Le Don : l’ultime héritage, Patrick O’Leary.

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Dans un monde où l’art de raconter a presque remplacé celui de la magie, un Conteur monte à bord d’un bateau et, comme il est de coutume, doit payer son voyage par son art. Il s’y applique donc, cependant que des monstres rôdent dans la mer… … et va narrer à l’équipage deux tragiques histoires, qui peut-être n’en forment qu’une. Celle d’un jeune souverain nommé Simon, tombé dans la mélancolie après être devenu sourd, et celle de Tim, un fils de bûcheron qui a perdu toute sa famille. Tous deux vont mener la même quête, retrouver et détruire le Portier de la Nuit, le vil sorcier à la source de leurs malheurs respectifs qui, bien des années auparavant, a libéré sur cette terre un antique mal. Une affection terrible ne touchant que les femmes, que Tim et Simon devront circonscrire pour défaire les plans abjects de leur ennemi commun.

Malade, le jeune roi Simon devient progressivement sourd, et en est réduit à tenter toutes sortes de remèdes; lorsqu’un magicien prétend le guérir, il se laisse faire. Mais celui-ci, malintentionné et peu versé dans l’art de la guérison, pousse le zèle trop loin. Il lui rend l’ouïe, et lui permet par-là même d’entendre les pensées des gens à des kilomètres à la ronde. Fou de douleur, Simon prend alors la voie de l’exil et s’initie à l’art des arcanes pour renverser celui qui lui a imposé cette malédiction.
Parallèlement, on suit le jeune Tim, fils de l’ébéniste qui a taillé le trône du roi. Orphelin, il est recueilli par une étrange grenouille qui va l’initier à l’art subtile de la magie, pour qu’il terrasse le sorcier qui empoisonne la nature et sème la désolation.

Les deux personnages vont rapidement se rencontrer, on s’en doute… mais ils ne sont pas pour autant les narrateurs de cette épopée, et tout ne tourne pas autour d’eux. Car l’aventure est narrée par le Conteur, ailleurs, dans un autre temps ou un autre monde, peut-être, qui déroule les fils de cette longue histoire au public des marins du bateau sur lequel il s’est embarqué. Cois, ceux-ci l’écoutent, émerveillés… ou terrifiés. Car le conte est toujours à double tranchant et ce qu’il ne dit pas est peut-être plus important que les phrases explicites.

Le roman illustre à merveille le pouvoir et l’art du conte; par les récits enchâssés et enchevêtrés, Patrick O’Leary renoue avec l’art ancestral des contes de la veillée. Puissants et évocateurs, les nombreux contes présentés dans cette histoire ne sont jamais gratuits. S’il est parfois difficile de savoir où l’auteur veut en venir, la fin est toujours clairement exposée ; elle met alors en lumières les tenants et les aboutissants, et on ne peut que s’incliner devant l’habile construction qui nous est proposée. Et ce n’est que lorsque la conclusion générale du roman est dévoilée que l’on comprend le sens de ces petits riens qui nous avaient parus jusque-là insignifiants. L’univers de Patrick O’Leary est empreint de poésie et de fantaisie, et fait évoluer un folklore bien particulier, très travaillé et dont aucun détail ou presque n’a été négligé.  On regrettera cependant les nombreuses coquilles et erreurs de traduction qui parsèment l’ouvrage, rendant la compréhension parfois difficile, mais jamais impossible.

Avec cette oeuvre complexe, qui plaira aux familiers exigeants du genre, Patrick O’Leary traite du difficile art de conter, et utilise le prétexte du conte pour explorer subtilement des thèmes plus difficiles à évoquer. La violence, la vanité et la cruauté des hommes sont ainsi passées au crible, notamment à la fin; sans diaboliser ni moraliser à outrance, l’auteur propose une fin somme toute optimiste, dans laquelle on peut lire qu’il est toujours temps de se racheter, si on veut bien en faire l’effort! Le Don est donc un conte minutieux, mais ô combien plaisant!

 

Le Don : l’ultime héritage, Patrick O’Leary. Traduction de Nathalie Mège. Mnémos (Dédales), 2010, 253 pages.
7.5/10

 

 

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Cette entrée a été publiée dans Fantasy.

2 commentaires sur “Le Don : l’ultime héritage, Patrick O’Leary.

  1. BlackWolf dit :

    J’ai moi aussi passé un bon moment avec ce livre qui plaira, je pense, aux amoureux des contes. Par contre comme toi je suis déçu des coquilles et erreurs qui parsement l’ouvrage. Content qu’il t’ai plu.

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    • Sia dit :

      J’ai eu un peu de mal à démarrer mais une fois qu’on a compris comment ça marche, c’est un vrai régal, surtout quand on aime les contes! Mais les coquilles et erreurs (bêtes!) de traduction sont vraiment dommages, en effet!

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