L’île des damnés, Les Agents de M. Socrate #4, Arthur Slade.

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Agent secret aux pouvoirs hors du commun, Modo travaille depuis toujours aux ordres de M. Socrate, un britannique bien introduit dans le milieu du contre-espionnage. Modo lui est totalement dévoué. Pourtant, lorsqu’un missive arrivant de France lui annonce que ses parents (qui l’ont abandonné à la naissance, terrorisés par sa difformité) sont peut-être en danger, c’est sans hésiter que le jeune homme se lance à leur recherche, sans tenir compte des recommandations de son patron.
Il faudra tâcher d’être prudent : car si la Confrérie de l’horloge est vivement intéressée par le jeune garçon, mettre la main sur ceux qui lui ont donné la vie l’intéresse tout autant, et la redoutable organisation a déjà une bonne longueur d’avance. Sur la route de Modo, le gardien des cloches de Notre-Dame, un géant de chair dont le cœur ne bat pas, un palais de cristal au beau milieu de l’océan et l’infernale Mlle Hakkandottir à la main d’argent veillent. Malgré sa volonté féroce, Modo sera-t-il de taille à lutter ?

Modo, jeune homme difforme recueilli par M. Socrate, dirigeant d’une société secrète, est un espion accompli. Accompagné de la jeune Octavia, fausse lady, pickpocket, tout-droit sortie des bas-fonds de Londres, il a déjà accompli des prodiges. Ensemble, ils ont déjoué un complot visant la couronne britannique, déniché une cité sous-marine avant-gardiste, et exploré la jungle australienne ; ce sont des agents accomplis, des espions formés aux techniques les plus pointues de combat, rompus aux actions barbares et sournoiseries de leurs ennemis. Pourtant, il suffit d’une simple missive pour rendre Modo hors de contrôle. Colette, la jeune espionne française rencontrée dans La Cité bleue d’Icaria, lui fait savoir que ses parents biologiques ont peut-être maille à partir avec la terrible Confrérie de l’horloge. Motivé par un amour filial plus fort que tout, Modo insiste pour aller sauver ces inconnus qui l’ont renié dès sa naissance.

Avec ce tome, on franchit un cran en maturité. Finies les petites histoires ; Modo est lancé à la recherche de ses origines, ce qui motive chez Octavia des sentiments troubles, puisqu’elle aussi a été abandonnée. Si Modo a été abandonné en raison de sa difformité, Octavia a été laissée avec le mot « Fardeau » épinglé sur ses linges. Deux histoires traumatisantes, mais que les jeunes agents ont laissées de côté jusque-là. Ce tome est centré sur la quête des origines, et sur la douloureuse question de l’abandon de ces orphelins. Le ton est donc nettement plus sérieux que dans les épisodes précédents, même si Arthur Slade sait ménager les passages humoristiques ou plus détendus. De plus, les événements survenus dans Le Peuple de la pluie induisent un fort questionnement chez Modo et l’ont clairement fait évoluer. Ce n’est plus un adolescent, mais un jeune homme qui se prend en charge, prend de lourdes décisions, les assume et agit en son âme et conscience. Tout au long de la série, ce personnage a une très belle évolution (alors qu’Octavia reste plus statique, et évolue moins dans les grandes largeurs). Dans ce tome, il est extrêmement touchant ; ses sensations et émotions sont bien décrites, sans sombrer dans le mélodrame ou l’étalage inutile de sentiments. Elles apportent juste ce qu’il faut à la construction du personnage et à la construction de l’intrigue, et montrent qu’Arthur Slade maîtrise son personnage sur le bout des doigts.Avec ce qu’il s’était passé dans le tome précédent (pour résumer, disons « divers épisodes quelque peu traumatiques »), je n’en attendais pas moins de sa part.
Les interactions entre les deux personnages principaux sont toujours aussi bien pensées, l’auteur alternant discussions sérieuses et passages nettement plus drôles. Leurs dialogues sont toujours empreints d’une ironie assez féroce, l’un comme l’autre ne s’épargnant pas les petites piques. Le retour de Colette regonfle les relations de la paire d’agents, motivant chez Octavia une jalousie féroce, et chez Modo un certain désir de plaire – assorti, bien sûr, des son dégoût de lui-même, toujours aussi prononcé. Le fait de retrouver la jeune française provoque un bon suspens, et donne lieu à quelques scènes aussi émouvantes que bien écrites.

Du côté de l’intrigue, j’ai été ravie de constater qu’Arthur Slade sait se renouveler : certes, l’ennemi est toujours la Confrérie de l’horloge, mais si, jusque-là, les interactions entre les deux sociétés se sont limitées à de petites escarmouches, on se trouve ici dans un genre de « grande bataille » – qui m’a d’ailleurs fait me demander si l’on arrivait à la fin de la saga, mais je réévoquerai ce point plus tard. Par ailleurs, l’aspect steampunk est nettement plus poussé que dans les tomes précédents. Les inventions utilisées ici ne sont certes pas d’époque, et fonctionnent à grands renforts de boulons et injecteurs à vapeur.

Si ce tome est plus épais, on ne change pas une équipe qui gagne : l’écriture d’Arthur Slade est toujours directe, et son style très efficace, ce qui fait que la série est tout adaptée à la jeunesse – quoi que ce tome soit plus mature et profond que les autres. Bien sûr, on retrouve quelques références littéraires émaillant le récit, dont la plus important est sans aucun doute Frankenstein de Mary Shelley.

En somme, si vous avez aimé les trois premiers tomes, vous ne pourrez qu’apprécier cet opus-là. On retrouve ce qui a fait, jusque-là, les points forts de la saga : un style direct, une ambiance victorienne mâtinée de steampunk, des personnages intéressants et complexes qui évoluent bien. L’intrigue opère un lien très fort avec ce qu’il s’est passé dans les tomes précédents ; tous les éléments sont pris en compte et réutilisés pour alimenter plein de petits détails qui servent à la construction de l’intrigue générale, ou à l’évolution des personnages. Avec L’Île des damnés, on a le sentiment très net d’avoir franchi un cran en maturité, par rapport aux opus précédents, tant dans l’évolution des personnages que dans la profondeur de l’intrigue. Tant et si bien qu’on peut se demander si ce tome marque la fin de la saga ou, peut-être, la fin d’un cycle et le début d’un autre, la fin du tome restant très ouverte, et pouvant donner une suite intéressante. Encore une fois, j’ai passé un excellent moment en compagnie d’Octavia et Modo, avec cette aventure dynamique et émouvante et je remercie les éditions du Masque de m’avoir permis de lire ce dernier opus !

 

Dans la même série : La Confrérie de l’horloge. (1)
La Cité bleue d’Icaria. (2)
Le Peuple de la pluie. (3)

 

Les Agents de M. Socrate #4, L’Île des damnés, Arthur Slade. Editions du Masque (MsK), 2013, 326 p.
8,5 /10.

2 commentaires sur “L’île des damnés, Les Agents de M. Socrate #4, Arthur Slade.

  1. Marc Lef dit :

    C’est exactement ce que j’adorais lire plus jeune!

    J'aime

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