On se fait très vite aux réminiscences de Jazz et, pire, on se met à les attendre impatiemment. Malgré une fin vraiment trop rapide, I Hunt killers permet de passer un très bon moment de lecture, dans une ambiance sordide, et aux prises avec une intéressante enquête !

◊ Dans la même série : Game (2) ; Sang pour sang (3).

I Hunt killers, Barry Lyga. Editions du Masque (MsK), 2013, 347 p.
8/10.

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7 commentaires sur “I Hunt killers, Barry Lyga.

  1. solessor dit :

    J’adore ! y a moyen qu’il me plaise beaucoup celui-là, avec son côté obscur ! Et je trouve l’idée assez originale en plus !

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  2. Je l’ai vu dernièrement dans une librairie et, tu t’en doutes, le titre m’avait de l’œil et je savais que tu avais écris une chronique à ce propos, donc avant de faire mon choix… La critique sur les personnages secondaires me fait un peu peur : j’aime moyennement les personnages-meubles :/ Après, ça a l’air de se rapprocher du style de Dexter (le lecteur voit à travers les yeux du protagonistes et ne connaît les autres qu’avec cette vision), je peux m’y faire. Surtout si l’intrigue vaut le coup, l’ambiance… Enfin, comme il ne semble pas très long, je pense que je me laisserai tenter la prochaine fois que je le vois en libraire ! Merci pour cette chronique 😉

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    • Sia dit :

      Mais de rien ! Je n’ai jamais regardé Dexter, donc j’avoue que ça ne me parle pas trop, tout ça =D Dans I Hunt killers, l’intérêt c’est vraiment Jazz et l’enquête, je pense que c’est pour ça que l’auteur ne s’est pas trop embêté avec les persos secondaires. Cela dit, l’ambiance est aux petits oignons, c’est le gros point fort (et c’est pas long, en plus) !

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  3. […] Wiz). Science-fiction.  ♦ Sœurs Sorcières, tome 3, Jessica Spotswood (Nathan). Fantasy. ♦ I Hunt killers, tome 3, Blood of my blood, Barry Lyga (MsK). Thriller. – Héros de l’Olympe, tome 5, […]

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  4. bea285 dit :

    Bon c’est officiel ton avis a su me convaincre. Ce livre a l’air vraiment sympa. ^^

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