Le Retour du sorcier, La Prophétie du royaume de Lur #2, Karen Miller.

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Morg a investi le corps de Durm, le Maître Magicien.
Mais après le tragique accident de la famille royale, Durm est dans le coma et le sorcier se retrouve piégé. Il doit en sortir à tout prix afin de reprendre le contrôle de Lur et de briser le Mur de Bari. Gar a survécu mais ses pouvoirs magiques s’affaiblissent. Seul Asher pourrait l’aider. Gar réussira-t-il à convaincre son ami olken d’utiliser la magie qui lui est interdite ? Le risque est de taille car si Asher était découvert, il serait exécuté et le royaume de Lur vivrait les Derniers Jours annoncés par la Prophétie…

Après la fin particulièrement cruelle – pour le lecteur – du premier tome,  on apprécie que ce tome 2 s’ouvre dans la foulée directe. On retrouve donc Gar aux prises avec le pouvoir, la nécessité de gérer tout le royaume, et celle de maîtriser sa capricieuse magie, sans personne pour l’épauler, sauf Asher, évidemment. Morg, quant à lui, est bien à l’abri dans le corps de Durm, qui agonise sur son lit à l’infirmerie. Cette situation fait que le début est un peu long à démarrer – même s’il reste très raisonnable par rapport à l’ensemble du volume textuel, ce second tome se présentant comme un bon petit pavé de 600 pages.

Dans cette suite, on retrouve des personnages aussi travaillés, vivants, et présents que précédemment. Les caractères sont parfaitement nuancés, et l’auteur sait différencier les strates de sympathies. On a donc des gentils vraiment gentils (Matt, Dathné, Gar, etc…), des gentils neutres (Orrick), des méchants qui sont juste un peu agaçants (Darran), des méchants simplement nuisibles (Willer) ou encore des méchants vraiment très méchants (Morg). Ce dernier est le seul qui fasse tiquer : oui, il est méchant, oui, il est très maléfique et ha! il est très content de l’être, ce qui fait qu’il est un poil trop méchant pour être crédible sur toute la ligne. En même temps, un méchant qui patiente 6 siècles avant de se venger, on peut concevoir qu’il ne fasse pas dans la dentelle.

L’auteur non plus d’ailleurs ; dans ce tome-là, elle ne lésine pas sur les petites trahisons – les plus douloureuses – et n’épargne rien à ses personnages. Asher chute violemment de son piédestal, est traîné dans la boue, et condamné, comme l’exige l’implacable loi doranenne. De son style si vif et précis, Karen Miller nous fait souffrir à l’unisson. On tremble, on stresse, on souffre, on en pleurerait presque par endroits. Quoi qu’il arrive, les personnages restent toujours crédibles. Foin des attitudes héroïques ici : comme toute personne normalement constituée, Asher parle sous la torture.  Pas de faux sentiments : alors que la cabale est déclenchée contre lui, tout le monde lui tourne le dos, et personne ne s’avise de jouer les personnages romantiques, ce qui évite les scènes larmoyantes qu’on aurait pu craindre.
Après un début un peu long, les événements s’enchaînent ; complots, scandales, prises de pouvoir et de becs. Les amitiés se font et se défont, dans une partie qui ressemble à une fresque politique. Si Asher est prêt à mettre la tête sur le billot, Gar fait tout son possible pour éviter que le royaume ne sombre dans le chaos. Oui, car si Asher a fauté, c’est tout le peuple Olken qui est menacé – et là se dessine la nette séparation opérée entre les classes aisées de Doranens, et la masse laborieuse des Olkens. Heureusement, l’auteur ne sombre pas dans le manichéisme le plus insupportable, et dose parfaitement les divers retournements de situations.

