Carbone modifié, Richard Morgan.

Carbone-modifie-Morgan

Dans un avenir pas si lointain, la mort n’est plus définitive ; vous pouvez sauvegarder votre conscience et vos souvenirs, et les réimplanter dans un nouveau corps, autant de fois que vos finances vous le permettent.
Pour Takeshi Kovacs, mourir n’est pas une expérience inédite : il a déjà été tué plusieurs fois. C’étaient les risques du métier, dans les Corps diplomatiques, les troupes d’élite du Protectorat des Nations Unies, expédiées à travers la galaxie. Mais cette fois, on la ramène sur Terre pour mener l’enquête : un riche magnat veut élucider sa propre mort, parce que la police a conclu au suicide. Mais pourquoi se suicider quand on sauvegarde son esprit tous les jours, certain de revenir parmi les vivants ?

Dans l’univers de Carbone modifié, vous pouvez mourir, ça n’a pas grande importance : on transfère votre pile corticale dans un nouveau corps. Cette façon de vivre a des conséquences inédites : les criminels ne vont plus en prison, ils sont simplement « stockés » durant leur peine, qui peut facilement atteindre plusieurs centaines d’années. Parallèlement, la conquête spatiale a bien avancé et de nombreuses planètes ont été conquises.
Takeshi Kovacs, notre personnage principal, vit sur Harlan. Anciennement membre des Corps diplomatiques, il s’est reconverti dans la pègre. Et lorsqu’il sort de sa peine, il s’aperçoit qu’un riche homme d’affaires veut qu’il élucide sa propre mort. Dans cette affaire, tout est bizarre : la victime, dont l’esprit était automatiquement sauvegardé se serait suicidée, elle a 300 ans, et sa femme, aussi âgée, semble en avoir à peine 20. Pire : Kovacs se rend compte que la police, représentée par la jeune Kristin Ortega, lui est hostile, et que son enveloppe déclenche des réactions inédites. Quant à l’enquête, elle l’emmène dans les bas-fonds terriens et les circonvolutions des espaces virtuels et numériques.

Carbone modifié, ce n’est pas seulement de la S.F. dopée aux anabolisants : c’est aussi un polar futuriste, ou même un cyber thriller. Car Takeshi Kovacs, en enquêtant, va mettre le doigt sur un très gros poisson. Au travers des informations qu’il glane, c’est tout l’univers de Richard Morgan qui se dessine en filigrane : les questions d’éthique liées au stockage sont constamment évoquées, de même que les répercussions sur la délinquance et la criminalités. Car, après tout, si vos victimes renaissent, les tuer est-il vraiment un crime ? D’aucuns profitent très largement de la situation, évidemment – et Kovacs n’est pas le dernier.

L’intrigue est dense, et très complexe, mais le style de Richard Morgan la rend très agréable à lire. Il faut, cependant, un peu de concentration pour bien percevoir les ramifications de la situation politique et économique évoquée, parfois à demi-mots. C’est ce qui est bien dans ce livre : l’enquête n’est pas juste plaquée sur un univers original. Elle en fait partie d’une certaine manière, et l’univers est aussi dense que bien pensé. Côté personnages, j’ai apprécié le duo Kovacs/Ortega, qui sont loin d’être manichéens. Kovacs, après tout, est un gangster récidiviste à la moralité parfois douteuse. Pourtant, il s’investit à fond dans un combat contre des humains largement et irrémédiablement dévoyés. La plupart des questions d’éthique sont bien traitées ; n’attendez pas de dissertation, c’est plus subtil, et bien intégré à l’enquête.

Au final, mon seul regret est qu’il y a surtout, et essentiellement de l’action. Ne vous méprenez pas, ce n’est pas désagréable. L’histoire est survoltée, ça part parfois dans tous les sens, et on est souvent sur les dents. Le rythme est soutenu, et les phases calmes rares. Takeshi Kovacs a souvent des éclairs de fulgurance et comprend la situation, son esprit additionnant deux et deux – pas comme celui du lecteur, malheureusement, qui reste parfois sur le carreau. Tout est, bien sûr, expliqué par la suite, et ce n’est pas si désagréable que ça de se faire balader royalement par l’auteur – mais j’aurais préféré, c’est clair, parfois un peu plus d’explications.

En somme, Carbone modifié est un bon petit thriller dopé à la sauce cyberpunk, dans un univers complexe à souhait, et avec des personnages soignés. Très agréable à lire, il devrait plaire aux fans de SF comme aux habitués des thriller complexes. Pour ma part, j’aime le relire, et je mettrai bien volontiers la main sur le tome 2.

 

Carbone modifié, Le Cycle de Takeshi Kovacs #1, Richard Morgan. Milady, 2008, 571 p.
9/10.

 

ABC-2013-Imaginaire

Publicités

15 commentaires sur “Carbone modifié, Richard Morgan.

  1. Nyx dit :

    Je n’ai encore jamais lu de « polar futuriste » (je t’emprunte l’expression ^^) mais tu viens de me donner envie de m’y plonger en moins de dix minutes ! Chapeau bas ;). 

    J'aime

  2. Cyril dit :

    Il est dans ma bib avec le sentiment d’avoir été un achat fait trop rapidement donc la lecture attendait. Mais ta chronique donne envie ! Finalement, je vais peut-être y mettre le nez !

    J'aime

    • Sia dit :

      Ha, je connais ce sentiment, qui fait que des titres croupissent pendant des lustres dans la PAL! Je suis contente que la chronique te donne envie de l’en ressortir. J’espère que la lecture te plaira!

      J'aime

  3. Flora dit :

    Très belle chronique qui donne envie de découvrir ce titre intéressant ! Ca me rappelle curieusement la série Dollhouse que j’ai beaucoup aimée, dans laquelle les gens se font sauvegarder leur personnalité et programmer d’autres… Il y a d’ailleurs un épisode où les souvenirs d’une femme sont réintroduits dans un autre corps pour qu’elle élucide son propre meurtre, cela fait donc bizarrement écho !

    J'aime

    • Sia dit :

      J’ai vu un seul épisode de cette série (qui était assez glauque, je dois dire) et c’est vrai que c’est un peu le même principe. Il y a un film sorti récemment qui m’y a fait penser, aussi, c’est Clones (mais je ne l’ai pas vu!).

      J'aime

  4. BlackWolf dit :

    J’ai apssé un excellent moment avec ce livre, certes, à l’action très présente mais qui se révèle aussi dense et travaillé. Les suites sont vraiment bonnes même si elles sont un poil en-dessous.

    J'aime

    • Sia dit :

      Oui, la place de l’action était un regret vraiment minime, parce que l’univers est tellement dense, que ça compense largement. Ce que j’aime, c’est qu’on n’a pas l’impression que l’action sert juste à dire « eh, regardez, j’ai bien pensé mon truc » ; non, ça s’intègre vraiment bien. Même si la suite est un poil en-dessous (c’est toujours le risque), je la lirai avec plaisir.

      J'aime

  5. Blabliblou dit :

    Je ne connaissais pas du tout, mais ça m’a l’air bien! Merci pour le tuyau!

    J'aime

  6. Cyril dit :

    Ca y est ! après ta critique je viens de le finir, merci de me l’avoir remis en tête, j’ai beaucoup apprécié cette lecture.  

    J'aime

  7. pom' dit :

    je viens de le recevoir en echange, c’est un bon choix, tu as l’air d’avoir bien aimé

    J'aime

  8. […] c’est Netflix qui l’annonce ! Carbone modifié, l’excellent thriller cyberpunk de Richard Morgan – que je vous recommande chaudement […]

    J'aime

Mettre son grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s