La Vénus anatomique, Xavier Mauméjean.

la-vénus-anatomique-xavier-mauméjean

En 1752, Julien Offray de La Mettrie, qui vient de publier L’Homme-machine, ouvrage condamné et brûlé pour matérialisme, est tiré de sa retraite de Saint-Malo par un ordre du roi. Enrôlé dans le Secret du Roi, cet ancêtre de l’espionnage, il lui faut gagner la Prusse et participer, en compagnie de Vaucanson, de Fragonard l’anatomiste, frère du peintre, et de Casanova, à une grande œuvre : fabriquer une Vénus anatomique, une femme artificielle.
Le siècle des Lumières mérite ici pleinement son surnom tant une technologie débridée anticipe largement notre XXIe siècle.

Suite à un concours international, Julien Offray de la Mettrie est amené à travailler sur un singulier projet, impliquant la construction d’un automate, d’une femme artificielle, ressemblant à s’y méprendre à une vraie. Pour ce faire, il travaille aux côtés d’autres spécialistes de renom. On croise donc au fil des pages un Fragonard, Vaucanson, Diderot, le chevalier d’Éon, Louis XV et Mme de Pompadour, Casanova ou Bach.
Après un bref passage à Paris servant surtout à introduire la question des androïdes, tout ce petit monde se retrouve à Berlin, coincé dans une sorte de bulle marmoréenne, entièrement consacrée au développement des connaissances et des sciences. On reconnaît là un des idéaux du Siècle des Lumières, dont l’essence est vraiment bien retranscrite ici, dans ses bons comme ses mauvais côtés. Le roman est porté par un style fluide et efficace qui, pourtant, s’enlise quelque peu à trop vouloir faire un pastiche du style du XVIIIe siècle. À cela s’ajoute une propension à sombrer dans le bavardage qui dessert malheureusement le récit. On piétine, on se fatigue, et on ne voit plus vraiment où l’auteur souhaitait en venir, ce qui est fort dommage.

Le roman avait pourtant tout pour être attrayant : de nombreuses références littéraires et culturelles, une uchronie bien pensée, et un sujet faisant penser à un mélange entre le Frankenstein de Mary Shelley et les œuvres robotiques d’Asimov (dont les lois sont ici clairement reprises). Le début rappelle, quant à lui, les romans de cape et d’épées de Dumas,  aussi ne sait-on plus trop sur quel pied danser. Est-ce un roman d’aventure, une uchronie ou une réécriture ? Difficile de trancher tant le roman aborde des genres et des références multiples. Peut-être est-ce là le gros du problème : trop de références qui noient le sujet et l’alourdissent.

La fin, par ailleurs, est excessivement brutale. On passe brutalement du coq à l’âne au gré des ellipses temporelles. Si l’intérêt est quelque peu relancé par l’addendum dont la chute est fort bien trouvée, il ne suffit pas à faire oublier cette fin en queue de poisson, qui donne un sentiment d’inachevé. On a envie de se dire « tout ça pour ça? » et c’est bien dommage.

En somme, ce roman me laissera un sentiment en demi-teinte : j’ai apprécié le projet, l’idée, les références, mais l’ensemble n’a pas su éveiller autant d’intérêt qu’il l’aurait mérité. De trop nombreuses digressions sans grand intérêt (ni fictionnel, ni stylistique) et une fin mal amenée m’auront laissé une mauvaise impression de cette uchronie pourtant intéressante du point de vue de la fiction. Vous savez ce qu’il vous reste à faire : faites-vous votre opinion!

 

ABC-2012-Litt-imaginaire

 La Vénus anatomique, Xavier Mauméjean.   Mnémos, 2004, 246 p.
5/10.

 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être…

voie-du-cygne-laurent-kloetzer

 

 

2 commentaires sur “La Vénus anatomique, Xavier Mauméjean.

  1. Solessor dit :

    ça partait pourtant bien : l’apparition de nombreux personnages connus, les références… et puis ton avis a douché mon enthousiasme ! Pas envie de lire un pastiche ! Il y a donc peu de chances que je l’attrape un jour, j’en ai bien d’autres à découvrir ! 😉

    J’aime

    • Sia dit :

      Oh en fait, ce sont quelques petits riens qui m’ont gênée. Autrement, il a plutôt de bonnes critiques mais, je ne sais pas, ça n’a pas fonctionné pour moi! L’ennui, c’est que j’ai déjà abandonné un roman de cet auteur donc ça me refroidit quelque peu. 

      J’aime

Mettre son grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s