La Voix des rois, Les Haut-Conteurs #1, Oliver Peru & Patrick McSpare.

 

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1190, Tewkesburry, royaume d’Angleterre. A treize ans, Roland ne rêve que de voyages, de chevalerie et d’aventures. Seulement ses parents ont besoin de lui pour tenir l’auberge familiale. Il ne connait le monde que par les gens de passage, et son meilleur ami, l’ennui, semble bien décidé à lui gâcher son existence.
La venue d’un Haut-Conteur au village va tout changer. Le prestigieux chasseur d’histoires et d’énigmes enquête sur les mystères de la forêt de Dean et sur les goules qui s’y cachent. Il ne craint pas les croque-cadavres et s’enfonce seul dans les ténèbres, nuit après nuit… mais un matin, il ne revient pas.
L’histoire a-t-elle mangé celui qui aurait dû la raconter ? C’est ce que va tâcher de découvrir Roland… et peut-être deviendra-t-il lui-même Haut-Conteur ?

Comme beaucoup d’enfants, Roland rêve d’une vie aventureuse, loin de son petit village, une vie qui lui permettrait à la fois de voyager et de faire de palpitantes découvertes. Une vie de Haut-Conteur, par exemple. Car les hommes et les femmes vêtus de la cape pourpre vont et viennent dans le pays, à la recherche de bonnes histoires. Maniant aussi bien la plume que les mots, ils traquent sans pitié les créatures malfaisantes, et narrent ensuite leurs épopées.
Lorsqu’une Haut-Conteuse se présente à la Broche Rutilante, l’auberge du père de Roland, pour rechercher un collègue disparu en forêt, Roland saute sur l’occasion… et ne tarde pas à déchanter. Le métier de Haut-Conteur est souvent fait de peur, de larmes, et est moins glorieux qu’il n’y paraissait.

Les aventures de Roland ont tout pour charmer petits et grands, surtout qu’elles démarrent sur les chapeaux de roues. Le jeune homme, loin d’être héroïque, est plutôt couard, menteur, et peureux – ce qui change de l’image habituelle du héros! Pourtant, il suit un schéma très classique, mais point désagréable.
Le gros point fort, ici, réside dans l’originalité de la caste des Haut-Conteurs : ces hommes et ces femmes sont réputés pour narrer divinement les histoires. Seulement, voilà : aussi agiles de leurs langues que de leurs mains, les histoires, ils les traquent et n’hésitent pas à aller castagner de la créature maléfique de temps en temps, grâce à des armes très spéciales. Tous les atouts des conteurs sont utilisés : ce sont des érudits qui utilisent leurs connaissances dans un but pratique, et cela donne un univers riche et distrayant.

En ajoutant à leur histoire une trame de fond, Patrick McSpare et Oliver Peru entretiennent un suspens bienvenu. On se croirait dans une véritable quête du Graal, ou à la recherche du trésor des templiers, un trésor convoité par tout un tas d’organisations plus ou moins sympathiques – d’ailleurs, avec tous leurs codes et leurs rites, les Haut-Conteurs font quelque peu penser à des confréries secrètes et très select existantes. De plus, l’aventure se passe en plein Moyen-Âge, période réputée pour son amour des mystères, symboles et autres trésors cachés. Les auteurs ont parfaitement réutilisé l’ambiance médiévale dans leur aventure. Tout y est : les nuits à la dure dans les bois, les superstitions idiotes, et les légendes bien ancrées.
L’autre immense point fort, c’est que les auteurs réinvestissent des mythes et des légendes du folklore européen, et ce de manière très réussie. Même si les créatures sont assez connues (goules, vampires…), elles sont parfaitement intégrées à l’histoire. On découvre donc tout à la fois cette mythologie, la caste des Haut-Conteurs, la personnalité de Roland (qui se découvre lui-même, au passage), et la contrée de Tewkesbury.