On remarque que quelques événements marquants du tome 1 servent d’explications à certaines subtilités de l’univers de Lur, dans ce tome 2 : l’épisode la Moisson Marine est revu sous le prisme de la magie olkenne, et la mort de Timon Spake sert de référence dans la condamnation d’Asher. L’univers créé autour de ce petit royaume est donc très riche, surtout très bien pensé, et surtout utilisé à bon escient. Tout est clair, expliqué, justifié, sans être non plus trop didactique. Poursuivant la trame initiée dans le tome 1, Karen Miller déroule peu à peu son histoire : ce que j’ai aimé ici, c’est que les personnages ne s’échinent pas à combattre cette fameuse prophétie. Non : tous jouent son jeu, quelles qu’en soient les conséquences (habituellement, le but du jeu est plutôt de trouver comment éviter qu’elle ne se réalise). Autre point fort : l’attitude finale d’Asher. Lorsqu’il découvre ce que ses amis lui ont caché, il se met salement en rogne – ce qu’on peut comprendre, d’une part devant l’ampleur du mensonge, d’autre part en raison de son caractère irascible légendaire. Hors de question pour lui de pardonner à Gar, qui a signé sa condamnation, ou à Dathné qui lui a menti : les échanges sont crus, violents, et pleins d’un ressentiment compréhensible. Mieux : lorsqu’Asher comprend quel est le rôle que la prophétie lui a réservé, il a à nouveau une attitude rare pour un personnage romanesque. Alors que la plupart des victimes désignées par des prophéties dans les romans de fantasy râlent un peu pour la forme avant d’aller accomplir leur devoir en sifflotant (non sans avoir saoûlé le lecteur de paroles creuses et bien pensantes), Asher entreprend de faire payer très précisément à chacun son attitude (avec un acharnement et un sens de l’à-propos admirables). Non seulement il tempête, mais en plus il refuse tout de go d’aller mettre sa peau en danger, arguant (à raison) qu’il n’a rien demandé, lui. C’est donc à contre-cœur et en exprimant très vivement son déplaisir qu’il s’attelle finalement à la tâche – parce qu’il le faut bien – tout en restant en accord avec les opinions qu’il a exprimées.

La fin, dans tout ça, m’a paru quelque peu rapide : certes, on a droit à un combat épique mais, au vu de l’intense préparation, quelques pages de plus auraient été appréciables. De même, j’aurais apprécié de dire adieu à moins de personnages clefs : sans être une fervente adepte du happy end, quelques morts de moins ne m’auraient pas déplu.
En somme, malgré quelques passages convenus et quelques défauts du « premier roman », ce second tome tient les promesses du premier. Il clôt magistralement le diptyque, qui se présente comme une saga fantasy de qualité, originale dans les choix faits quant à la magie, même si le schéma reste très classique, et très prenante du point de vue des personnages et des péripéties. Le style vivant de Karen Miller fait que le roman se lit sans difficultés, et avec une grande curiosité, tant le suspens est ménagé. Voilà qui restera comme un très bon souvenir de lecture, et une intéressante découverte.

 

◊ Dans la même série : Le Mage du prince (1).

Le Retour du sorcier, La Prophétie du royaume de Lur #2, Karen Miller. Fleuve Noir, 2009, 594 p.
8,5 /10.

Lecture commune ! Retrouvez les avis de Nelcie, licorne, et Liestra !

 

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Cette entrée a été publiée dans Fantasy.

4 commentaires sur “Le Retour du sorcier, La Prophétie du royaume de Lur #2, Karen Miller.

  1. Nelcie dit :

    Je suis d’accord avec toi sur le fait que la fin est un peu trop rapide. C’est vrai également que le fait qu’Asher se retrouve seul au moment de sa condamnation est un vrai plus dans cette histoire, ce qui la rend encore plus prenante. Par contre, je n’ai pas trouvé que Morg faisait « trop » méchant. Pour moi il incarne parfaitement le mal. Mais comme je le dis dans mon article, j’ai été ennuyée qu’il se dévoile si tardivement.

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    • Sia dit :

      Par « trop » méchant, je voulais dire que c’est le seul qui ne soit pas fait dans la nuance, contrairement à Darran, par exemple, ou même Willer (lui, il est bête en plus d’être méchant)! En même temps, après avoir patienté 600 ans, on ne s’attend pas vraiment à ce que Morg soit finalement un type bien sous tous rapports. Et c’est vrai que tout ce qui a trait à la condamnation d’Asher est un gros plus : ça sonne juste et vrai, et ça ne semble pas artificiel comme d’autres romans peuvent l’être =)

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  2. licorne dit :

    Pour en rajouter un peu sur « Morg », je l’ai trouvé un peu léger pour un si grand magicien ! pas assez crédible… Mais heureusement le couple Gar – Asher fonctionne bien. Il y a une petite lenteur au début qui s’efface peu à peu et on reprend avec plaisir un bon rythme jusqu’à à la fin de l’histoire ! Malgré une lecture trop hachée de mon côté, ces 2 tomes reseteront dans mon souvenir comme une fantasy divertissante et sympathique !

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    • Sia dit :

      Oui, mais en même temps, il est tellement imbu de lui-même qu’il n’envisage même pas être dépassé par quelqu’un. Pour moi aussi, ces deux tomes resteront un bon souvenir de lecture, tant par le dynamisme de la fiction que par la richesse de l’univers créé!

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