Papa part maman ment mémé meurt, Fabienne Yvert.


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Papa part
Papa veut partir de la maison, pourquoi ? — il en a marre de voir ma mère, il supporte plus les haricots verts, il en a marre de toujours rentrer au même endroit tous les soirs, toute l’année, il veut faire son intéressant il veut qu’on le supplie de rester, il supporte plus le papier peint du salon, je le comprends.

Maman ment
elle est pompée, elle nous pompe, elle nous pompe l’air, elle m’énerve, elle a les nerfs, elle a les dents pointues, elle a la hargne, elle a chopé l’angoisse, elle nous file l’angoisse, c’est une angoisse vivante, c’est pas la joie

Mémé meurt
Mémé a dit : ma petite chérie, ne pleure pas quand je serai morte. Je serai enfin heureuse, et de toute façon tu viendras me rejoindre un jour.

Papa part, Maman ment et Mémé meurt sont trois textes écrits par Fabienne Yvert dans sa jeunesse. Si les deux premiers sont liés, l’un étant la conséquence « logique » de l’autre, le dernier semble plus indépendant et non lié aux précédents -si ce n’est par les sentiments qu’il inspire aux personnages, et qui eux restent dans la même veine.

Il n’y a pas vraiment d’histoire, ou plutôt, pas d’histoire revendiquée, si ce n’est celle du douloureux éclatement familial intimement perçu. Ce petit ovni peut être lu comme un exercice de style de haut vol, parfaitement maîtrisé par l’auteur. Les phrases, les mots s’enchaînent, mêlant jeux sur les sonorités et jeux sur les mots; l’éditeur parle d’écriture défouloir. Et on voit très bien ce que ces longues phrases peuvent avoir de jubilatoire, tant la maîtrise du rythme et des sons est remarquable.

Les mots s’écoulent, et les idées avec, quasiment sans que l’on s’en rende compte. L’écriture est mimétique de la pensée, et c’est pour cette raison qu’il est si facile de s’y plonger, ce que l’on fait sans hésiter et avec délices. On saute d’un mot à l’autre par le biais des assonances et des allitérations qui portent habilement le propos. Le style, si particulier, joue avec les mots, offrant un texte entre poésie et litanie, dont le rythme et le rendu sont d’une rare élégance, et d’une grande finesse.

À signaler enfin que l’objet livre est remarquable en lui même; imprimé sur papier polychrome, il porte l’écriture manuscrite de l’auteur, prémisse de ces jeux sur les lettres et les sons, avant-goût des circonvolutions sonores que l’on va goûter à l’intérieur. Si le propos n’est, en lui même, pas particulièrement réjouissant (comme l’annonce le titre), il sonne juste et vrai tant il peut se faire poignant et incite à la relecture, pour le seul plaisir des sens.

 

Challenge ABC Critiques 2011-2012 Babelio : lettre Y

Papa part maman ment mémé meurt, Fabienne Yvert. Attila, 2001 (1ère édition 1999), 80 pages.
10/10

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