EdeN en sursis, Jeanne-A. Debats

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Quelle surprise pour Cléone – capitaine, malgré ses quinze ans, du vaisseau le Quetzal – de découvrir qu la météorite qui a déchiré sa voile solaire est en fait une capsule de survie ! À l’intérieur gît un beau jeune homme gravement blessé… Contre toute attente, l’Intelligence Artificielle du Quetzal s’oppose résolument au sauvetage et enjoint Cléone d’abandonner l’inconnu dans l’espace. Car l’IA a reconnu, gravé sur la capsule, le logo de la terrifiante multispatiale DeltaGen… Cléone s’empresse de désobéir à cet ordre cruel. C’est pour elle le début d’une expédition pleine de dangers qui la mènera sur EdeN la sauvage, une planète récemment découverte, protégée de toute atteinte son environnement par son statut  » écol « , mais qui excite les appétits de la peu scrupuleuse DeltaGen, multispatiale aux ambitions démesurées.

Cléone, quinze ans, sous la responsabilité de sa tyrannique IA Draco, tombe des nues ; non, ce n’est pas une météorite qui a endommagé son vaisseau, mais un beau jeune homme inconscient dans une capsule de survie. N’écoutant que sa raison, elle lui porte secours, sans tenir compte des interdictions de son IA. Et c’est donc là que les ennuis commencent… car le survivant est aussi un fugitif, rapidement recherché par les multiples membres d’une dangereuse et peu scrupuleuse multispatiale, DeltaGen, qui a entrepris de breveter le vivant afin de le commercialiser et l’exploiter. Vous souhaitez manger des tomates? Payez donc des royalties à DeltaGen. Vous souhaitez vous acheter un fringant cheval de course? Commandez donc un embryon hors de prix à DeltaGen.
Dans un univers où l’espace s’avère moins cher que les planètes – réservées donc à une certaine élite – DeltaGen profite de ce nouveau mode de vie pour instaurer son monopole sur tout et n’importe quoi. Prétextant vouloir offrir un lieu sûr et terrestre aux pauvres Indépendants qui peuplent l’espace, comme Cléone, condamnés à vivre dans leur vaisseau et à récolter du minerai pour payer leurs frais (et ne pouvant s’offrir une vie sur une quelconque planète), DeltaGen commence à lorgner vers la planète EdeN, protégée par son statut « écol » de la présence de l’homme, et encore hors de son emprise.

Voilà donc ce que découvre brutalement Cléone, jeune et fringante capitaine de vaisseau spatial, au caractère bien trempé, et aux idées plus qu’arrêtées. Sa tenacité la lance à la poursuite de ce jeune homme qu’elle a secouru et la voilà les deux pieds dans la panade. Si la situation initiale peut sembler très classique et convenue (une belle jeune fille, deux beaux jeunes hommes, que va-t-il bien pouvoir se passer?), l’auteur surprend par le traitement très secondaire accordé à la possible romance que l’on sent se profiler. L’accent est plutôt mis sur la découverte d’un nouvel écosystème, et le sordide complot qui le menace. Le trio principal  – le scientifique passionné et parfois légèrement à l’ouest, le richissime et recherché héritier et la jeune spatienne aux faux-airs de rebelle – porte très bien l’aventure et les personnalités de chacun des protagonistes sont bien dessinées; même si Cléone est légèrement caricaturale, on s’attache à son personnage. Le plus réussi étant très certainement Dame Draco, que l’on imagine sans peine. Les diverses péripéties sont bien amenées et, tout en respectant les codes du genre, le roman ne se contente pas d’arpenter des sentiers mille fois battus; c’est avec curiosité et fascination que l’on suit les tribulations de nos trois aventuriers, qui restent crédibles et réalistes – il ne s’agit pas de sauver le monde à eux tous seuls, loin de là. Les objectifs choisis sont à leur portée et, s’ils reçoivent un léger coup de pouce du destin, celui-ci est préparé loin en amont et s’inscrit donc tout logiquement dans la progression, sans que l’on aie l’impression qu’il s’agit d’une résolution hâtive et pratique. C’est par ailleurs dans un style très fluide et élégant, avec des répliques souvent drôles, qu’est déroulée l’aventure, ce qui ne gâche en rien le plaisir de lecture, au contraire. On ne saurait, enfin, passer à côté du message écologique clair contenu par l’ouvrage; sans se faire didactique ni moralisateur, il rappelle tout de même clairement les risques qu’il y a à monnayer le vivant… et les conséquences néfastes qui peuvent en découler.

En somme, nous avons là une aventure de science-fiction parfaitement maîtrisée, avec des personnages aussi crédibles qu’attachants, que l’on suit avec un grand intérêt, et très agréable à lire. On en attendrait presque avec impatience une nouvelle aventure du trio infernal !

 

EdeN en sursis, Jeanne-A Debats. Syros (Soon), 2009, 358 p.
8/10.

 

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Les Abîmes d’Autremer, de Danielle Martinigol.

 

2 commentaires sur “EdeN en sursis, Jeanne-A. Debats

  1. BlackWolf dit :

    J’ai tout lu de Jeanne A-Debats en ce qui concerne ses textes plus adultes mais je n’ai pas encore lu ces textes jeunesses. Il faut vraiment que je corrige cela rapidement 🙂

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    • Sia dit :

      Ah, je n’ai pas encore lu ses textes pour adultes, mais celui-ci était très prometteur! Je vais corriger ma copie, moi aussi, et me lancer dans ses autres oeuvres x)

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