Côté personnages, on n’est pas déçus non plus : si j’aurais apprécié que Roland ait un ou deux ans de plus, on le suit d’un bout à l’autre de son évolution. Le jeune homme effacé prend de l’assurance, et ne s’en laisse pas trop compter. A ses côtés évoluent une belle brochette de caractères dissemblables : la « Patiente » (qui ne l’est pas tellement en fait) sans peur, le « Ténébreux » aux sombres secrets, le sheriff qui fait froid dans le dos, le noble fanfaron et, bien sûr, les amis de Roland, d’autres enfants de son âge. Tous sont travaillés, même les rôles les plus insignifiants, ce qui contribue à la richesse du roman, et en fait une aventure dense, complexe, et passionnante. Car, bien sûr, il ne faut pas trop se fier à tout le monde : n’importe quel habit peut dissimuler un traître! On les soupçonne donc tour à tour, jusqu’à la révélation (et inutile de vous dire que les auteurs savent comment rouler leurs lecteurs!).

Ce n’est pas parce que La Voix des rois est un roman destiné à la jeunesse qu’il est simple : certes, il est facile à lire, et certaines tournures rappellent qu’il s’adresse à des enfants. Certes, il est assez didactique, grâce aux notes de bas de page (que j’aurais grandement appréciées étant enfant, car aller chercher le dictionnaire en plein passage palpitant m’était insupportable). Cependant, l’ensemble du ton est assez sombre, et rappelle vraiment bien les récits médiévaux sur les créatures fantastiques ; en plus, le tout est très bien écrit, ce qui ne gâche vraiment rien. On est très loin ici du personnage flamboyant qui réussit tout ce qu’il tente, et on se rapproche plus d’un récit créé pour faire trembler dans les chaumières. Malgré tout, l’ensemble n’est pas dénué d’humour, surtout grâce aux innombrables surnoms dont Roland est affublé par Mathilde au fil de leur périple. Le ton gagne en maturité au fil des pages, et laisse supposer que la suite de la série sera du même acabit (soit : de mieux en mieux).
Enfin, il faut évoquer les quelques illustrations qui émaillent le récit : en négatif, elles illustrent parfaitement le récit et sont aussi belles qu’originales -ce qui ajoute un plus indéniable au roman.

En conclusion, ce premier tome des Haut-Conteurs ouvre agréablement la saga : les quelques petits défauts sont vite oubliés, pour se plonger entièrement dans cette quête mystérieuse, dans un univers non moins étrange. Vif, bien écrit, et palpitant, voilà un premier tome très efficace, qui initie une saga qui s’annonce passionnante !

 

La Voix des rois, Les Haut-Conteurs #1, Oliver Peru & Patrick McSpare. Scrinéo jeunesse, 2010, 315 p.
8/10.

 

LDPA

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6 commentaires sur “La Voix des rois, Les Haut-Conteurs #1, Oliver Peru & Patrick McSpare.

  1. Solessor dit :

    Ce titre vient d’arriver dans ma PALN… Tu me donnes très envie de le lire rapidement ! D’autant plus que j’ai aimé Druide, de Peru…

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  2. Liestra dit :

    Je suis très heureuse que cette lecture te plaise autant! Ta chronique est magnifique, tu dois toi aussi sans doute avoir quelque talent caché de Haut-Conteuse parce que je suis à deux doigts de me ruer dessus (oui, j’ai craqué, il est dans ma PAL depuis quelques temps^^)! J’ai été plus que ravie de faire ce challenge avec toi Sia! Je m’attèle à ma lecture dès que possible 😉

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    • Sia dit :

      Merci, Liestra! Je suis hyper contente que ma chronique te plaise! (Contente, la Sia!!) J’espère que ce roman te plaira autant qu’à moi =) J’ai moi aussi été ravie de le faire avec toi, parce que ta sélection était franchement alléchante!

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  3. Guenièvre dit :

    Il est dans ma PAL…. Tu m’as vraiment, vraiment donné envie de l’en sortir! ^^

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