Les Yeux d’Opale, Bénédicte Taffin.

les-yeux-d-opale-bénédicte-taffin

 

Sur Opale, dans le royaume médiéval de Kindar, la princesse Héléa accède au trône après la mort tragique du roi son père et la disparition de son frère. Méprisée et menacée par les seigneurs du royaume, elle décide de leur livrer bataille et s’offre en gage de victoire.

Sur Onyx, dans la cité-planète dirigée par les Intelligences Artificielles, Angus prend part au détournement d’un vaisseau de colonisation. Le but des trois milles rebelles est de s’établir sur une planète vierge de toute technologie. Ils avaient tout prévu, tout, sauf de s’écraser sur Opale.

Les Yeux d’Opale, c’est tout d’abord le choc des cultures, avec la rencontre de deux mondes diamétralement opposés. Tout d’abord, Opale, planète de type médiévale, avec ses gouvernements monarchiques, ses petites dissensions entre pays, son ordre religieux bien implanté. Les habitants sont séparés en deux catégories : les Opaliens et les chimars, êtres affublés de difformités étranges, considérés comme des esclaves. Pas de bol, la fille du roi est aussi fille de chimar, ce qui compromet pas mal son autorité et promet de beaux bouleversements politiques, dès l’instant où elle pose son royal postérieur sur le trône. Vous l’aurez compris, Opale est un univers typiquement fantasy.
De l’autre côté, Onyx, univers classique de la science-fiction. Les hommes vivent dans une société de consommation et de plaisir, entièrement gérée par des intelligences artificielles, qui décident de tout. Tout est hyper-technologisé, et tout fonctionne avec des robots. La société, considérée comme idéale, fonctionne selon des ordres et des lois respectées (dont certaines rappellent les 3 lois de la robotique d’Asimov ; petit clin d’œil évident!).
Alors, forcément, quand le vaisseau en perdition des Onyxiens s’écrase sur une Opale en pleine crise politique, cela ne peut que créer des étincelles.

Côté contenu, j’ai regretté que le résumé (pourtant nécessaire) spoile les quelques 250 premières pages. Le début paraît donc long, très long, et c’est dommage. Pourtant, la situation n’est pas sans intérêt : on assiste aux prémisses de la catastrophe diplomatique, on voit progresser les situations des deux partis, et le tout permet de mieux comprendre la suite du récit. Celui-ci est vif et bien construit, et pallie donc aisément ce début sans surprises. Le choix de la narration alternée permet, en plus, d’avoir une vision globale de la situation, en suivant quelques personnages bien choisis. Dommage que la dynamique s’essouffle à partir du crash, tous les personnages étant désormais sur Opale. Du coup, le choix d’alterner passages chez les Opaliens et Onyxiens s’emballe et devient quelque peu étrange, sans toutefois gêner la forme du récit. La grande force de ce choix, c’est qu’il permet de faire des révélations… possibles uniquement par le point de vue extérieur de tel ou tel personnage sur les forces en présence. La surprise de certains détails est parfaitement orchestrée, et d’autant plus efficace.

Longueurs ou pas, on se laisse très rapidement prendre au jeu de l’univers mis en place, tant il est foisonnant et bien construit. Chaque race a ses propres particularités, références et tics de langages. Les Opaliens, par exemple, utilisent une base octale de calcul (entièrement explicitée en fin d’ouvrage, ce que je n’ai vu qu’à la fin…) ainsi qu’un vocabulaire parfois assez spécifique. Si c’est, au départ, un peu surprenant, le lecteur prend vite ses marques et se repère sans trop de difficultés dans l’espace et le temps (ça demande un tout petit peu de gymnastique mentale pour oublier nos propres repères, mais comme c’est bien fait, cela passe tout seul). Le tout n’est, bien sûr, pas dénué de défauts (on trouve notamment du vocabulaire pas toujours adapté aux circonstances), mais l’ensemble est entraînant, agréable à lire, et d’une construction remarquable.
Les personnages, de leur côté, sont extrêmement attachants. On les suit tous avec autant de plaisir, qu’ils soient du « bon » ou du « mauvais » côté, évidemment. Et grâce aux têtes de chapitres consacrés aux Onyxiens, on a un petit mystère à se mettre sous la dent (dont j’ai malheureusement assez vite deviné qui était le coupable), mais qui remet tout en cause et change totalement le roman.

Malgré une intrigue somme toute classique, Bénédicte Taffin offre un roman attrayant, en dépit de quelques légers bémols (mais personne n’est parfait!), rapidement oubliés. Dans un univers complexe et bien construit, l’auteur développe des personnages attachants, intéressants, et que l’on suit avec plaisir. Si l’œuvre semblera peut-être un peu complexe pour les plus jeunes, elle ne pourra que ravir les autres !
Pour un premier roman, c’est donc une très belle réussite, que je vous invite à découvrir !

Pour finir, j’en profite pour vous signaler que le roman a reçu le Prix Futuriales Jeunesse 2011 (si vous ne connaissez pas ce sympathique festival, allez faire un tour ici) et qu’une suite est en cours de rédaction, comme l’a annoncé l’auteur ici -et que j’attends de pied ferme, parce que je veux en savoir plus!

 

Les Yeux d’Opale, Bénédicte Taffin. Gallimard Jeunesse, 2010, 679 p.
7, 5/10. 

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être (l’ensemble de la série)… :

les-naufragés-d-ythaq-arleston-floch

Les Naufragés d’Ythaq, une autre série mettant fantasy et SF en parallèle.

 

Publicités

8 commentaires sur “Les Yeux d’Opale, Bénédicte Taffin.

  1. Solessor dit :

    Wow, pour être diamétralement opposés, ils le sont, ces deux mondes ! C’est un titre de plus que je note, bien que je n’y verrai pas les clins d’oeil aux classique du genre (Asimov), ma culture en SF étant toujours à faire ! ^^

    J'aime

    • Sia dit :

      Oh, c’est simplement que, comme dans Asimov, les robots ne peuvent faire de mal aux humains! S’il y a d’autres références, je les ai peut-être ratées! Mais ce roman est vraiment à découvrir, et il ne faut pas se laisser abattre par le premier tiers!

      J'aime

  2. Virginie dit :

    J’ai lu ce roman, il y a deux ans. Il m’a vraiment marqué. J’avais trouvé la rencontre entre un monde de SF et un autre plutôt fantasy vraiment réussie. J’aimerais bien une suite.

    J'aime

    • Sia dit :

      J’aimerais beaucoup aussi, j’espère que le projet aboutira! Ce que j’aime, dans ce roman, c’est que l’auteur a fait un roman original avec un thème hyper classique!

      J'aime

  3. licorne dit :

    Je suis en train de lire la Bd « les naufragés d’Ythaque », très sympa, si Le benedicte Taffin est dans la même veine, ah ! ça me tenterait bien !

    J'aime

  4. Phooka dit :

    J’ai découvert l’écriture e Bénédicte avec ce roman, et je me suis régalée!

    J'aime

Mettre son grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s