Insatiable, Meg Cabot.

 

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Vous en avez assez des vampires? Meena Harper aussi.
Il faut dire que le paranormal, ça la connaît. La preuve: elle peut tout vous dire de votre mort prochaine. Mais dès que ça la concerne, Meena ne voit rien venir.
Du coup, elle ne pouvait pas imaginer:
– qu’elle allait rencontrer un beau brun ténébreux
– qu’elle en tomberait bêtement amoureuse
– que ce serait un prince au côté légèrement obscur
– que l’heureux élu serait déjà mort.
Pourtant, Meena finirait bien sa vie avec lui. Voici venue l’heure fatale de prendre son destin en main… Mais Meena en a-t-elle les moyens?

Insatiable, c’est le nom du soap-opéra dont Meena Harper rédige les dialogues : sur les écrans depuis 30 ans, il passionne les femmes de 18 à 50 ans et semble inintéressant au possible, du moins d’après l’image que Meena en donne (et, soit dit en passant, rappelle furieusement les Feux de l’Amour…). Histoire de booster un peu l’audience en berne, la direction de la chaîne décide d’introduire tout de go des vampires dans le feuilleton, au grand dam de Meena qui considère ces créatures imaginaires de pacotille comme des «  monstres de misogynie » (mais pas comme des monstres sanguinaires, bizarrement), et refuse d’envisager la possible existence d’êtres aussi peu rationnels (ce qui est très logique, de la part d’une femme qui peut prédire la mort des gens. Mais n’insistons pas, la logique n’étant pas la préoccupation principale dans ce bouquin.). Ainsi, dans une ville où rôde un dangereux sérial-killer ayant la bonne habitude d’étrangler (ou saigner à mort, suivant les versions), les jeunes femmes, Meena Harper n’hésite pas une seule seconde à aller promener, en pyjama, son petit chien, à trois heures du matin – occasion à laquelle elle se rend compte, oh surprise, qu’au vu des circonstances, cela peut s’avérer dangereux. On n’en doutait pas une seule seconde mais l’héroïne n’avait manifestement pas encore additionné deux et deux.
D’une façon assez peu crédible, elle en vient alors à rencontrer un vrai vampire, LE prince des ténèbres en personne de surcroît, à l’occasion d’un dîner organisé par sa pétulante voisine de palier, qui s’avère être la cousine (vampire évidemment) dudit prince et qui, faisant preuve d’une hallucinante présence d’esprit, s’empresse de révéler à toutes ses copines via internet que le prince est à New-York, alors qu’on sait pertinemment que tout le monde souhaite lui faire la peau. Soit. Voilà pour le résumé.

Sachant que Meena déteste cordialement les vampires, et n’y croit pas une seule seconde, on pourrait croire que l’histoire s’arrêterait là. Malheureusement, non. La bécasse tombe, on s’en doute, amoureuse du vampire, lequel s’avère être, forcément, un vampire torturé, refusant de faire du mal aux humains, et à la recherche de l’âme sœur, qu’il chérira jusqu’à la fin de ses jours. Évidemment. On se demande pourquoi on n’y a pas pensé plus tôt. On aurait, alors, pu en rester là, et se contenter de maudire la mode qui est aux vampires énamourés et bonnets de nuit, si seulement l’auteur n’avait pas jugé utile de mêler à ses propos des références on ne peut moins subtiles à l’œuvre maîtresse de Bram Stoker, citée toutes les dix pages (environ) –et que l’auteur n’a manifestement pas lue jusqu’au bout, ou qu’elle a largement confondue avec les adaptations ultérieures. On passera sur les noms aux consonances familières, comme ceux de Meena et Jonathan Harper, références évidentes au couple Harker, ou encore celui du garde palatin Abraham, qui rappelle le professeur Van Helsing –en moins érudit, classe et utile, cela dit. Ces pâles ersatz se contentent de faire ce pour quoi on les a créés : une insignifiante parodie.

Malheureusement, la forme ne rehausse franchement pas le niveau. Les dialogues sont creux, les descriptions n’apportent aucun élément et les récits de pensées ont la fâcheuse habitude de tourner en rond, rabâchant ce qui a déjà été dit et redit quelques paragraphes plus haut. C’est long, fade et fastidieux. On assiste, en plus, à un chassé-croisé du type « Je t’aime/ Moi non plus », que l’auteur tente vainement de pimenter avec un triangle amoureux superfétatoire. Et là aussi, l’histoire tombe comme un soufflé. Après avoir joué à fond la carte du romantisme échevelé avec son vampire aristocrate, Meena retourne sa veste et change totalement de bord, se passionnant subitement pour ce rustre de chevalier palatin. Les ressorts comiques et la vague tentative de parodie des autres romances utilisant des vampires tombent tous à plat, et plombent plus l’ambiance qu’autre chose. Le tout ressemble fort à du remplissage narratif et s’avère rapidement pénible à lire, d’autant que le style est d’une lourdeur incroyable. Entre les fautes de langage et de syntaxe, le vocabulaire on ne peut plus familier et la propension de l’auteur à inventer des locutions fautives (omondieu, maiouibiensûr et merdalors étant les plus fréquentes), il est dur de suivre sereinement le semblant d’intrigue, dont la faible consistance s’évanouit dès les trente premières pages, laissant place à une effarante vacuité.

En somme, on ne sait pas trop si Meg Cabot a souhaité se moquer, à raison mais maladroitement, de la mode des romances paranormales impliquant des vampires ou si, au contraire, elle pensait s’y conformer avec cette fiction. Il en ressort qu’Insatiable est un roman long, insipide, et d’une affligeante niaiserie, qu’il est regrettable de présenter comme une réécriture du Dracula de Stoker – lequel doit se retourner dans sa tombe. Si vous aimez les histoires sordides avec de vrais vampires, ou les parodies habiles, passez votre chemin.     

 

Insatiable, Meg Cabot. Hachette (Black Moon), 2011, 567 p.
2/10

 

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2 commentaires sur “Insatiable, Meg Cabot.

  1. Fille déçue et révoltée (?) dit :

    Je suis malheureusement en désaccord avec ta vision du livre ! Ce livre était totalement excellent !

    J'aime

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