Rouge rubis, Kerstin Gier.

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Gwendolyne, 16 ans, mène une petite vie tranquille à Londres. Vie normale, scolarité normale dans une grande école privée normale, famille presque normale. Oui, car le bât blesse : dans la famille de Gwendolyne, certaines filles ont la faculté de voyager dans le temps, talent qui n’apparaît qu’après la seizième année. Heureusement, Gwendolyne n’est pas supposée porter le gène incriminé… c’est sa cousine Charlotte qui devra se charger de sauver le monde en allant dans le passé.
Sauf, bien sûr, si Gwendolyne est elle aussi porteuse du gène. Là, ça changerait tout, et ça ne ferait pas plaisir à tout le monde…

 

Pour celles et ceux qui jettent un oeil de temps en temps à ce blog, vous savez que je me suis ennuyée à mourir avec Damnés. La couverture de Rouge rubis lui ressemble comme deux gouttes d’eau, ce qui m’a fait craindre le pire. Mais, au final, je dois reconnaître que j’ai été agréablement surprise, d’une part, et quelque peu déçue, d’autre part.
Avis mitigé, donc.

Rouge rubis, premier tome d’une trilogie, avait tout pour me plaire, vu qu’il y est question de voyages dans le temps. Voilà une thématique qui me botte ! D’autant que l’auteur a vraiment réfléchi à son sujet : les voyageurs dans le temps ne peuvent pas décider de quand ils partent… et leurs sauts peuvent avoir des durées parfaitement indéterminées. Sauf si, bien sûr, ils utilisent un appareil leur permettant de maîtriser leurs sauts. Ici, donc, le saut dans le temps n’est pas vu comme un super-pouvoir, mais plutôt comme une malédiction, un pouvoir incontrôlable. Pour n’avoir aucun problème de saut incontrôlé, les voyageurs doivent forcément élapser (sauter dans le temps) quelques heures par jour, ce qui s’avère assez contraignant. On est donc très loin du personnage tout-puissant, aux pouvoirs infinis et maîtrisés. Les personnages sont limités dans leurs actions et tous ces aspects techniques autour du saut dans le temps, ce qui est bien appréciable. En revanche, il est dommage que tout ne soit pas aussi bien expliqué, ni aussi détaillé. Les questions de continuum, par exemple (un classique du voyage dans le temps) restent assez superficielles, et le tout manque un peu de précision. De même, on ne sait pas exactement en vertu de quoi les durées du voyage sont programmées, et ce qui permet aux voyageurs de revenir après une durée précise. Cela étant dit, le voyage semble assez mystérieux à ses propres acteurs, aussi peut-on supposer que la question sera réévoquée plus tard.
En revanche, l’auteur envisage un certain nombre de questions pratiques concernant les voyages spatio-temporels, qui sont tout à fait pertinentes. Ses personnages accordent un soin particulier à l’endroit d’où ils partent, et tiennent compte de l’histoire de la géographie des lieux : sauter d’un building ou d’un pont peut, en effet, s’avérer dangereux si le-dit bâtiment n’existe pas dans la période visitée.

Autre bémol : les personnages sont assez mous et stéréotypés. On a la jeune fille totalement sous-estimée mais plutôt mignonne et point trop bête, la pimbêche de service, la famille élargie désagréable, la mère qui tente de joindre les deux bouts, le beau gosse désagréable mais très sexy et, bien sûr, des méchants dangereux.
Certes, tout cela fonctionne assez bien au final, mais c’est un peu léger à mon goût – même si certains personnages sortent bien de leur rôle attendu (mais pas les protagonistes, hélas) et déjouent le stéréotype initial. Gwendolyne, par ailleurs, donne très envie de lui coller des tartes par moments alors qu’à d’autres, elle fait l’effet d’une jeune fille volontaire et intéressante. C’est un personnage assez ambivalent, dont les réactions un peu niaises et égoïstes succèdent à des actions plus nobles. Il est également regrettable qu’elle se laisse si rapidement et facilement guider par ses hormones et que le récit s’engage, sans surprises, sur la voie de la romance. L’évolution est très rapide (trop) et, encore une fois, on en sort avec une désagréable impression de facilité. Cela étant, Gwendolyn a une façon de narrer ses aventures qui est assez décalée et, en dehors de ses séances d’autoapitoiement agaçantes, c’est une narratrice très agréable à suivre, dotée d’un sens de l’humour assez particulier (et attachant).

