Furioso, Carin Bartosch Edström.

 

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En se retirant sur un paisible îlot privé de l’archipel de Stockholm, les musiciennes de l’ensemble Furioso pensaient enregistrer au calme le dernier Quatuor à cordes de Stenhammar. Mais lorsque Louise doit céder sa place de premier violon au charismatique Raoul Liebeskind, adulé par les femmes, l’équilibre qui régnait jusque-là vole en éclats. De vieilles histoires resurgissent tandis que de nouvelles intrigues apparaissent, attisées par la passion de la musique.
Une nuit, un corps sans vie est découvert alors que seuls les musiciens se trouvent sur l’île. La commissaire Ebba Schröder se voit confier cette délicate enquête, d’autant plus difficile qu’entre secrets et rivalités tous semblent suspects…

 

Lorsque Louise se blesse à la main, c’est le drame. Un drame banal, anodin ; il ne s’agit après tout que de doigts cassés. Mais lorsqu’on est une violoniste de renom, c’est la tuile. Surtout lorsqu’on a enfin trouvé une date pour réunir tout un quatuor, et procéder à en enregistrement. Pensant bien faire, Louise demande à son ami Raoul, autre violoniste international, de la remplacer pour l’enregistrement du dernier morceau. Une véritable aubaine pour le quatuor Furioso, qui pourra ainsi profiter de la présence du virtuose, et enregistrer sereinement. Ce que Louise n’avait pas prévu, c’est que la présence du séduisant quadragénaire allait bouleverser le fragile équilibre du quatuor.

La première partie du roman détaille les relations entre les musiciens. D’abord seuls sur l’île (les techniciens sont bloqués sur le continent), ils en profitent pour répéter, et apprendre à jouer ensemble, sous la houlette de Louise. On découvre rapidement que toutes les femmes ont un rapport étroit à Raoul. Anna, tout d’abord, a été sa fiancée deux décennies plus tôt, et ne s’est jamais remise de sa rupture. Helena est sa maîtresse épisodique depuis 25 ans. Louise, sa meilleure amie, est en couple avec Caroline, jeune et sublime violoncelliste fragile et quelque peu instable. Peu à peu, Raoul cristallise toutes les envies, et jalousies. Durant les 250 premières pages, le roman tient du huis-clos. Cinq personnes, coincées sur une île battue par les vents, se déchirant et vivotant ensemble dans une ambiance glaçante. Tout rappelle les Dix petits nègres d’Agatha Christie. Plus que glaçante, l’ambiance est carrément malsaine ; on s’attend au pire comme au meilleur. Les disputes, tensions, portes qui claquent abondent, prenant peu à peu le lecteur à la gorge. Au fur et à mesure que s’expriment les rancœurs, la tension monte, et l’atmosphère devient de plus en plus étouffante, jusqu’au point de non-retour car, soudain, c’est le drame. Un corps sans vie est retrouvé sur l’île.

Pourtant, lorsque le roman psychologique s’achève, sur une chute angoissante, le lecteur ignore tout de cela. De l’île angoissante, il passe soudainement à une salle d’opéra, où la commissaire Ebba Schröder profite d’une représentation de Don Giovanni (au vu des circonstances, le choix de l’opéra ne manquera pas de faire sourire le lecteur). Appelée de toute urgence, elle doit se rendre sur l’île, afin d’enquêter sur ce décès relativement suspect. Jusque-là, le lecteur ignore encore qui est mort. À ce moment-là du récit, il peut s’agir de n’importe lequel des résidents de l’île. Mieux : tous avaient une raison de tuer, quelle que soit la victime potentielle. C’est donc avec une foultitude de questions que l’on aborde cette seconde partie – au passage, chapeau à la conception de la quatrième de couverture qui garantit tout le suspens! L’enquête est menée logiquement : toutes les pistes sont exploitées (même les plus loufoques), rendant l’enquête très vraisemblable. Au passage, de petits secrets sordides ou anodins sont dévoilés sur les divers personnages, les étoffant peu à peu, et venant nuancer les premiers portraits. Parmi ceux-ci, le personnage le plus consistant est très certainement le commissaire Schröder, qui offre un parfait contrepoint aux caractères passionnés des musiciens. Cette seconde partie est aussi captivante que la première, quoique dans un genre très différent. Le seul bémol réside dans la fin, que j’ai trouvé un tout petit peu trop rapide à mon goût. Cela étant, elle est tout à fait dans le genre du reste du roman, et tout à fait concordante.
Dernier point à soulever : la musique. Au fil des pages, de nombreux morceaux sont évoqués, et forment une play-list fort intéressante à écouter durant la lecture. C’est durant les passages consacrés  à la pratique instrumentale qu’on sent que l’auteur est de la partie : les passages sonnent très justes, et décrivent parfaitement l’ambiance.

En somme, Furioso est un roman remarquable, et un excellent thriller, rédigé dans un style fluide et sans fioritures, qui plaira certainement aux amateurs, surtout qu’il couple le roman psychologique et le huis-clos à l’enquête policière minutieuse. Le choix de placer l’intrigue dans le milieu musical offre toute une gamme d’ambiances et de sous-intrigues que l’auteur exploite à la perfection. Ce premier roman de Carin Bartosch Edström est une belle réussite, et on lui en souhaite d’autres !

Le Lieder de la Belle Meunière (Schubert), chanté à la fin, étant dans le texte allemand, voici la traduction. Pour la faire apparaître, surligner le texte ( attention, ce texte contient des spoilers!).

Partie chantée par Pontus (les deux premiers couplets de Pluie de larmes).

« Nous étions tout près l’un de l’autre
Sous la fraîche aulnaie,
À regarder, l’un comme l’autre,
Le ruisseau couler.
La lune au ciel s’était levée,
Suivie des étoiles,
Se mirant, tendrement pressées,
Dans l’onde argentée. »

Partie chantée par Ebba (dernier couplet de Pluie de larmes).

« Mes yeux de larmes débordèrent.
Le miroir frémit.
Elle dit : “Vois, la pluie qui vient !
Je rentre à l’abri.”

 

Furioso, Carin Bartosch Edström. J. C. Lattès, 2012, 550 p.
8,5 / 10.

 

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4 commentaires sur “Furioso, Carin Bartosch Edström.

  1. Flora dit :

    Je vois que le ressenti est plutôt unanime sur ce livre ! J’irai peut-être jeter un oeil quand j’aurai du temps 🙂

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  2. Antoni dit :

    Bonjour Sia, j’ai également lu Furioso dernièrement et j’ai plutôt apprécié sa lecture même si je regrette que la première partie soit si longue. Je suis d’accord pour le côté « huis clos » et oppressant qui fait naturellement penser aux « Dix petits nègres ». Par ailleurs, je me suis permis d’ajouter un lien vers ton article dans celui que j’ai rédigé. Aussi, je t’invite, si tu le souhaites, à aller y jeter un oeil pour me dire ce que tu en penses, à ton tour. Bon après-midi et à bientôt, j’espère. Cordialement, http://passion-livre.over-blog.com/article-furioso-carin-bartosch-edstrom-113547918.html

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