L’Oiseau d’Amérique, Walter Tevis.

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Au XXVe siècle, l’humanité s’éteint doucement, abreuvée de tranquillisants prescrits en masse par les robots qu’elle a elle-même programmés à cette fin. Le monde repose désormais sur les épaules de Robert Spofforth, l’androïde le plus perfectionné jamais conçu, qui possède des facultés inouïes… sauf, à son grand regret, celle de se suicider. Mais l’humanité moribonde se fend d’un dernier sursaut. Paul Bentley, petit fonctionnaire sans importance, découvre dans les vestiges d’une bibliothèque l’émerveillement de la lecture, depuis longtemps bannie, dont il partagera les joies avec Mary Lou, la jolie rebelle qui refuse ce monde mécanisé. Un robot capable de souffrir, un couple qui redécouvre l’amour à travers les mots, est-ce là que réside l’ultime espoir de l’homme ?

Dans la droite lignée de 1984 ou du Meilleur des Mondes, L’Oiseau d’Amérique explore l’avenir de l’être humain. Dans une société peu à peu phagocytée par les robots, inondée de drogues et gouvernée par les principes suprêmes de Solitude et d’Individualisme, les humains n’ont presque plus voix au chapitre. Élevés en batterie, comme des animaux, ils en dépassent à peine le stade de conscience; la lecture n’est plus enseignée depuis longtemps, l’écriture non plus -considérées comme souvent comme des activités subversives.

La déchéance de ce monde en fin de course est observée au travers du regard de trois personnages ; Paul Bentley, petit fonctionnaire qui redécouvre la lecture, et se passionne pour Mary Lou, jeune femme rebelle ayant échappé au système, qui lui ouvre les yeux sur bien des sujets. Et puis, Spofforth, le robot intelligent et suicidaire qui aimerait bien quitter cette vie, mais en est incapable. Ces regards entremêlés redessinent la définition de ce qu’est l’existence humaine, tout en examinant ce qui la menace, ou les aspects qu’il serait bon de ne pas développer. Le triple point de vue permet de suivre bien plus précisément les aventures des personnages, et rend l’ œuvre d’autant plus réaliste.
Bien que le livre soit centré sur l’existence et la mainmise des robots sur le monde, c’est une aventure formidablement humaine que nous narre Walter Tevis. Une aventure qui finit, non pas en demi-teinte, mais sur une fin totalement ouverte, et n’excluant pas une possible rédemption, voire une amélioration significative.

Portés par le style sans fioritures de Walter Tevis, c’est avec une certaine crainte mâtinée d’enthousiasme que l’on suit les pérégrinations des personnages; outre les avertissements dispensés en filigrane, on trouve dans l’ouvrage une réflexion plus globale sur les bienfaits de la lecture et, dans une certaine mesure, ses enjeux, portée par trois personnages en quête du bonheur, et en quête d’eux-mêmes. Un roman d’anticipation subtilement réflexif, à lire de toute urgence !

 

L’Oiseau d’Amérique, Walter Tevis. Trad. de Michel Lederer. Gallimard (Folio SF), 2005 (1ère édition 1891), 386 p.
8/10.

 

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1984, de George Orwell.

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2 commentaires sur “L’Oiseau d’Amérique, Walter Tevis.

  1. Cyril dit :

    ma foi ça donne carrément envie…

    J'aime

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