De façon assez classique, on trouve ici deux factions qui s’opposent, avec des buts divergents. Cependant, une troisième faction fait son apparition et brouille les pistes. On sort donc d’un affrontement gentils/méchants désespérément classique et, à plusieurs reprises, on se demande si les opposants sont bien ceux que l’on nous désigne comme tels…. Il est clair que ce premier tome est là pour poser les bases de l’univers, de l’intrigue, et des relations entre les personnages ; le manque d’action et de ressorts est assez flagrant mais permet de donner une vue assez complète de l’univers. Avec un peu de chance, cela permettra aux tomes suivants de décoller.

Ce premier tome de Rouge rubis, s’il m’a paru un peu lent et un peu faible côté scénario, a le mérite de présenter complètement son univers et ses acteurs. Certains développements font tirer la grimace par leur rapidité, mais la narration fait que la lecture est assi fluide qu’agréable. Il m’a manqué la petite étincelle qui fait qu’on accroche dès le départ, mais j’ai néanmoins envie de savoir comment l’auteur va développer son univers et son intrigue, donc je lirai très certainement la suite.
Autre point non négligeable, l’auteur a choisi de traiter le voyage dans le temps, ce qui n’est pas si courant, et indépendamment d’une intrigue nécessitant d’aller sauver quelqu’un ou quelque chose dans le passé. Cela change,  et ça fait de Rouge rubis un début de saga assez intrigant. Pas de coup de cœur, donc, mais une curiosité qui reste assez forte. 

♦ Dans la même série : Bleu saphir, 2.
Vert émeraude, 3.

 

Rouge rubis, #1, Kerstin Gier. Milan, 2011, 337 p.
7/10.

 

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10 commentaires sur “Rouge rubis, Kerstin Gier.

  1. Frankie dit :

    Je n’ai pas grand chose à rajouter à ta chronique car j’avais pensé à peu près la même chose de ce premier tome. J’adore aussi les livres/films/séries sur les voyages dans le temps, le livre est sympa à lire mais reste un peu trop ado et superficiel.

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  2. Flora dit :

    Petite question : sait-on pourquoi ça s’appelle « Rouge rubis » ? L’accumulation des stéréotypes (pouvoir révélé à 16 ans, le mec ténébreux…) font que je passerai néanmoins mon chemin…

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    • Sia dit :

      Oui ! En fait, il y a une intéressante mythologie construite autour de ces voyageurs dans le temps. Ils sont 12 (commes les heures, les mois de l’année, tout ça…) et chacun est associé à une pierre, un animal, un arbre, etc.  Rouge rubis, c’est donc Gwen, la narratrice. Il y a aussi tout un appareil de prophéties (un peu moins intéressantes, d’ailleurs je les ai sautées, et apparemment j’aurais raté un détail crucial, mais j’avais compris sans lire la prophétie, donc tout va bien).  Je m’avance un peu, parce que j’ai commencé le 2 et j’ai l’impression que l’auteur va contourner ces stéréotypes. Je suis très curieuse mais je trouve tout de même que ça reste un peu superficiel (et un poil trop axé sur la mouvance romance fantastique, malheureusement). 

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  3. Liestra dit :

    Je dois avouer que c’est un roman qui ne me tente absolument pas 😦 J’ai eu ma dose de romans young adult aux personnages stéréotypés^^ J’attends tout de même de lire ton avis sur le tome 2, peut être que… 😉

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    • Sia dit :

      J’attends moi aussi le tome 2 au tournant, je dois dire ! Là, c’est très stéréotypé et convenu, mais la narratrice rend le récit intéressant.

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  4. Frankie dit :

    Oui j’ai lu les deux suites, c’est dans la même veine, léger et sympa. Et c’est vrai que Sans parler du chien est top à ce niveau-là.

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    • Sia dit :

      Rouge rubis est même un poil trop léger à mon goût (j’ai lu la suite, entre temps). Et c’est difficilement comparable à Sans parler du chien, en effet !

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  5. […] Je ne vous refais pas l’histoire, c’est – grosso modo – la même que dans le roman. L’adaptation n’est pas mauvaise, mais non plus exceptionnelle. Si j’ai trouvé […]

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  6. […] des réticences friserait l’euphémisme, vu le désamour que j’ai éprouvé pour les aventures de Gwendolyn, du même auteur. Mais j’ai bien fait de m’intéresser à cette nouvelle série, tant […]

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