Instinct #1, Vincent Villeminot

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Lorsque la Ford paternelle quitte la route inexplicablement, Tim a dix-sept ans. Il perd dans l’accident ses parents et son frère Ben. Mais de cette effroyable nuit, le garçon ne garde qu’un souvenir, troublant: quand il a repris conscience, il était un grizzly…Que s’est-il passé? Le choc a-t-il provoqué un accès de folie chez Tim? Ce n’est pas l’avis du professeur McIntyre. Selon lui, l’adolescent est effectivement devenu un ours, pendant plusieurs heures, tout comme des centaines d’êtres humains se transforment chaque année en animal. Sceptique, Tim rejoint pourtant une cinquantaine d’autres initiés à l’Institut de Lycanthropie. Il ne sait plus que penser: cette métamorphose a-t-elle vraiment eu lieu ? Est-il responsable, malgré lui, de la mort des siens ?Aux yeux du professeur McIntyre, une seule chose est certaine: la métamorphose de Tim va se reproduire. Bientôt.

L’instinct. Voilà ce qui, désormais, gouverne la vie de Tim. Après l’effroyable accident qui l’a rendu orphelin, son instinct de survie se met en branle. Ne croire personne; ni le policier qui le harcèle, ni cet étrange professeur qui lui parle de lycanthropie. Ne faire confiance qu’à soi-même.

Si le thème choisi est intéressant -la lycanthropie au sens de maladie clinique, mais également de réelle transformation – on regrettera que le résumé en dise un peu trop, puisqu’il ne fait aucun doute que Tim a réellement été grizzly cette nuit-là. Les diverses lycanthropies que l’on rencontre sont, en revanche, très originales et recèlent l’idée qu’il ne suffit pas d’être un prédateur pour faire de grandes choses; c’est ce qu’illustre parfaitement le jeune Shariff, véritable bibliothèque ambulante, et anti-héros plein de verve. Ce personnage est très certainement un des meilleurs; doté d’un humour à toute épreuve (qui lui a d’ailleurs fait choisir le nom qu’il porte en rapport à sa lycanthropie, petit trait d’humour) et d’une « zenitude » élevée, c’est le personnage qui a le plus de relief et qui est le plus attachant. Flora n’est pas mal non plus, mais un petit peu trop lisse à mon goût. Quant à Tim, dernier membre de notre trio infernal, c’est un personnage ambivalent, très bien mis en scène, toujours hésitant entre ce qu’il faudrait faire et ce qu’il peut simplement faire; c’est un jeune homme avec des forces et des faiblesses, et l’auteur exploite aussi bien les unes que les autres, même si le jeune homme m’a semblé un peu moins attachant que Shariff, peut-être parce qu’il se montrait moins caustique.

L’intrigue est bien menée, même si la première partie semble longue, et les éléments lents à se mettre en place. Le jeu entre fiction et réalité est malheureusement légèrement faussé par le résumé et, dès lors, le lecteur n’attend plus qu’une chose: que l’on entre dans le vif du sujet. C’est cependant une phase introductive bien maîtrisée, qui prépare à la perfection la seconde, dans laquelle le rythme est un peu plus rapide et très entraînant. L’idée du complot dépassant le cadre de cette première aventure est bien introduite et ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe dans les 3 dernières lignes; évitant le cliffhanger commercial, l’auteur donne subtilement au lecteur l’envie de connaître la suite, faisant, si l’on peut dire, du neuf avec du vieux (le thème des chasseurs voulant s’approprier les recherches et les trophées n’étant pas totalement neuf), de façon innovante et très efficace.
Dans le camp des métamorphes, on assiste également à une lutte intestine qui n’est pas sans rappeler celle qui sous-tend l’univers des X-Men (entre Magnéto et le professeur X, ici respectivement représentés par P. Hugo, le bibliothécaire belliqueux, et le professeur McIntyre, vieux sage non-interventionniste) et qui distille une tension savamment maintenue dans la seconde partie de l’ouvrage.

Le talent de l’auteur consiste donc à réactualiser la matière utilisée, à l’intégrer à son propre univers, pour rendre une histoire intéressante, bien écrite et adroitement menée de bout en bout, servie par des personnages attachants et bien campés, et un suspens bien entretenu. Histoire à suivre, donc!

La citation ci-dessous contient un spoiler !

« Si tu veux vaincre la colère, elle ne peut te vaincre. Tu commences à vaincre si tu la fais taire. » Sénèque, mon pote. Tu l’as fait, et ensuite les gardiens ont réussi à te faire descendre dans la pièce de Flora, avec leurs bâtons électriques, et tu as décidé de démolir le mur à coups de crâne. Bon, c’est le mur qui a gagné. Alors on t’a hospitalisé. Je résume, hein…
– Je n’ai pas voulu démolir le mur. Je croyais que je t’avais tué et je voulais…
Shariff prit un air grave, soudain.
– Ouais, je me suis douté que tu voulais en finir. Mais c’est une connerie, mon pote.
De nouveau, l’air malicieux, mi-embêté, mi-goguenard.
– Remarque, tu vas avoir de sacrées bonnes raisons de regretter ton suicide à coups de mur. Parce que, à côté de ce qui t’attend avec Flora, même des coups de tête dans un cachot auront l’air d’être une super bonne idée.

 

◊ Dans la même série : Instinct (2) ;

Instinct #1, Vincent Villeminot. Nathan, 2011, 373 p .
7/10

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Le Souffle de la Hyène, Pierre Bottero.

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Un commentaire sur “Instinct #1, Vincent Villeminot

  1. […] l’intérêt : ainsi, le secret du père sent légèrement le réchauffé pour qui a lu Instinct, et n’aide pas à entrer dans une histoire qui reste vraiment superficielle, alors […]

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